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Le journal de Paris
1163

Une cathédrale pour Paris

 

 
 
Le Contexte

 

Nous sommes en 1163 après J.C.

Des centaines d'artisans s'affairent, au coeur de Paris: des manœuvres, des hommes de corvée, des apprentis, des centaines d’ouvriers spécialisés (on disait alors des œuvriers du mot œuvre) et des bénévoles. Tous étaient guidés par les maîtres qui dirigeaient le construction : le maçon, le menuisier, le verrier…

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Le tailleur de pierres

Il ne faudrait pas croire que seuls les hommes travaillaient à cet immense édifice ! Un grand nombre de femmes, selon leurs forces et leurs talents, participaient à la construction de Notre-Dame de Paris : certaines faisaient le mortier, d’autres le plâtre, d’autres encore les décors…

Des tailleurs de pierres, des maçons, des architectes, des sculpteurs, des peintres, des verriers, tous sont concentrés sur leur travail, puisqu'ils sont payés à la pièce...

Mais le chantier attire d'ailleurs toutes sortes de commerçants, aptes à satisfaire les besoins de la multitude d'ouvriers qui grouillaient sur le parvis: aubergistes, drapiers, bateleurs, commerces de bouche, barbiers, et prostituées, en grand nombre.

L'animation est incroyable, et elle ne fait que commencer; les voisins peuvent se plaindre du bruit, mais ils devront attendre presque 100 ans pour que le chantier soit terminé.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, sort lentement de terre, et ne sera achevée qu'en...1272 !

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Louis VII et sa femme

Le roi Louis VII, son compagnon de classe, favorise le projet de Maurice de Sully , nommé évêque de Paris en 1160. Celui-ci décide de donner à la capitale une cathédrale digne de la première ville de France. Il veut la faire construire dans le style d’alors, style que l’on appelle aujourd’hui le style gothique.

L’Église, les notables de la ville et le peuple tout entier participent : les uns offrent de l’argent, les autres leur travail, leur savoir-faire.  Tous les artisans, architectes et ouvriers offriront d’une manière égale leurs efforts à Dieu et à Marie.

Marie, la Mère de Dieu, c’est à elle que l’évêque Maurice a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux…).

 

Ah ! Si j'étais au parvis !

Peu après l'achèvement de la cathédrale, en 1302, Philippe le Bel y organisa les premiers Etats Généraux de France.

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Rue de Paris au XIIè siècle

Et il déclara le parvis zone libre de commerce, où les marchands étaient exemptés de taxes. L'endroit devint vite très recherché par les commerçants de tout poil.

Ce privilège rendait les autres marchands parisiens jaloux, qui soupiraient avec envie:
"Ah ! Si j'étais au parvis !".

 

La construction de Notre-Dame

Maurice de Sully fera raser l'église du VIème siècle dédiée à Saint-Etienne, en préservant le portail d'Etienne de Garlande (portail Sainte-Anne de la façade occidentale).

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Chantier de construction de Notre-Dame de Paris

Le royaume de Louis VII connaissait alors une période d'essor exceptionnelle. La nouvelle cathédrale mobilisera 5.500 m² de surface au sol. Le tissu urbain sera profondément transformé. Le projet entraînera la destruction des tous les abords, à l'exception de l'enclos canonial et du baptistère. Un parvis sera aménagé par le déplacement, à l'Est de la façade occidentale.

Les travaux débuteront à partir du chevet. L'élévation intérieure s'étagera sur quatre niveaux, avec une file de roses au-dessus des galeries. Les tribunes seront ouvertes vers l'extérieur. Il n'existera aucun arc-boutant.
Les travaux dureront près de deux siècles (de 1163 à 1351).

L'architecte de génie à l'origine du projet demeure inconnu. Un nouvel architecte, désigné dans les années 1170, entreprendra l'ouverture des tribunes sur la nef par trois baies au lieu de deux. Le maître-autel sera consacré en 1182 par le cardinal légat. Un troisième architecte lancera, avant l'achèvement de la nef, la construction du massif occidental jusqu'au niveau de la galerie des Rois. Il réalisera également le parvis. La façade sera raccordée aux maçonneries de la nef, vers 1210-1220, par un quatrième architecte. Celui-ci modifiera le projet initial en remplaçant la formule de la colonne par une composition similaire à celle de la cathédrale de Chartres.

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Tailleur de pierres


Le projet subira, au XIIIème siècle et au début du XIVème siècle, d'importantes modifications dans le style du gothique rayonnant qui permettront d'ouvrir la cathédrale à la lumière. Les fenêtres des parties hautes de la nef seront agrandies vers 1225-1230. Les transformations entraîneront la disparition du niveau des roses. La toiture des combles des tribunes sera remplacée par des terrasses et des arc-boutants qui permettront l'évacuation des eaux de pluie. La flèche sera érigée au centre du transept.

Jean de Chelles se verra confier la réalisation de nouvelles façades de chaque coté du transept et réalisera le coté Nord. Les fondations seront élargies, entre 1250 et 1258, afin de construire les chapelles. Pierre de Montreuil, célèbre bâtisseur et architecte de la Sainte-Chapelle à qui l'on doit l'agrandissement de Saint-Germain-des-Prés, lui succèdera en 1265.
Il donnera naissance aux premières chapelles du choeur.

Pierre de Chelles et Jean Ravy prendront le relais, de 1296 à 1325. Ils lanceront les grands arcs-boutants à simple volée au-dessus de l'abside et entreprendront la construction du jubé et de la clôture de pierre fermant le choeur. Jean le Bouteiller, neveu de Jean Ravy, achèvera les travaux en 1351. Ces bâtisseurs de génie, qui consacreront le meilleur de leur art à la création du monument, mobiliseront une armée de tailleurs de pierres, charpentiers, forgerons, sculpteurs et de verriers. La frise qui orne le déambulatoire date du milieu du XIVème siècle, période au cours de laquelle presque la moitié de la population française, soit environ dix millions de personnes, périra de la peste. Les couleurs des tableaux sculptés (la plupart sont l'oeuvre de jean Ravy) ont été rénovées pour le huitième centenaire de la cathédrale en 1963.

Bien avant son achèvement, Notre-Dame sera le théâtre d'événements religieux et politiques qui marqueront l'histoire de France. Saint Louis y déposera la Couronne d'Epines en 1239, avant la consécration de la Sainte-Chapelle. Philippe le Bel, opposé à Boniface VIII après la disparition violente des Templiers, réunira les premiers Etats généraux du Royaume à Notre-Dame en 1302, afin d'affirmer l'indépendance de la France à l'égard de la papauté. Cette dernière s'installera, à partir de 1305, à Avignon pour une durée de soixante-dix ans.

Le jeune roi d'Angleterre, Henri VI, y sera couronné en 1430. Le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc s'ouvrira à Notre-Dame en 1455. Le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : "Paris vaut bien une messe" dira-t-il à cette occasion ...

Mais c'est une autre histoire...

 


 

La révolution de l'art Gothique

Pour équilibrer l’immense cathédrale et qu’elle ne s’écroule pas, les architectes se servent des pressions entre ses différentes parties.

Cette technique s’appelle la maîtrise des forces.
Grâce au nouveau principe de la croisée d’ogives (une croix de pierres soutenues par quatre piliers), le poids est reporté du centre de la voûte vers ses supports.

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Croisée d'ogives

 

Les arcs-boutants soutiennent la voûte en la
poussant vers l’intérieur. Enfin, le haut de la
cathédrale s’appuie sur la base au niveau des culées.
Ce principe de circulation des poussées est la grande découverte de l’art gothique.

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Arc boutant

 

 

A TABLE AU MOYEN-ÂGE

 

A table chaque convive était disposé selon sa condition sociale, plus on se trouvait proche du seigneur qui organisait le festin (et qui se trouvait à la table centrale) plus la condition sociale était haute. Les tables étaient disposées en forme de U pour laisser un espace libre au centre et éviter que les convives ne se tournent le dos. Les tables bien fournies étaient signe de pouvoir et de richesse.

La fourchette n'existait pas, une tranche de pain servait à soutenir les aliments sucrés ou salés, chauds ou froids, elle s'appellait "tranchoir".

Pour la décoration on disposait sur la table des bols avec des fleurs séchées ou des oranges piquées de clous de girofles.

Les convives se servaient de ce qu'ils désiraient et de ce qui était à leur portée mais étaient obligés par politesse de finir leurs plats. Il était impoli de prendre le meilleur  morceau et même de remettre un morceau entamé dans son plat. La table était alors nomade. On la dressait, au sens propre, au moyen d'une planche et de deux tréteaux, dans n'importe quelle pièce de la maison. D'où l'expression "dresser la table".

le_pain Le pain

Le pain est à la base de l'alimentation, plus apprécié par le peuple que par la noblesse.
On le cuisait dans un four et on le mangeait quotidiennement avec une soupe de légumes. Les céréales étaient aussi très importantes dans l'alimentation de l'époque. Elles étaient souvent préparées sous forme de pain, et la plus recherchée était le froment .

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La viande

En Europe, la viande la plus diffusée était le porc et ses dérivés de charcuterie (jambon, saucisses,lard,...) C'était aussi le principal aliment qui faisait la différence entre les riches et les pauvres.La viande était appellée "chair" et représentait la sexualité.

Le poisson était très consommé,salé ou fumé en période de Carême où la viande les oeufs et le beurre étaient interdits; il était considéré comme nourriture d'abstinence.

Le motif probable  est que le mot Ichthus (poisson) rassemble les initiales de la phrase " Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur" (Iesous Christos Théou Uios Sôter)

Les fruits étaient plus consommés par le peuple que par les nobles; pommes, prunes, raisin et poires étaient récoltés dans les jardins, alors que les fraises, framboises et mûres étaient cueillies comme des fruits sauvages en forêt.

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Le vin

La boisson principale était le vin, car l'eau pouvait souvent être contaminée et provoquer des maladies.On consommait également une boisson appelée "piquette", fabriquée à partir de raisin, d'eau et de sucre. Au XIe siècle on consommait surtout du vin blanc, mais à partir du XIIe siècle la préférence va au vin rouge. Les autres boissons appréciées étaient le cidre, la bière (cervoise) et les breuvages aux herbes, servis pour faciliter la digestion.

 

 

Notre-Dame de France

 

Porté par la vision grandiose de Maurice de Sully, c'est tout un peuple qui a façonné la cathédrale de Paris. Ces siècles imprégnés de spiritualité, qui contrastent en cela avec le nôtre, surent magnifier , le plus souvent bénévolement, les croyances de l'époque.

Notre-Dame fut le témoin (involontaire) de l'exécution de Jacques de Molay, le Grand Maître des Templiers, des processions du bon roi Henri IV, des dévotions de Louis XIII, et des victoires de Louis XIV. Les voix de Bossuet, Lacordaire et Bourdaloue y ont résonné.

Napoléon Ier y fut couronné empereur par Pie VII.
Viollet le Duc, en une magistrale restauration, y a laissé la marque de son génie. Et en 1945, un Te Deum y a célébré la fin de la Seconde guerre mondiale.

Le chef d'oeuvre gothique de l'Île de la Cité concentrait en ses murs les grandes heures de Paris, donc de l'Histoire de France.

Prière lancée vesr le ciel, prodigieuse construction humaine, Notre-Dame de Paris continue d'incarner, à travers les siècles, le génie de la civilisation occidentale.

 

Qui était Maurice de Sully ?

Aucun lien de parenté avec le futur ministre d'Henri IV (vous savez, la poule au pot !)
Le promoteur de Notre-Dame de Paris était pourtant bien loin d'ignorer la pauvreté. Ce petit paysan, arrivé vingt ans plus tôt à pied depuis la Loire en mendiant son pain, savait bien ce qu'une cathédrale représentait pour les pauvres: un refuge à leur misère, un lieu de prière et de fête, et une Bible de pierre capable d'ouvrir le coeur des plus humbles au Mystère de la foi.

Brillant prédicateur, adulé de ses élèves, il se dévoua corps et âme à ce grand oeuvre, jusqu'à son dernier souffle.

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Sceau de Maurice de Sully

Il voulait dédier à Paris, désormais capitale incontestée du Royaume de France, une cathédrale digne de ce nom.

Il y parviendra.

A côté des artisans engagés et payés, il y avait d'innombrables volontaires venus souvent de loin offrir leurs bras à ce chantier divin.

Malgré le manque de subsides, que Maurice de Sully s'évertuait à récolter, les intempéries, les épidémies décimaient les ouvriers.

Ses prières furent exaucées un jour que de jeunes et vigoureux inconnus, "d'une adresse et d'une beauté incomparables" rejoignirent le chantier.

Grâce à ces renforts venus d'on ne sait où, les travaux s'accélérèrent et furent terminés à temps.

Cinquante quatre hommes trouvaient à se loger dans les tours de Notre-Dame,  D'ailleurs, à la cathédrale, les pauvres avaient autant droit de cité que les rois.

 

Une journée ordinaire de Jehan,
le parisien

Comme il n' y avai pas de montres ou d'horloges au XIIè siècle, les journées de Jehan étaient rythmées essentiellement par les phénomènes naturels (lever et coucher du soleil), ou les fêtes inscrites dans le calendrier liturgique.

Jehan se lève donc au lever du soleil, réveillé par le coq de Dame Marguerite, sa voisine, qui possède une basse-cour. Après un petit déjeuner frugal, un brouet à base de bouillie de froment, il se dirige vers la Place de Grève, actuelle Place de l'Hôtel de Ville. Comme beaucoup d'autres parisiens, il y cherchera un travail journalier, qui consistera sans doute à décharger les navires marchands qui accostaient à cet endroit, proche des halles de Paris, et qui approvisionnaient la capitale en denrées en provenance de tout le royaume, et même de toute l'Europe.

Jehan

Costumes du XIIè siècle

Vins de Bourgogne et d'Aquitaine, blé de Beauce et de Brie, légumes et fruits de Loire et d'Île de France, tissus de Flandres et d'Angleterre, cuirs et fourrures d'Allemagne...

Grâce aux marchés, les citadins étaient mieux nourris que les paysans, sauf en période de disette; fruits, légumes, viandes ovine et bovine n'étaient pas si rares.

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Marché médiéval

Il déjeuna, vers midi, de pois concassés et d'un peu de saindoux, ce qui était exceptionnel.
Les matières grasses étaient rares, et les huiles alimentaires ne furent exportées du sud Méditerranéen vers le Nord que plus tard.
En attendant, seuls le saindoux et le lard remplissaient cette foncton.

Il compléta son repas par un hareng saur, fraîchement pêché de Dieppe,  et il but une bière, qui remplace depuis peu la cervoise de ses ancêtres les Gaulois. Le vin était aigre, et sucré avec du miel.

Le soir, une soupe de légumes accompagnée d'un peu de pain suffisait à le rassasier.

La journée s'était bien passée. Il se rendra de nouveau demain sur la Place de Grève.

Aojourd'hui, il est fatigué, mais content: il a gagné 2 deniers et une obole, c'est à dire 2 deniers et demi.

S'il parvient à se faire embaucher à temps plein sur le chantier de la nouvelle cathédrale, il aura assez d'argent pour épouser la belle Adèle, belle comme le jour, et déjà âgée de quinze ans.

 

D'extraordinaires progrès techniques

Les bâtisseurs utilisent des techniques plus sophistiquées, des appareils de levage nouveaux.

Ils sont d’une audace étonnante, ajourant des murs pour placer des rosaces. A l’université, on étudie les mathématiques, qui vont permettre de calculer les poussées et d’élever très haut les voûtes... C’est la naissance de l’art gothique.

De nouveaux instruments de levage

Les échafaudages : on assemble des perches en boisavec des cordes. On y fixe des poulies pour hisser les pierres et les auges de mortier.
Ces échafaudages supportent aussi des panneaux d’osier tressé qui servent aux maçons
de plates-formes mobiles de travail. Parfois, les maçons travaillent sur de simples planches enfoncées dans le mur.

La grande roue : c’est la grue de l’époque !
Deux hommes marchent à l’intérieur d’une grande roue en bois. En tournant, la roue enroule la corde et soulève les pierres. Ingénieux, non ?

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Un écureuil

 

La brouette : les premières brouettes sont apparues en Chine au 3e siècle après JC.
En Europe, il a fallu attendre la construction des premières cathédrales pour que ces petits véhicules à deux bras soient utilisés sur les
chantiers.

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Brouette et maçon

 

Comment les tailleurs de pierre étaient-ils payés ?

Tailler des pierres, c'est bien, se faire payer  pour le travail effectué, ce n'est pas mal non plus.

Les pierres qui servent à la construction de la cathédrale viennent de carrières, apportées sur des charrettes tirées par des chevaux.

Sur chaque pierre, on trouve trois marques : une pour signaler de quelle carrière vient la pierre ; une autre pour indiquer sa place exacte dans la cathédrale; la dernière est la signature du tailleur qui lui permettra d’être payé !

C'est l'origine de l'expression être payé à la pièce.

Notre-Dame de Paris en long
et en large

Notre-Dame mesure 130 mètres de long, 48 de large, 35 de haut et peut contenir bien plus de 6000 personnes !

Nommé évêque de Paris en 1160, Maurice de Sully, le roi Louis VII, l’Église, les notables de la ville et le peuple tout entier participent : les uns offrent de l’argent, les autres leur travail ou leur savoir-faire. 

Maurice de Sully fait ouvrir la Rue Neuve pour apporter les matériaux nécessaires, les pierres et les poutres pour la charpente. Au total, c’est près de 21 hectares de chênes qu’il a fallu pour la charpente de Notre-Dame, c’est pour cela qu’on l’appelle "la forêt". Pour la toiture, il a fallu aussi 1 320 plaques de plomb qui pèsent plus de 210 000 kilos !

 
Notre-Dame de Paris,
temple maçonnique ?
 

Les bâtisseurs des cathédrales, ces « logeurs du Bon Dieu » laissèrent partout des symboles hermétiques, des messages codés et des secrets qu’ils se transmettaient entre eux selon leur grade et le degré de leur savoir.

Car ces ouvriers, ces compagnons, ces maçons sont à l’origine de la franc-maçonnerie et le plus beau « temple » maçonnique s’appelle, selon les initiés, Notre-Dame de Paris, ce qui fait écrire à Victor Hugo à propos de celle-ci : « Au Moyen-âge, le genre humain n’a rien connu d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre ».

A l'entrée de la cathédrale, sur le pilier central, là où le profane ne voit qu'une statue de Cybèle, déesse phrygienne de la Sagesse qui porte deux livres et monte une échelle, certains décèlent tout autre chose.

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Les neuf barreaux de l'échelle représentent neuf fois la lettre H, qui est celle d'Hermès. Ils symbolisent aussi les neuf degrés pour atteindre la sagesse. C'est un emblème alchimique, de même que le livre ouvert que porte la déesse représente l'ouvrage de l'alchimiste. Ce dernier tente de déchiffrer le deuxième, celui de la nature, qui est fermé. Autre détail important: la déesse est couronnée de nuées. Ce mot vient du latin «nubes». En égyptien, il signifie «or»... L'or des alchimistes.

Mais, contrairement à la légende, ceux-ci se moquaient bien du métal doré: «La métamorphose essentielle est intérieure.» L'emblème de cette transformation, c'est le Christ lui-même, être divin et accompli assimilé aux dieux égyptien Thot, romain Mercure et grec Hermès.

A l'intérieur de l'édifice, les trois immenses rosaces qui ornent les transepts symbolisent cette roue du destin, «ce cheminement de l'ombre vers la lumière».

Celle du nord, la plus sombre, représente à la fois le plomb, la matière brute du chimiste, et l'obscurité, les ténèbres. Celle du sud est de loin la plus belle et la plus ouvragée. Elle s'embrase au coucher du soleil: c'est l'œuvre rouge des alchimistes, le symbole de la plénitude spirituelle.

De l'athanor - le four de la transmutation - gravé sur un bas-relief, aux nombreuses roses, emblèmes de la confrérie des Rose-Croix (qui pratiquait l'alchimie), le spécialiste analyse chaque détail du monument jusqu'au vertige.

Athanor

 

L'athanor, four de la transmutation
des métaux

La lecture de ces hiéroglyphes spirituels semble infinie. Pourquoi de tels secrets? Pour se protéger: les alchimistes, soupçonnés d'hérésie, étaient persécutés par l'Eglise. C'est donc en toute discrétion qu'ils se retrouvaient, au Moyen Age, sous le portail de droite. Toujours selon ces sources, ils auraient même dissimulé la pierre philosophale, sous la forme d'une poudre marron, dans l'une des colonnes de Notre-Dame.

La pierre philosophale représente pour les alchimistes non seulement le moyen de réaliser la transmutation du plomb en or, mais elle est aussi une promesse d'immortalité. La fabrication apparaît comme un processus long et complexe. Les alchimistes mélangeaient les ingrédients qui devaient permettre l’obtention de la Pierre. Celle-ci devait permettre de tranformer en or pur un métal en fusion en y étant jetée dedans.

Certains, tel Nicolas Flamel, l'un des plus grands alchimistes, prétendirent avoir réussi à fabriquer la Pierre. La Pierre Philosophale est généralement décrite comme une pierre rouge, dure, lourde, sans odeur, liquide à l’état pur.

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La pierre philosophale

 

Pure légende? Des fables, la cathédrale n'en manque pas. On raconte que les serrures de la porte Sainte-Anne seraient l'œuvre du diable. C'est ce qu'affirmait, au Moyen Age, un certain Biscornet, ferronnier de son état: une nuit, alors qu'il travaillait seul, le Malin l'aurait visité.

On n'a pu ouvrir les serrures qu'en les aspergeant d'eau bénite. Tout aussi diabolique, la faune exubérante des toits de Notre-Dame rappelle à quel point le mal s'est immiscé dans la maison de Dieu. Chimères, griffons, gargouilles cornues, démons palmés et autres bestioles fantastiques témoignent des peurs ancestrales. Qui, aujourd'hui, n'ont rien perdu de leur force.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La France à la fin du règne de Louis VII

 

A l’époque...

Apogée du style gothique en France: cathédrales de Laon (1160) et de Paris (1163).

Première distillerie avérée de vin à Salerne (Italie) en 1167.

1174: Saladin se proclame roi d'Egypte;

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Thomas Becket, archevêque de Canterbury, est assassiné sur l'ordre d'Henri II d'Angleterre (1170).
 
 
Les premiers moulins à axe horizontal apparaissent en Hollande. C'est une révolution dans la minoterie. La production de la farine en sera considérablement augmentée, et les périodes de disette réduites.
 
 
1182: Philippe Auguste expulse les juifs de France.
 
L'art du vitrail
 

 

Les principaux colorants utilisés au Moyen Age, d’après le moine Théophile, sont :

- cobalt pour le bleu,
- cuivre pour le rouge et le vert,
- manganèse pour le pourpre et
- antimoine pour le jaune.

On employait, déjà au 12ème siècle, la grisaille pour décorer les vitraux. La grisaille est une couleur vitrifiable composée d’un oxyde métallique coloré et d’un fondant. Diluée à l’eau ou au vinaigre, additionnée de gomme arabique (adhérence), elle est déposée sur le verre.bois, où ils subissaient une cuisson à une température de 600 à 650°C.

On peut y ajouter un émail : couleur vitrifiable associant un fondant transparent teinté à l’aide d’oxydes métalliques, qui sert à colorer les verres blancs ou à rehausser la teinte des verres colorés. Quand la peinture était sèche, les vitraux étaient recouverts de chaux et placés dans un four à 800°.

Le mastic (étanchéité) était fabriqué à base de cendres et d’huile de lin ; aujourd’hui, c’est un mélange de blanc d’Espagne et d’huile de lin.

Aux 19ème et 20ème siècles, avec de nouveaux matériaux et l’évolution des technologies, la fabrication du vitrail et le travail du verre se sont modifiés.

Le vitrail au plomb

Le sertissage ou montage, consiste à assembler les pièces de verre en les encastrant dans des baguettes de plomb. L'organisation du réseau de plomb est étudiée au préalable afin de garantir le respect du dessin et la solidité. L'ensemble est maintenu par des clous puis les jonctions des baguettes sont enduites d'un produit afin de faciliter l'adhérence de l'étain lors des soudures. Les soudures terminées sur chaque face, il faut consolider et étanchéifier celui-ci grâce au masticage. Un mastic semi-liquide est donc appliqué afin de combler les petits espaces entre le verre et le plomb. En dernier lieu le vitrail est nettoyé puis laissé à sécher quelques jours.

Schéma préparatoire pour la découpe

Le vitrail en tant qu’élément coloré et figuratif existait déjà à l’époque mérovingienne. Vers 1100, les écrits du moine Théophile prouvent que les techniques étaient maîtrisées.

Les plus anciens vitraux actuellement visibles datent de 1100 et se trouvent dans la cathédrale d’Augsbourg en Allemagne. Les vitraux des églises romanes sont très clairs, compensant la petitesse des ouvertures. Avec l’architecture gothique, les fenêtres s’agrandissent, la tonalité des vitraux peut donc se foncer et la palette du verrier se diversifier.

Le bleu est soutenu, le bleu-rouge domine dans les fonds, tandis que les couleurs se nuancent : vert-olive et vert-émeraude, rouge carmin et rouge vermillon ; le jaune est moins employé.

La Grande Rosace nord

La lecture d’un vitrail est parfois difficile et ne se fait pas toujours dans le même sens. Les premières « grandes roses » apparaissent à cette époque.

Le XIVe siècle est marqué par la découverte du jaune d’argent qui permet de colorer un verre sans utiliser la mise en plomb : innovation technique d'importance qui va contribuer de manière éclatante et durable, au perfectionnement de l'art du vitrail.

Ce procédé était déjà connu depuis le X° siècle en Egypte, en Syrie et dans le sud de l'Espagne pour la décoration de vases en céramique. Cette teinture, composée de sels d'argent mêlés à de l'ocre agit par cémentation et permet de colorer le verre dans une variance de jaune pâle allant jusqu'à l'orangé, elle s’applique sur le revers du vitrail. Ce procédé autorise de nouveaux effets : chevelures blondes, parements de vêtements rehaussés de jaune ou encore décors et fonds végétaux. Appliqué sur un verre bleu, le jaune d’argent donne un ton vert, sur un verre rouge un orangé.

Il y a aussi l’amélioration de la qualité du verre blanc désormais totalement clair. La pensée cistercienne et franciscaine favorise l’incolore.

Plus tard on aura du violet (placage de verre rouge et bleu), et la célèbre sanguine, brun-rouge. On l'appelle « sertissage en chef d’œuvre », c'est à dire l’incrustation d’un verre, souvent rond, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente. Ce travail, extrêmement délicat, permettait au compagnon d’obtenir sa maîtrise. D’où le nom de « chef d’œuvre ». Grâce à ce procédé, on pouvait dessiner les blasons des donateurs. A la Renaissance, les scènes deviennent plus réalistes, les visages plus expressifs, les formes plus précises et les couleurs plus nuancées...

Quelques verriers signeront leurs œuvres :  Arnoult de Nimègue, Engrand, Romain Buron, Dominique Florentin, Jean Soudain, Mathieu Bléville, Arnaud de Moles (Auch), Valentin Bousch (vitraux lorrains et alsaciens).

La découverte des « émaux » améliorera la palette du peintre-verrier, mais cette technique, en se substituant au verre teinté dans la masse, assombrira l’œuvre et contribuera au déclin du vitrail. Il faudra attendre le mouvement « Art nouveau » pour que le vitrail redevienne un art vivant.

Quelques siècles plus tard, en 1878, lors de l'exposition universelle de Paris, on découvre le verre « américain » ou verre Tiffany.Cette école s'est constituée autour d'Emile Gallé qui venait de mettre au point sa propre technique de verre doublé pour y graver des éléments végétaux inspirés de l'art d'Extrême Orient.

Opalescent et irisé de couleurs diverses, ce verre rappelant les verres antiques est une invention de Louis Comfort Tiffany fils du célèbre orfèvre Lewis Tiffany. C'est la vogue des verrières paysages accueillant toutes sortes d'oiseaux et offrant des harmonies chromatiques inédites. Sous la houlette de grand maître verrier Jacques Gruber, l'Ecole de Nancy joue un rôle majeur dan l'évolution du vitrail.

 

 


Bon à savoir...

Ces expressions qui nous

viennent du Moyen-Âge

 

Avoir droit au chapitre

Être consulté, avoir le droit d'exprimer une opinion.
Le chapitre est l'assemblée des moines ou des chanoines lorsqu'ils se réunissent pour discuter de leurs affaires. Les moinillons, les serviteurs n'avaient pas voix au chapitre.

Bachelier

Est le lycéen qui a réussi les épreuves du Baccalauréat. Déjà au Moyen Age, le terme désignait l'étudiant titulaire du premier grade universitaire.
Au XIème siècle, le bachelier était un jeune noble, chevalier ou écuyer, qui servait sous les ordres d'un seigneur plus âgé. Le jeune homme devait faire ses preuves afin d’héritier du fief paternel. Lorsqu’il ne possédait pas de fortune, il devait redoubler d’audace pour se trouver un protecteur ou un riche beau-père.

Battre sa coulpe

Battre sa coulpe signifie se repentir.
Les pénitents manifestaient le remords qu'ils avaient de leurs fautes en se frappant la poitrine et en disant " mea culpa " car faute se dit culpa en latin.

Boire à tire-larigot

Boire comme un trou. Selon le sens du mot larigot, l'expression peut avoir plusieurs origines :
- sens de gosier : on boirait " à tire-gosier ".
- nom d’une des grosses cloches de la cathédrale de Rouen : La Rigault (nom de celui qui en avait fait don). Son poids faisait tirer la langue aux sonneurs et assécher leurs gosiers.
- petite flûte semblable à un pipeau. Boire à tire-larigot serait boire comme on joue de la flûte, sans quitter l'instrument des lèvres et en aspirant largement.

C'est une autre paire de manches

C'est une autre affaire.
Au Moyen Age, les manches des vêtements n'étaient pas cousues de manière définitive, mais simplement ajustées au dernier moment. Les dames pouvaient, en signe d'attachement, remettre leur manche à leur chevalier qui l'arborait alors à sa lance ou à son écu lors des tournois.
Ce gage amoureux est devenu symbole d'engagement au point qu'on en ait oublié son origine aristocratique et galante.

Champion

A l'origine, un chevalier se battait en champ clos pour défendre une cause.
La justice du Moyen Age admettait l'épreuve des armes. L'accusé pouvait provoquer en duel son accusateur : Dieu faisait triompher l'innocent. Lorsque l'accusé, malade, trop jeune ou trop vieux, n'était pas en mesure de se battre lui-même, ou si c'était une femme, il pouvait se faire représenter par un champion.

Chercher noise à quelqu'un

Quereller quelqu'un souvent pour peu de chose.
Noise signifiait jadis : querelle bruyante, dispute.
Aujourd'hui, le mot noise ne subsiste que dans cette expression.
En anglais, le mot "bruit" se dit...noise.
Rappelons nous que le français était alors parlé dans toute l'Europe, en particulier dans les cours.

Chevalier

 

A l'origine, les chevaliers n'étaient que de simples combattants, parfois mercenaires, assez forts ou assez riches pour avoir un cheval. Leur prestige était essentiellement militaire.
A partir du XIème siècle, ces guerriers commencent à constituer une classe sociale, unie par une même manière de vivre. Pour éviter les guerres continuelles, les abus de pouvoir et canaliser la violence de ces combattants souvent frustes, l’Église met en place les règles strictes du code chevaleresque. Le chevalier, dont les armes ont été bénies, doit obéir à Dieu et à son devoir, protéger les faibles, aider son prochain...

Le chien de Jean de Nivelle

Animal ou un homme qui ne veut pas obéir quand on a besoin de lui.
Vient de l’expression " C'est le chien de Jean de Nivelle, il s'enfuit quand on l'appelle. "
Origines de l'expression mystérieuses. On pense pourtant que ce Jean de Nivelle n'a pas eu de chien… Il a par contre refusé d'aider son père, Jean de Montmorency, à soutenir Louis XI en guerre contre le duc de Bourgogne. Furieux, son père le déshérita et Jean de Nivelle s'enfuit en Flandres sans attendre d'autres ennuis.
Il faut donc comprendre: " C'est ce chien de Jean de Nivelle... " au sens de infâme, crapule.

Convoquer le ban et l'arrière-ban

S'adresser à tous ceux dont on espère l'aide.
A l'origine, le ban était une proclamation du seigneur, une défense ou un ordre. Le suzerain avait le droit de mobiliser, en cas de besoin, ses hommes mais aussi ceux de ses vassaux.
Il convoquait alors le ban et l'arrière-ban.

Une cote mal taillée

Estimation approximative, compromis qui ne satisfait personne.
La cotte (qui s'écrivit longtemps cote) était au Moyen Age une tunique qui, si elle était mal taillée, ne convenait à personne.
La cote est un impôt de la fin du Moyen Age. Lorsqu’elle était taillée, elle signifiait établie, répartie entre les contribuables.

La cour des miracles

La Cour des Miracles était située dans le quartier des Halles à Paris. Ce n’est que sous Louis XIV que la police en viendra à bout. Repaire des brigands, des faux estropiés qui mendiaient dans les rues, elle doit son nom à la magie qui le soir faisait retrouver aux infirmes l’usage de leurs membres.
Aujourd’hui, une cour des miracles est un endroit plein de monde, à la fois sordide et pittoresque.

Courir le guilledou

Guiller signifiait tromper en vieux français, le verbe. Les " Guillaume " étaient ainsi nommés car ils étaient des trompeurs mais parfois aussi des trompés.
Aujourd'hui, guiller ne survit plus que dans cette expression qui a pour sens : partir à la recherche d'aventures amoureuses.

Courtois

Les chevaliers du Moyen Age l’étaient ; aimables, polis, raffinés dans leur parure et leur langage et aussi leurs sentiments.
Ils considéraient leur dame comme une maîtresse toute-puissante dont les désirs étaient des ordres. Pour lui plaire, ils surmontaient toutes sortes d'épreuves, physiques et morales, dont la patience n'était pas la moindre.
A l'origine, courtois signifie qui vit à la cour.

 

Place_de_Grve_12_sicle

La place de Grève au XIIè siècle

Le journal de Paris
987 après J.C.


Le sacre de Hugues Capet

 

Le Contexte

 

Nous sommes en 987 après J.C.

Depuis des décennies, la crise amorcée au début du siècle précédent a abouti à la formation de principautés indépendantes du pouvoir royal.

Elle s'est poursuivie tout au long du 10è siècle, aggravée par la pression exercée sur le territoire par les peuples barbares: Normands, Hongrois, et Sarrazins.

Les invasions Vikings


Les invasions vikings
(Enluminure du Xè siècle)

Ces troubles ont abouti à la dégradation de l'autorité dynastique carolingienne, et à l'affirmation, face à elle, de pouvoirs concurrents, au premier rang desquels se trouve, dans les années 980, le roi des Francs, Hugues Capet.

Celui-ci a fini par s'imposer à la tête du royaume en 987, date à laquelle il est sacré, peut-être à Reims.

L'essentiel est là: la France vient de naître, même si le royaume ne s'étend guère au-delà des limites de l'Ile de France.

 

CARTE HUGHES CAPET

Le domaine royal sous Hugues Capet (en bleu)

 

HuguesCapet

 

Hugues Capet

 

 

blasonFrance

 

 

Le blason de la maison de France

 

 

 

L'Europe en l'an 1000

L'Europe en l'an Mil

 

denier

Denier d'argent frappé
sous Hugues Capet

 

 

 

La naissance d'une dynastie

Les Carolingiens sont issus d’une vieille famille franque, les Pippinides (du prénom de Pépin de Landen), qui se substitua peu à peu aux mérovingiens devenus les « rois fainéants ».
La famille carolingienne tient son nom de Charlemagne, mais c’est son père Pépin le Bref, fils de Charles Martel qui s’empara du pouvoir royal en 751.

Charlemagne développa l’empire d’Occident, mais ses descendants divisèrent son héritage. La partie occidentale ou Francie occidentale donnera naissance à la France.

Progressivement, la faiblesse des souverains carolingiens favorisa l’émergence d’une nouvelle dynastie, les Robertiens qui prendront le pouvoir royal à plusieurs reprise.

Leurs héritiers, les Capétiens, le gardèrent à partir de 987. La famille des Capétiens directs, issue de Hugues Capet, régnera sur la France jusqu’au XIV ème siècle.

Par extension, " capétien " désignera le nom de cette dynastie royale qui régnera en direct de 987 à 1328 puis par branches collatérales de 1328 à 1792.

Ils s’employèrent à renforcer le royaume et pérenniser la dynastie. Les derniers représentants exhumèrent une vieille loi franque dite « loi salique » qui excluait les femmes pour maintenir la couronne à la descendance mâle. Les capétiens directs s’éteindront en 1328, à la mort de Charles IV le Bel.

Le coup de génie de Hugues réside dans le sacre de son fils Robert, associé au trône de son vivant.
Sans le savoir, ceux qui avaient cru amoindrir le pouvoir royal en plaçant sur le trône d'une monarchie élective un souverain réputé faible avaient légitimé le fondateur d'une dynastie qui allait tenir les rênes de la royauté pendant plus de neuf siècles.
Hugues épouse Adélaïde d'Aquitaine, la fille du comte* de Poitiers, en 970. Au regard de l'histoire, le règne de Hugues revêt surtout une importance symbolique. Il ne dure que neuf années et s'achève par la maladie du roi, qui disparaît sans gloire.

 

Qui était Hugues Capet ?

Né vers 941, il est le fils de Hugues le Grand et issu de la famille des Robertiens.
 
Il devient duc de France en 956, et assure l'avenir de sa dynastie. Les capétiens régnèrent directement de père en fils jusqu'en 1328.
 
A l'assemblée de Senlis, en 987, après la mort de Louis V, il est élu roi de France.
Il sera sacré en 988, sans doute à Reims par l'évêque Aldabéron, qui avait soutenu sa candidature (et qui était accusé de haute trahison).
 
A cette période, il est un seigneur puissant et respecté qui possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans qui en font l'un des principaux seigneurs de la Francie occidentale.
 
Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes.
Jusqu'en 991, Hugues doit combattre le parti carolingien, mené par de forts partisans, dont Charles de Lorraine.
Il meurt en 996.
 

 

Paris sous Hugues Capet

Les raids des Vikings, qui remontaient la Seine depuis la Normandie jusqu'à Paris, sont stoppées par les prédecesseurs d'Hugues Capet.

Hugues Capet et ses successeurs fixent leur résidence dans l'île de la Cité. La ville prospère grâce à la navigation sur le fleuve.

Sous son règne, on reconstruit les abbayes détruites par les Normands.

Le Xe siècle est l'époque la plus triste de l'histoire de Paris comme de l'histoire de toute la France: les famines et les pestes sont continuelles; la guerre n'a point de relâche; on se croit près de la fin du monde.

Aussi la ville ne prend aucun accroissement, et l'on n'y voit bâtir dans la Cité que les petites églises de Saint-Barthélémy, de Saint-Landry, de Saint-Pierre-des-Arcis.

Mais avec les rois de la troisième race, Paris reprend un peu de vie: de capitale du duché des Capétiens, elle devient capitale du royaume et profite de sa position géographique pour centraliser autour d'elle la plus grande partie de la France.

Cependant son influence n'est pas d'abord politique: heureuse d'être ville royale et affranchie de la turbulente vie des communes, protégée par des franchises et des coutumes qui dataient du temps des Gaulois, vivant paisible à l'ombre du sceptre de ses maîtres, elle se contente d'avoir sur les provinces l'influence des idées, du savoir, de l'intelligence.

 

 

 

 

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capet_charte_gd

Charte d'Hugues Capet datée du 20 juin 989, par laquelle il donne à l'Eglise son domaine de Maisons-Alfort, pour la remercier de l'avoir soutenu lors de son élection au trône de France

 

La communion du chevalier

 

La communion du chevalier
(cathédrale de Reims)

 

A l’époque...

La réunification de la Chine est réalisée par la dynastie Song, qui sera bientôt vaincue par les Mongols.

Les Vikings assaillent de nouveau l'Angleterre

La seconde église de Cluny est consacrée..

Fondation de l'université du Caire.
Gerbert devient le pape Sylvestre II.
 
Fondations des premiers comptoirs commerciaux sur la côte est de l'Afrique par les Arabes: Zanzibar, Mogadiscio, Mombasa..
 
 
Les vitraux de la cathédrale de Reims sont peints.
Inventions: l'écluse (Chine, 983),  la poudre à canon (Chine, v.1000)
 
 

Montjoie Saint-Denis !

Il s'agit du cri de guerre des capétiens, véritable signe de ralliement autour du royaume de France.

L'origine de ce cri serait liée à celle des monts-joie, qui sont des collines. Une mont-joie existait à 3km de la basilique de Saint Denis, et avait un caractère sacré par le fait qu'elle aurait été le lieu du martyr de Saint Denis au IIIe sciècle. "Mont-joie Saint Denis" associerait ainsi la royauté à un lieu sacré, comme pour mieux auréoler le pouvoir royal.

plan de Paris

 

Paris sous Hugues Capet

 

 

 

rue de Paris sous Hugues Capet

Rue de Paris

 

Hugues Capet, l'"homme au chapeau"

Le surnom de Capet fait sa première apparition vers 1030 dans la chronique d’Adémar de Chabanne, il s’applique alors au père d’Hugues Capet, le duc Hugues Ier. Il ne qualifie Hugues Capet qu’au début du XIIe siècle. Les annales de l'abbaye Saint-Médard de Soissons mentionnent l'élection (987) du fondateur des Capétiens, Hugues "surnommé Chapez" et le terme "capétien" apparaît pour la première fois chez le chroniqueur anglais Raoul de Diceto († 1202). Les révolutionnaires le donnèrent par dérision à Louis XVI détrôné (le « citoyen Capet ») et à sa famille. Rappelons qu'Hugues Capet (940 - 996), sera duc de Francie (960-987), puis roi de Francie (987-996).

 
Au XIIe siècle, la chape étant devenue un chaperon ou chapeau, Hugues Capet fut considéré comme "l’homme au chapeau", et la légende, appuyée sur cette fausse étymologie, naquit, selon laquelle il n’avait pas pu ou voulu recevoir la couronne.

Il n'y a pas que le nom du fondateur de la dynastie capétienne qui se rattache aux abbayes, il y a aussi son élection royale. En effet, une légende (parmi d'autres) affirmait, probablement conçue pour légitimer l'accession de la nouvelle dynastie, que si Hugues rendait la dépouille mortelle de saint Valéry (Walaric, + vers 620) à l'abbaye du saint, il serait roi et ses descendants le seraient pendant sept générations.
 
Sceau royal d'Hugues Capett

Le sceau royal d'Hugues Capet

 
3 juillet 987
Le sacre de Hugues Capet

 

Le 3 juillet 987, Hugues Capet devient roi des Francs sous le nom de Hugues 1er.
Les principaux seigneurs du bassin parisien lui ont offert la couronne au détriment de l'ultime héritier de Charlemagne.
Hugues est sacré selon un rituel germanique. Son avènement marque la vraie naissance de la France.
Le nouveau roi est un homme mûr de 47 ans.
Il possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans.

Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes (d'où le surnom de Capet qui fait allusion à ses chapes d'abbés, dont celle, prestigieuse entre toutes, de Saint-Martin-de-Tours).
Hugues doit défendre sa légitimité les armes à la main contre le parti carolingien qui garde de solides partisans.

L'un de ses vassaux refusant de lever le siège de Tours, Hugues lui demande :
- Qui t'a fait comte ?
Et l'autre de répliquer :
- Qui t'a fait roi ?
Les premières générations de Capétiens respectent la règle féodale de l’élection.
Mais Hugues et ses successeurs ont soin de faire élire de leur vivant leur fils aîné et de le faire sacrer roi à Reims.
Les Grands du royaume se prêtent de bon gré à la manœuvre.
Le fils du roi régnant a l’avantage d’avoir été préparé à la succession et son élection coupe court aux querelles entre prétendants.
C'est ainsi que la succession héréditaire devient la règle en France... jusqu'en 1792.

 

 

A quoi ressemble l'homme du Xe siècle, comment vit-il?

Cet homme vit dans une maison rustique, faite de torchis et de chaume, plutôt confortable.

Il n'y fait pas froid, mais cette maison est sombre. Toute la famille est réunie là, on entretient le feu à même le sol. On se nourrit essentiellement de féculents - n'oubliez pas que les lentilles existent depuis le néolithique - et de céréales. Des fours sont creusés dans le sol, répartis en batterie autour d'une aire centrale, de sorte que l'on peut faire tourner les braises d'un four à l'autre.

Y a t-il une répartition précise des travaux entre les hommes et les femmes?

Il est difficile de le préciser. Nous savons qu'il existe des activités de tissage à la maison. En outre, on observe souvent la présence de sortes de cabanes annexes à proximité de la maison, à demi enterrées, servant tout à la fois de bergerie, d'étable et d'atelier de tissage: l'humidité ambiante qui y règne est essentielle à l'entretien et à la préservation du tissu.

Comment s'habille t-on?

Le vêtement populaire reste, grosso modo, le même depuis l'Antiquité: tunique, manteau, braies pour les hommes. Lin et chanvre pour le dessous; laine pour le dessus. La soie est réservée aux gens riches qui peuvent la faire venir d'Asie et de Byzance. (C'est également dans la soie que l'on enveloppe les reliques.)

L'influence religieuse est-elle prépondérante?

Oui, de plus en plus. Par exemple, on note une prolifération des paroisses, à distinguer du monachisme et des grandes abbayes telles que Saint-Denis, Saint-Germain, Jouarre, Argenteuil... La paroisse développe une pratique populaire et ce phénomène est d'autant plus important que, sous les Carolingiens, on a encore des textes qui interdisent certaines pratiques païennes - ce qui prouve que ces pratiques existent encore. A l'époque dont nous parlons, elles s'effacent.

 

Motte

Un château à motte
 

soldat Hugues Capet

Un soldat capétien du Xè siècle

 

Bon à savoir...

La grande peur de l'an Mil
 
Faux ! La légende qui veut que la grande peur de l'an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée.

 

D'ailleurs, à cette époque, toutes les régions d'Europe, bien que chrétiennes, n'avaient pas le même calendrier (selon les pays, l'année commençait à Pâques ou à Noël.). En outre, l'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Européens ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.

 

 

Certes, quelques membres du clergé (principalement des clercs et des moines.), une minorité, se firent du souci à la lecture de certains versets de l'Apocalypse de Saint Jean (XX, 1 à 8.) : Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au dessus de lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. [...] Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog & Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer.

 

Cependant, tous ces ecclésiastiques n'étaient pas d'accord sur la date de la fin des temps : beaucoup attendirent donc 1033, soit mille ans après la mort du Christ.

 

 

Comment s'est donc mis en place ce mythe des peurs de l'an mil, sachant qu'aucune source datant du XI° siècle n'en fait état ?

 

En fait, tout commença avec les humanistes de la Renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des lumières, puis par la révolution française de 1789.

 

Mais le mythe de la peur de l'an mil se répandit largement sous la III° république: en effet, les républicains voulaient démontrer que l'Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l'ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l'an mil .

 

De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres de l'époque: incultes, analphabètes, ignorants, etc...

Mais eux n'ont pas eu peur du passage à l'an Mil. Peut-on en dire autant de nos contemporains lorsque nous avons passé l'an 2000 ?

 

 

 

 

 

Le château à motte

 

Le chateau à motte apparut durant le Xème siècle.
Il se caractérisait par une butte entourée d'un fossé (la terre extraite de ce fossé ayant permis d'élever la butte).

Une tour de bois, carrée ou circulaire, coiffait le sommet de la motte. L'étage de ce donjon, qui servait de deumeure seigneuriale, n'était accessible que par une passerelle mobile. Sur le toit s'installaient des guetteurs et dans le soubassement se trouvaient les réserves de nourriture et la prison.

La domisticité, les animaux et le reste des approvisionnements trouvaient place dans un enclos nommé "baille" ou "basse-cour". Ce dernier était entouré d'une palissade et précédé d'un autre fossé.

Dans le siécle qui suit, rares seront les évolutions. Elles se présenteront sous forme de nouveaux remparts de bois ou de plus grands fossés.

Et il faudra attendre près de 150 ans pour apporter un net changement aux forteresses.

 

 

 

 

Le Concile de Charroux
règlemente la guerre

 

Deux ans après son accession au trône de France, en 989, Hugues Capet organise à Charroux, petit village du Poitou, une assemblée solennelle, qui impose des limites à la violence des seigneurs, jusque là sans frein.

En effet, faute d'une force armée suffisante, la sécurité intérieure du royaume ne peut être assurée. Quant à la justice, elle n'est plus rendue. Les terres des églises et de la paysannerie sont transférées arbitrairement vers l'aristocratie laïque. En d'autres termes, le seul moyen de faire valoir son droit est de recourir à la guerre privée.

Le royaume s'épuise dans ces guerres intestines, et le roi a tranché.

Un serment sera prêté par tous les présents. Sa portée est très modeste, mais représente un réel progrès pour cette époque troublée. Il vise à protéger les églises, le bétail des paysans, leurs biens meubles et la personne des clercs contre les exactions de ceux qui font profession de porter les armes: les chevaliers.

Le concile de Charroux impose pour la première fois un programme minimal de remise en ordre.Des assemblées similaires se tiennent à Narbonne et au Puy. Le mouvement remonte ensuite vers la Bourgogne, où il rencontre l'influence de Cluny.

Celle-ci sera décisive dans la diffusion des idées de paix. Effectivement, les puissants, quels que soient leurs désirs de richesse, de puissance et de pouvoir, n'en demeurent pas moins angoissés par le salut de leur âme. Ils ont peur des prêtres, qui ont le pouvoir de les excommunier, c'est à dire les retrancher de la communauté des croyants.


 

 

 

 

peste

La peste noire

 

Le clergé, la chevalerie, et la paysannerie

Au cours de ces assemblées, présidées par un Saint, dont la présence est matérialisée par une châsse contenant ses reliques, sont représentés, les paysans, le clergé, et les chevaliers.

Le serment consiste à obtenir des chevaliers qu'ils jurent devant Dieu de s'abstenir d'attaquer les églises et une surface définie par un rayon de trente pas autour du bâtiment.

Là, en cas d'opération militaire, les paysans peuvent trouver refuge. Toute aussi importante est la protection assurée aux marchands et aux clercs, pourvu qu'ils ne portent pas d'armes.

Elle doit permettre le retour à la sécurité des communications, et donc du commerce.

Si le concile de Charroux n'a pas tout règlé, il a néanmoins permis le début d'une prise de conscience chevaleresque de la part des seigneurs.

Hugues Capet a par cet acte énergique contribué à restaurer la sécurité et la confiance du royaume dans les institutions.

 

 

 


 

La France d'Hugues Capet

 
La population est estimée à 8 ou 9 millions d'habitants vers l'an mil, soit à peine plus qu'à l'époque gallo-romaine, et atteindra son maximum de 20 millions au milieu du XIII ème siècle, à la veille de la guerre de Cent Ans.

Cette croissance démographique continue du Xème au XIIIème siècle est à mettre au compte des défrichements, d'une extension des cultures, de l'introduction de nouvelles techniques et enfin de la renaissance des villes et du commerce.
 

Agriculture en l'an Mil

L'agriculture en l'an Mil

Depuis le Haut Moyen-Age, les riches se nourrissent surtout de viandes provenant de la chasse et de poissons, en surplus des denrées de base tandis que la majorité du peuple ne subsiste que grâce au pain, fait de blé, plus souvent d'orge ou de seigle, de méteil et de soupes ou bouillies.

Les rendements sont déplorables jusqu'au XIème siècle où l'on compte pas moins de 48 ans de famine sur 73 ans!

 

Le journal de Paris
2 octobre 1131

Quand un cochon faillit renverser
 

le royaume

 
Le Contexte

 

Nous sommes en 1031.

Le 13 octobre plus exactement.

Paris est définitivement la capitale du royaume de France.
La population atteint 100 000 habitants, chiffre considérable pour l'époque.

Les villes sont des endroits dangereux si l'on est de passage ou/et si l'on s'y promène la nuit dans les rues tortueuses de terre battue : de nombreux malandrins voleurs et assassins y élisent domicile du fait de la relative promiscuité et de la densité de population que l'on ne trouve nulle part ailleurs.

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Paris au XIIè siècle

Les châtiments s'ils sont souvent durs, vont rarement jusqu'à la sentence capitale contrairement à la croyance répandue : on préfère les amendes, source de revenu non négligeable pour le seigneur qui rend la justice, et les travaux forcés.

Dans toutes les villes d'une certaine envergure, les services de voirie comptent parmi les plus importants, avec pour mission l'aménagement des rues et la construction de fossés et d'égoûts... Mais ils sont souvent dépassés et on a pu retrouver des plaintes d'habitants et de marchands qui n'hésitent pas à déserter la ville jusqu'à ce qu'elle ait été nettoyée.

Les rues de Paris ne sont pas pavées, elles sont étroites, encombrées d'immondices, et saturées d'odeurs souvent pestilentielles, surtout dans les quartiers ou s'exercent les activités artisanales génératrices d'inconfort : teinturerie, tannerie, savonnerie, abattoirs, poissonnerie.

Certains métiers particulièrement polluants ou incommodants on été rejetés à la périphérie (forge, fours à chaux). Les boutiquiers, les marchands, les artisans qui avaient pignon sur rue attiraient le chaland en criant les qualités de leurs produits.

Dans les rues, on pouvait croiser un marchand d'eau, un colporteur, ou encore le crieur public qui annonçait mariages, programmes des foires, maisons à vendre et condamnations capitales (qui étaient alors publiques).

La vie était rythmée par les cloches de l'église et de la ville qui annonçaient le début de la journée et sa fin, et sonnaient les heures.
La nuit, le veilleur de nuit prenait garde à ce que rien ne prenne feu (c'était le couvre-feu).

A l'époque, à Paris, la majorité des habitations était en bois,  car la pierre était une denrée rare et réservée aux riches et à la construction des cathédrales. Les terrains à bâtir étaient chers, on construisait donc en hauteur.

Banal fait divers à Paris.

Dans les rues, comme à l'accoutumée, divaguent de nombreux cochons, une clochette accrochée au cou. Ils nettoient les rues de leurs immondices.

Mais voilà que l'un d'eux se jette sous un cheval.

Le cavalier tombe et se tue.
Ce n'est autre que Philippe, fils aîné et héritier du roi Louis VI le Gros !

Cochon_Philippe_1131

La mort du dauphin

L'incident vaudra à son frère de régner sous le nom de Louis VII le Jeune.

Il sera aussi à l'origine d'un édit royal interdisant désormais la divagation des cochons.

Quand le royaume de France a failli être renversé par un cochon, vous-dis je !

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Les armes de France


 
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L'Europe en 1130

 

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Le couronnement de Louis VI

 

La musique au Moyen-Âge

Si la musique n’est pas née au Moyen-Âge, loin s’en faut, c’est néanmoins à partir de cette époque que l’on a commencé à la noter systématiquement.

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Flûte médiévale

Au VIe siècle, Boèce, à la cour du roi Théodoric, reprend les anciennes notations grecques et y associe un système de lettres de l’alphabet latin.

Au IXe siècle, on note les oeuvres musicales mais la tradition orale ne disparait pas pour autant. Le chantre, personnage considéré, savait par coeur et les neumes du grégorien ne servent qu’à faciliter le travail de sa mémoire.
Puis, l’invention de la "portée" musicale et des clés indiquées au départ, apporte un changement essentiel.

A partir du XIIe siècle, dès le début de l’édification de Notre-Dame de Paris, se développe la polyphonie. Michel Zink relate l’importance de cette Ecole de Paris et explique comment se chantaient les motets qui deviennent le genre à la mode et suscitent un fort engouement, mélangeant sacré et profane.

 

InstrumentsMoyenAge
 
 
Au XIIIe siècle, la polyphonie devient prépondérante, tant et si bien qu’au début du XIVe siècle, le pape Jean XXII promulgue une décrétale Docta Sanctorum pour supprimer le motet et la polyphonie, au prétexte que cette musique, loin de porter à la dévotion et à la foi, enivre les oreilles.
 
 
 
Instrumentistes - Codex Manesse
 
 
Codex Manesse
 
 
 
antiphon1250
 
 
 
Antiphon (1250)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Clairvaux, le renouveau de l'humanisme
 

L'abbaye de Clairvaux fut fondée, selon la tradition de l'Ordre cistercien, le même jour que celle de Morimond, c'est-à-dire le 25 juin 1115. En effet, pour assurer son développement, le Nouveau Monsatère, né en 1098 selon la volonté du bénédictin Robert de Molesme, décida d'engendrer quatre filles : La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux (1115) et Morimond.

clairvaux-gravure-1708

L'abbaye de Clairvaux
(gravure de 1706)

 

L'abbé de Cîteaux, l'anglais Etienne Harding (1109-1133), choisit un jeune moine de 25 ans, Bernard, pour diriger la nouvelle communauté. Fils du seigneur de Fontaines, près de Dijon, Bernard était entré en 1112 à Cîteaux, suivi par trente compagnons dont de nombreux membres de sa famille.

Bernard, accompagné de douze moines, s'installa dans une vallée isolée, le Val d'Absinthe, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Bar-sur-Aube, sur une terre libre de toute occupation donnée par un de ses cousins.

Le site présentait un avantage de taille : il était situé à deux kilomètres de la grande voie romaine reliant Milan à Boulogne. Cette route allait bientôt devenir le plus grand axe routier d'Occident, utilisée par les marchands de l'Europe entière se rendant aux foires de Champagne. Clairvaux se trouvait ainsi au coeur de l'une des plus importantes zones d'échanges économiques et intellectuels de l'époque.

SaintBernardDeClairvaux

La personnalité hors du commun de l'abbé de Clairvaux, assurément l'une des plus grandes figures intellectuelles de son époque, explique le rayonnement et l'essor que prit rapidement le nouveau monastère champenois.

Saint Bernard fut sans doute le premier humaniste.

Un jour, dans la vallée du Rhin, un moine déchaîne le peuple contre les communautés juives. Bernard se rend sur place et met fin aux massacres : pour lui, le peuple juif est porteur de l'humanité de Jésus. La déroute de la croisade (qu'il n'accompagne pas) l'affecte.

Il se retire à Clairvaux et se consacre à l'écriture et à la mise en forme de ses œuvres. Au printemps 1153, il part, malade, à Metz pour y rétablir la paix. Il meurt dans son abbaye le 20 août 1153, à l'âge de 63 ans. Canonisé en 1174, il sera proclamé docteur de l'Église en 1830.

Cet homme « tout-puissant malgré lui et condamné à gouverner l'Europe » (J. Michelet) est avant tout un moine porteur de farouches exigences. Luther l'en louera.

Bernard veut revenir aux sources du monachisme, dans une quête incessante de pureté et de rigueur. D'où la volonté de libérer les couvents de son ordre du monde laïque et de les faire accéder à l'indépendance matérielle. D'où ce dépouillement novateur qui prévaut dans l'art cistercien, comme en témoigne la réussite architecturale des monastères.

Bernard est aussi un théologien mystique d'importance. Ses écrits (lettres, parfois en forme de traités, sermons) découlent directement de son activité d'abbé et de pasteur ; en dehors des lettres dont les destinataires sont divers, Bernard écrit pour des moines.

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Saint Bernard de Clairvaux
(miniature du 14è siècle)

 

 

Louis VI le Gros, le premier grand roi de France

Louis VI succède à Philippe Ier en 1108 : son obésité lui vaudra auprès de ses contemporains comme de la postérité le surnom de "Louis le Gros". Son activité débordante et son énergie l'ont également fait surnommer "Louis qui ne dort".

Louis VI Louis VI le Gros

Il tentera durant son règne de 1108 à 1137 d'imposer le prestige de la monarchie aussi bien à l'intérieur de son royaume (comme ses prédécesseurs) que dans l'Europe chrétienne :

 

- il entre en conflit avec les petits seigneurs qui contestent son pouvoir en Ile-de-France en se comportant comme des châtelains brigands : il s'impose face à ces vassaux non respectueux en occupant leur territoire et en faisant détruire leurs donjons. Parmi eux, on peut citer le sire de Montlhéry, Hugues du Puiset (contre qui son père s'était fait humilier en 1081) ou la famille des Coucy.

    - il défend son royaume face à une tentative d'invasion de la part du puissant empereur d'Allemagne Henri V qui se dirige vers Reims.
    Il rassemble, en usant du droit de l'ost royal, les chevaliers de son royaume en 1124 pour lui barrer la route.

    Bataille_de_Bremule

    La bataille de Brémule

    Pour la 1ère fois était levée l'oriflamme et retentissait le cri de guerre : "Montjoie Saint-Denis". Il s'agit de la première manifestation, certes modeste, d'unité nationale autour d'un roi capétien.

    "On ne prend pas le roi aux échecs !"

    Lors de la bataille de Brémule en 1119 contre les anglo-normands de Henri Ier, Louis VI le Gros aurait dit : "On ne prend pas le roi aux échecs !"
    Poussé par sa chevalerie et n'écoutant que son courage, le roi se jette sur les Anglais : au plus fort du combat, il parvient de justesse à se tirer d'un mauvais pas en lançant ce cri devenu célèbre, avant de fendre le crâne de l'archer qui croyait le tenir... Il abandonnera tout de même sa bannière puis son destrier !

    Louis VI Le Gros

    Louis VI Le Gros

    (miniature du XVè siècle)

    Le 25 décembre 1120, tout les héritiers directs de Henri I périssent lors de la catastrophe de la Blanche Nef. En 1124, Henri I fait appel à son gendre l'empereur Henri V pour s'allier contre Louis VI, mais l'empereur meurt en 1127. Le roi d'Angleterre a alors l'idée de remarier sa fille à Geoffroy le Bel, dit Plantagenêt, héritier du fief angevin.
    De plus, Guillaume Cliton décède en 1128 ce qui affaiblit le poids du roi de France face au souverain anglais. Mais Henri I meurt en 1135.

    Louis VI choisit successivement deux clercs pour le conseiller : Etienne de Garlande et Suger. On pourrait penser qu'il s'agit d'un gage de paix avec l'église, mais il n'en est rien.
    Étienne de Garland pratiquait tout autant le cumul des bénéfices et des fonctions que le népotisme.
    Certes le roi s'appuya sur le clergé qui avait aussi besoin de sa protection pour dompter les châtelains.

    Mais il traita brutalement plusieurs évêques, et n'hésita pas à affirmer la supériorité de la justice royale sur la justice d'église lors d'un conflit avec l'évêque de Paris.
    En revanche, il s'allie à la papauté, quitte à garder son indépendance, comme en 1113 quand le pape voulut doubler l'évêché de Noyon-Tournai, et surtout quand Calixte II voulut en 1121 accorder la primatie des Gaules à Lyon au détriment de Sens.
    Quatre papes vinrent en France sous le règne de Louis VI, et quand un schisme éclata en 1130, le roi soutint Innocent II le pape légitime, contre Anaclet II.

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    Denier de Louis VI

     

     

    Après avoir fait annuler son mariage avec Lucienne de Rochefort pour non consommation, le roi épouse en 1115 Adélaïde de Savoie qui lui donne huit enfants, dont l'héritier Philippe qui est sacré en 1128. Mais ce dernier meurt en 1131 et est remplacé dans l'année par son frère Louis, sacré à Reims par Innocent II.
    Le roi conseillé par Suger négocie avant sa mort, le 1er août 1137, le mariage de Louis avec la fille du Duc d'Aquitaine Guillaume X, qui n'est autre que la fameuse Aliénor d'Aquitaine.

    soldat de Louis VI  le Gros

    Soldat de Louis VI le Gros

    Bien que Suger ait probablement exagéré ses éloges, Louis VI peut être considéré comme le premier grand roi de France.
    Il agrandit le domaine de plusieurs châtelleries d'Ile de France et du comté de Corbeil, de plus il pacifie le domaine royal et améliore son administration.
    Le mariage qu'il organise entre son fils et Aliénor d'Aquitaine est une brillante manoeuvre pour étendre le pouvoir de la France, bien qu'il ne pouvait en deviner l'issue désastreuse.

    Louis VI avait coutume de dire :
    "Quelle misérable condition est la nôtre de ne jamais savoir et pouvoir tout ensemble ! Jeune, si j'avais su, et vieux, si je pouvais, j'aurais conquis bien des royaumes !"

     

    La justice et les châtiments au Moyen-Âge

    Ne nous y trompons pas. La peine de mort existait au Moyen-Âge, mais, contrairement à une idée largement répandue, elle était peu appliquée.

    En matière de justice, deux concepts coexistaient:

    - le premier se réclamait du droit romain. C'était celui du Roi et de l'Eglise. Il consistait en l'application de la justice en vertu de lois et de décrets écrits;

    - le second est celui du peuple et des seigneurs. Il dérivait du droit germanique, et consistait en l'application plus ou moins arbitraire de châtiments infligés par le seigneur, qui s'appuyait sur de vagues concepts, issus d'antiques traditions. Aucune loi écrite ne régissait cette justice.

    Ces deux concepts, droit romain et droit germanique, s'affrontèrent tout au long du Moyen-Âge. Mais la principale nouveauté apparue à l'époque était l'ordalie.

    Le principe de l'ordalie consiste à soumettre l'accusé à une épreuve physique, qui, s'il en sort indemne prouvera sa bonne foi. Dieu l'aura
    innocenté. Il s'agissait le plus souvent de tenir un fer rouge dans sa main pendant un long moment ou de plonger le bras dans de l'eau bouillante.
    Les innocents étaient donc rares.

    La torture fut pratiquée pendant tout le Moyen Âge mais c'est surtout au bas Moyen Âge, à partir du XIIIième siècle, qu'on l'utilisa dans le but de contrôler les vices et les travers de la société.

    Officiellement la torture est justifiée pour rechercher la preuve criminelle (l'aveu ou la dénonciation de complices), officieusement les
    méthodes sont souvent excessives et injustifiées.


    A partir du XIIième siècle l'Eglise va considérer que la lutte contre la criminalité religieuse est désormais sa priorité. Elle institue pour cela le
    tribunal inquisitoire chargé de réunir les preuves essentiellement par l'aveu.
    En effet, au Moyen Âge, c'est l'autorité qui régit tout.
    L'autorité
    suprême étant celle des Ecritures, l'Eglise est idéalement placée pour fournir une interprétation des Evangiles faisant donc autorité.

    L'Eglise voyait dans les Evangiles des références claires à l'aveu, c'est comme ça que la procédure inquisitoire s'est développée . Car selon le droit
    médiéval l'aveu rend la chose notoire et manifeste, il devient la preuve incontestable de la culpabilité de l'accusé.

    torture homosexuel

     

    Torture d'un homosexuel

    L'Eglise précise que l'aveu doit être spontané et non extorqué ou proféré sous la colère. Mais la justice laïque accordera la même importance à toutes les formes d'aveu.

    C'est pourquoi la pratique de la torture (violence physique pour arracher une vérité) avec tous ses excès s'organise et se généralise.
    Cependant l'aveu
    ne pouvait à lui seul emporter la condamnation. Il devait être accompagné d'indices annexes et de présomptions.

    Mais il l'emportait tout de même sur n'importe quelle autre preuve. C'est pourquoi un juge
    ne pouvait pas condamner à mort un suspect qui n'aurait pas avoué même sous la torture.
    Le suspect n'était pas innocenté par sa résistance
    mais il ne pouvait plus être condamné à mort. " De là la recommandation
    souvent faite aux juges de ne pas soumettre à la question un suspect suffisamment convaincu des crimes les plus graves, car s'il venait à
    résister à la torture, le juge n'aurait plus le droit de lui infliger la peine de mort, que pourtant il mérite ".



    Il existait une législation sur l'usage de la torture même si elle n'est pas
    souvent respectée.

    En étaient dispensés les femmes enceintes, les mineurs de moins de 14 ans et aurait dû l'être selon Saint-Louis toute personne honnête et de bonne volonté même les pauvres.

    Il faudra attendre de nombreux abus avant que certains aveux obtenus par la force ne soient refusés et que les méthodes ne soient codifiées.

    La fin du Moyen Âge notamment montre une volonté de contrôler les dérives et voit la mise en place de la question préparatoire. C'est une
    forme de torture psychologique pour éviter de passer à la torture physique qui consiste à effrayer le condamné en lui présentant les
    différents instruments et techniques qu'il va subir s'il n'avoue pas, puis à le lier nu et le laisser seul face à sa peur.

    Cela a permis généralement d'éviter de passer à la torture physique ou question définitive. On
    appliquait notamment cette méthode pour les enfants ou les vieillards.

    Les supplices sont nombreux et le plus souvent adaptés à une situation précise. Les supplices variaient selon le criminel et la nature du crime
    commis sur le principe qu'il faut payer par là où on a péché (couper le poing pour les parricides…).


    Mais on peut néanmoins distinguer trois catégories de supplices :

    - la question ordinaire qui regroupe les tortures les plus supportables, qui n'ont pour objectif que d'obtenir l'aveu .

    - la question extraordinaire qui regroupe les tortures les plus insupportables, qui constituent généralement la première étape de la peine de mort .

    - Les tortures additionnelles (arrachage des chairs à l'aide de pinces
    rougies…).

    Le plus grand sadisme vient cependant des soins prodigués entre chaque séance.
    Le prisonnier est nourri, rafraîchi, frictionné voire
    même complimenté sur son courage.
    Ce moment le fragilise
    considérablement au point de le faire fléchir et avouer son crime.

    Parmi les tortures et les exécutions les plus courantes ou les plus connues citons l'élongation (qui consistait à étirer la personne sur une longue table de bois, les tortionnaires n'hésitant pas à couper les muscles pour
    éviter une trop rapide dislocation).

     

     

     


    A l’époque...

    Apparition du métier à tisser de basse lice.

    Parution de La chanson de Roland, la plus célèbre des chansons de geste, qui relate les exploits des guerriers francs.

    Saint Bernard fonde l'abbaye de Clairvaux (1115).
    Fondation de l'Ordre des Templiers (1119).
     
     
    L'achèvement de Cluny III marque l'apogée de l'architecture romane en France (1118).
     
     
    Parution du premier guide "touristique". Il s'agit d'un guide rédigé par Aimery Picaud, pour faciliter le voyage des pélerins à Compostelle, centre de pélerinage devenu aussi important que Rome ou Jérusalem (1130).
     
     
     
     
     
     
    La création de l'Ordre du Temple
     
     

    Les premiers pélerins qui partaient vers la Terre Sainte n'étaient pas en sécurité. En réalité, ils étaient fréquemment volés, pillés, assassinés en chemin.

    L'idée de créer une milice du Christ (militia Christi), chargée de les protéger date de 1113, époque à laquelle l'ordre de l'Hôpital, reconnu la même année, fut chargé de s'occuper de ces pèlerins.

    templiers
     
     
    Templiers protégeant les pèlerins en Terre Sainte

    Ainsi, les chanoines s'occuperaient des affaires liturgiques, l'ordre de l'Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire de protection des pèlerins.

    Cette répartition ternaire des tâches reproduisait l'organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres (oratores), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores).

    C'est ainsi que l'ordre du Temple, qui se nommait à cette époque militia Christi, prit naissance.

    C'est le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Geoffroy de St-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : pauperes commilitones Christi Templique Solomonici), qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem.

    Dans un premier temps, Payns et St-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins. Par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre Sainte fut construite à cet endroit : le château Pèlerin.
    Le nouvel ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudouin II de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils reçurent du patriarche Gormond de Picquigny la mission de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (« ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones » pour la rémission de leurs péchés.

    Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem, à l'emplacement du Temple de Salomon, qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'ordre du Temple.

    Le premier don (de trente livres angevines) reçu par l'ordre du Temple vint de Foulque, comte d'Anjou, qui devint par la suite roi de Jérusalem

     

    La chanson de Roland

    La Chanson de Roland est la plus célèbre des chansons de geste. Créée à la fin du XIe siècle par un poète anonyme – que certains croient être Turolde, dont on peut lire le nom dans la dernière laisse du poème –, elle raconte, en l’amplifiant et le dramatisant, un épisode des guerres menées par Charlemagne contre les Sarrasins : la désastreuse bataille qui se serait déroulée à Roncevaux. 

    chanson de roland
     
     
     
    Une bande dessinée: la chanson de Roland sur un vitrail. Souvenons-nous que l'homme du Moyen-Âge ne savait pas lire. Il fallait donc être clair et concis.

    Charlemagne fait la guerre en Espagne depuis sept ans. Il rentre en France après avoir soumis Pampelune, mais il a été trahi par un de ses barons, Ganelon. Au passage de Roncevaux, le traître le convainc de placer Roland à la tête de l’arrière-garde. Onze autres barons se joignent à Roland, qui se choisissent seulement 20 000 chevaliers – pour s’opposer aux 100 000 "Sarrasins" qui vont les attaquer. Avant la bataille, Olivier, son meilleur ami, tente de convaincre Roland d’appeler Charlemagne à la rescousse, mais il refuse, par orgueil. Tout le monde mourra, les 100 000 "Sarrasins" et les 20 000 Français. Roland meurt le dernier, juste avant l’arrivée de Charlemagne, qui anéantit le reste de l’armée ennemie (de 300 000 hommes). L’archange Gabriel emporte l’âme de Roland au paradis.

    Depuis, les historiens affirment que les Sarrasins étaient...des Basques !

    chanson de Roland parchemiin

     

    La chanson de Roland (Parchemin de l'époque)

     

     

     



    Bon à savoir...

    Ces expressions qui nous viennent du Moyen-Âge

     

    Crier Haro

    Crier haro sur quelqu'un signifie manifester énergiquement sa réprobation et réclamer un châtiment pour la personne en question. " Haro! Haro! " était le cri que l'on entendait lorsqu'un badaud se faisait couper sa bourse ou un chevalier arracher son manteau.

    Croquer le marmot

    Attendre, faire le poireau en se morfondant.
    Croquer voulait dire " frapper ". Et croquer le marmot signifiait cogner avec impatience le heurtoir de la porte.

    Dans son for intérieur

    Le forum désignait la place publique. Au Moyen Age, le mot pris le sens technique de juridiction et surtout juridiction ecclésiastique (pouvoirs de l'Église, en matière de justice, et leur étendue.) On distinguait le for intérieur (l’Église pouvait sanctionner les fautes commises par le biais de la confession et des pénitences), du for extérieur (toutes les affaires touchant à la religion, de près ou de loin, étaient jugées par des tribunaux ecclésiastiques). La distinction changea peu à peu de sens avec les siècles : for intérieur étant notre conscience qui nous juge, le for extérieur, les institutions, juges et tribunaux.

    De bon aloi

    Sens : de bonne qualité.
    Métaphore du XIIIème siècle.

    Découvrir le pot aux roses

    Sens : découvrir le fin mot de l'histoire, le secret, la réalité cachée.
    Expression très ancienne dont on ne connaît pas la véritable histoire.
    Soit pot à fard à joues : Le trouver suppose qu'on connaisse bien la femme qui le possède et qu'elle n'ait plus de secret à cacher.
    Soit essence de rose - produit rare et précieux dont les parfumeurs auraient soigneusement dissimulé les procédés de fabrication. Le pot aux roses serait l'appareil permettant de distiller ce parfum de luxe.
    Soit une poudre produite par les alchimistes au cours de l'une de leurs opérations. Ici, le pot aux roses serait la cornue alchimique, objet bien caché s'il en fut.

    D'estoc et de taille

    Sens : De la pointe (estoc) ou du tranchant (taille ou taillant), c’est-à-dire en se battant.
    Frapper d'estoc et de taille signifiait donc se battre avec acharnement, en portant tous les coups possibles. En moyen français, l’expression fut utilisée de manière imagée, parfois en dehors de tout contexte belliqueux, pour dire de quelque manière que ce soit, par tous les moyens.

    Dieu reconnaîtra les siens

    Lors de la croisade contre les cathares, des hérétiques du sud de la France, le légat du pape Arnaud Amaury se présente devant Béziers le 22 juillet 1209., L'assaut est donné par l’armée. La ville tombe et Arnaud Amaury commande à ses hommes, qui ne savaient comment reconnaître les bons chrétiens des hérétiques : " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! "
    Mot historique devenu proverbe, on l’emploie chaque fois qu'un châtiment frappe indifféremment innocents et coupables.

    Elever sur le pavois

    Sens : mettre sur le trône, désigner comme roi et au sens figuré, mettre en honneur, faire grand cas de quelque chose.
    Allusion aux Francs qui avaient coutume, après avoir choisi leurs rois, de les porter en triomphe sur de larges boucliers, appelés pavois.
    Pavois vient de Pavie, en Italie, ville où auraient été fabriqués les premiers de ces boucliers.

    Entrer en lice

    Sens : s'apprêter à combattre, s’engager dans une compétition, intervenir dans un débat.
    Les lices étaient les espaces clos où avaient lieu les tournois à proximité des châteaux. La cour intérieure de ceux-ci était souvent exiguë et toujours encombrée de petits bâtiments: écuries, chenil, four, puits...

    Espèces sonnantes et trébuchantes

    Au Moyen Age, l'aloi était la proportion d'or ou d'argent contenue dans une pièce de monnaie. Aujourd’hui, de bon ou de mauvais aloi signifie de bonne ou de mauvaise qualité.
    Lorsqu’elles sonnaient, elles étaient de bon aloi car elles rendaient un son vif et plaisant; trébuchantes, parce qu'on pouvait en vérifier le poids à l'aide d'une petite balance encore appelée trébuchet.

    Etre grand clerc

    Sens : être très savant, lettré.
    Les membres du clergé étaient les seuls, ou presque, à posséder le savoir. Ils consultaient les manuscrits conservés dans les monastères. Les écoles se trouvaient dans les abbayes et pour s’instruire, il fallait bien souvent entrer dans les ordres.
    Beaucoup de clercs se mariaient et n'entretenaient avec l’Église que des rapports lointains. Ils portaient la tonsure, signe de leur état.
    Au XVIIème siècle, le mot clerc se teinte d’ironie, et l'expression être grand clerc signifie : un homme qui fait le savant.

    Etre sur la sellette

    Sens : être exposé au jugement d’autrui, à la critique ou se trouver en position délicate.
    La sellette était le petit banc de bois sur lequel s'asseyait l'accusé interrogé par ses juges. Le siège était très bas pour des raisons psychologiques et symboliques. L’accusé se trouvait dans une posture tout à la fois inconfortable et humiliante.

    Faire amende honorable

    Sens actuel : présenter ses excuses, reconnaître qu'on a eu tort.
    Au Moyen Age, les châtiments étaient publics afin qu’ils servent d'exemples. Les hérétiques ou ceux qui étaient accusés de sorcellerie, étaient condamnés à reconnaître solennellement leurs fautes.

    Faire bonne chère

    Sens : bien manger.
    En ancien français, chière désignait le visage. Faire bonne chière devenait donc faire bonne mine à quelqu'un, l'accueillir aimablement.

    Faire Charlemagne

    Quitter le jeu sur un gain sans laisser à ses adversaires la possibilité de prendre leur revanche. Vraisemblablement nom d'une carte à jouer et non celui de l'empereur.

    Faire des gorges chaudes

    Sens : se moquer méchamment, avec joie et devant beaucoup de gens.
    Au Moyen Age, les gorges chaudes étaient les petits animaux (souris, mulots) que l'on donnait vivants à l'oiseau de proie.

    Faire grève

    Sens : Cesser volontairement le travail pour obtenir des avantages.
    A Paris, les ouvriers sans travail se réunissaient sur la place de Grève, le long de la Seine et attendaient une éventuelle offre d’embauche.

    Faire la nique à

    Sens : se moquer de quelqu’un, le narguer.
    Au Moyen Age, nique indiquait un signe de mépris qui consistait à lever le nez en l'air avec impertinence.

    Faire le Jacques

    Sens : se conduire stupidement, faire l'idiot.
    Jacques était le nom donné à l’idiot du village et Jacques Bonhomme, celui du paysan, considéré traditionnellement comme lourd et nigaud. L’expression fait donc aussi allusion à la prétendue bêtise des paysans.

    Gagner ses éperons

    Obtenir une situation plus élevée, prendre du galon.
    Lors de son adoubement, le nouveau chevalier recevait les armes, signes de son état : l'épée et les éperons symboles de son rôle de guide et de chef.

     

     

    Acheter chat en poche

    Expression très ancienne utilisée dès 1400. La poche dont il est ici question est un sac.
    Elle signifie acheter ou recevoir quelque chose sans en vérifier sa nature ou son état.
    Le chat est figure très souvent dans les expressions et les proverbes. Au Moyen Age, il passait pour diabolique, sans doute à cause de son caractère mystérieux et indépendant.

    À la queue leu leu

    Aujourd'hui l’expression signifie " l'un derrière l'autre ".
    Leu est la forme ancienne du mot loup (parfois lou). A la queue leu leu devrait donc se lire à la queue du loup le loup.
    Au Moyen Age, les loups étaient très nombreux et se déplaçaient en bandes, souvent l'un derrière l'autre. Leur apparition était redoutée par la population.

    Avoir maille à partir

    Avoir un différend, être en conflit, être en contestation avec quelqu'un.
    La maille dont il est question ici est une monnaie, la plus petite qu'il existait sous les Capétiens alors que partir signifiait partager. On ne pouvait donc pas la partager. Ceux qui devaient le faire finissaient toujours par se disputer. Aujourd'hui, l'homonymie entre maille (monnaie) et maille (tricot) et partir (partager) et partir (s'éloigne, s'en aller) a permis à l'expression de subsister.

    Crimes et Châtiments au Moyen âge.



    Une exécution capitale au Moyen Age  est un spectacle d'une rare intensité. C’est un grand moment de la vie médiévale, d'autant plus qu'elle est rare. Une fois la sentence de mort prononcée, l'exécution capitale a lieu de façon quasi immédiate et elle se déroule en suivant un rituel très strict. Le mode d'exécution varie selon le statut social ; en général les nobles sont décapités avant d'être pendus et ils gardent effectivement leurs vêtements distinctifs, fourrures et éperons, alors que les roturiers sont déshabillés et pendent, en chemise, au gibet

    Le mode d'exécution capitale varie aussi selon la nature du crime commis. Les auteurs de meurtres sont traînés sur une claie avant de subir la pendaison qui, en général, est réservée aux larrons. Les criminels de lèse-majesté sont décapités. En revanche, les faux-monnayeurs sont en principe bouillis dans un grand chaudron, les sorciers et sorcières, comme les hérétiques, sont brûlés, les auteurs de crimes sexuels comme la bestialité, l'homosexualité ou l'inceste sont aussi brûlés. Les femmes sont plus facilement enfouies vivantes dans une fosse au pied du gibet ou brûlées comme les hommes, mais certaines peuvent aussi être pendues.

    La peine de mort la plus répandue est la pendaison, à laquelle n'échappent pas ceux qui sont décapités, y compris quand une partie de leurs membres restent fichés sur des lances pour être présentés sur des places publiques ou aux portes de la ville. Ce qui subsiste de leur corps est pendu au gibet où il est parfois mis en sac.

    Le cheminement vers le lieu d'exécution et l'exécution elle-même sont l'objet d'une cérémonie dont tous les moments ont un sens. La rue qui conduit au supplice est, dans chaque ville, toujours la même et elle doit être peuplée par un abondant public : le cortège passe donc de jour, à une heure d'activité, si possible un jour de marché. La foule peut aussi être sollicitée lors des arrêts du cortège, en général aux carrefours, pour insulter le condamné ou lui jeter des pierres et de la boue. "Battez fort et n'épargnez point ce paillart, car il a bien pis desservi !", crie encore le public sous le règne de Louis XI. Le condamné est mis dans une charrette, la charrette d'infamie qui est aussi celle de la boue des rues et des ordures. Au moment de l'exécution, un responsable de la justice crie l'acte d'accusation, le dictum, au peuple qui l'écoute. Puis le bourreau fait son office. Les gestes et les cris qui scandent ces cérémonies ont un sens symbolique. La peine doit prendre une valeur exemplaire et le pouvoir affirme ainsi sa force. Il manifeste aux yeux de tous qu'il peut être pouvoir de mort. Et le roi lui-même disait qu' "on ne punit pas le malfaiteur pour le méfait mais pour l'exemple".

    Enfin, à partir du XVI siècle, l'éclat des supplices devient un spectacle terrorisant, en particulier quand il s'agit de lèse-majesté. D'ailleurs les gibets, placés en dehors des villes et à proximité des murailles, ont un effet dissuasif. A Arras ou à Amiens, la ville se trouve ainsi ceinturée de cadavres qui participent à l'expression de son autorité. La foule est donc là pour prendre exemple et, parce qu'elle est terrorisée, pour être dominée. Mais la foule est aussi là pour participer à l'exécution et sa présence est nécessaire à l'accomplissement de la peine. Elle est témoin de l'infamie qui, peu à peu, au cours du rituel judiciaire, rejette le condamné hors du monde des vivants, l'exclut comme inutile au monde et irrécupérable. Tout concourt à construire l'infamie du condamné dont l'honneur doit être bafoué pour qu'il y ait mise à mort La présence du public garantit l'efficacité de la honte et du souvenir de la peine.

    A une époque où l'honneur se manifeste plutôt par la renommée, c'est-à-dire par le regard et le jugement que les autres portent sur l'individu, ces cérémonies créent une infamie irréversible. Certains demandent à être condamnés de nuit, et si possible à être noyés plutôt que d'être pendus tant le déshonneur du gibet retombe sur l'ensemble de la parenté. Car le souvenir de la peine perdure au-delà du temps du châtiment. Les corps pendus restent parfois plusieurs années au gibet, jusqu'à tomber en poussière, et il faut une autorisation spéciale de la justice pour que les parents puissent les retirer et les faire enterrer.

    Le rituel de la peine de mort, tel qu'il est installé à la fin du Moyen Age, montre bien que la condamnation est vivement ressentie comme une atteinte à l'honneur personnel et familial. Mais le peuple est aussi là pour être actif. Comme nous l'avons vu, il intervient par des gestes et des cris qui rappellent le lynchage. A l'inverse, sa présence peut se révéler bénéfique. En effet, jusqu'à la dernière minute, la foule peut intervenir pour faire en sorte que le condamné soit gracié.

    Le fou, comme l'enfant mineur ou la femme enceinte, ne peut pas être condamné à mort. D'autres peuvent arguer du statut de clerc. En principe jugé par des tribunaux ecclésiastiques, le clerc coupable ne peut pas être condamné à mort car la justice d’Eglise ne répand pas le sang, en vertu de la loi divine " Tu ne tueras point ". Les représentants de la loi ont beau dire qu'il est interdit d'empêcher une exécution capitale, la résistance reste vive. Parfois, une simple jeune fille du peuple peut se précipiter pour obtenir la grâce du condamné en promettant de l'épouser si celui-ci est jeune homme à marier.

    Enfin le peuple guette les moindres signes qui peuvent prouver une intervention divine avant l'exécution : la corde qui se casse au moment du supplice, l'échelle du bourreau qui se révèle trop courre ou qui se brise, les liens du supplicié qui tombent d'eux-mêmes. Si le bourreau a un geste malheureux et rate une première fois sa victime, la preuve peut être faite que Dieu a arrêté son bras. Ces miracles n'existent que par le public qui les décèle et qui les interprète. Alors des cris s'élèvent pour sauver le supplicié car Dieu a parlé par la bouche du peuple. 

    C'est dire que, jusqu'à la fin du Moyen Age, la condamnation à mort suppose l'assentiment d'une foule unanime dont l'accord tacite vient compléter la décision prise par les juges. La cérémonie du parcours rituel est là pour créer cette unanimité, pour discipliner ce qui pourrait n'être qu'un simple lynchage. Exclure est un acte grave, contre nature, et pour le mener à bien, il faut encore l'accord de tous.

    Dans ces conditions, la peine de mort reste rare. Pendant le Haut Moyen Age, si on considère la loi salique, les exécutions capitales ne sont pas prévues. Les auteurs d'homicides ou de vols sont condamnés à des compositions financières. Les rois mérovingiens affirment bien le principe de la peine de mort, mais ils l'exercent surtout en cas de crimes politiques ou de crimes de mœurs, en particulier en cas d'adultère, après que l'accusé eût été soumis à l'ordalie. La décision n'est prise qu'après recours à la volonté de Dieu qui se manifeste par la preuve ordalique. En revanche, les auteurs de crimes de sang ne font pas l'objet de poursuites publiques systématiques ; la résolution des conflits se fait sur un mode privé, selon les lois de la vengeance Celui qui a été tué trouve dans sa parenté un vengeur qui rend le sang pour le sang. Une amende peut alors venir limiter la vengeance, ou alors celle-ci s'arrête d'elle-même car son déroulement est, lui aussi, soumis à des lois tacites. Seuls les auteurs de parricides peuvent être condamnés à des peines spectaculaires. Des pèlerinages pénitentiels très rigoureux les conduisent, avec des chaînes et en chemise, jusqu'à des sanctuaires lointains où ils viennent prier pour expier leur faute et espérer leur délivrance.

    Les actes de la pratique montrent que le vol peut faire l'objet d'un nombre infini de décisions judiciaires. Il est totalement excusé en cas de pauvreté, selon l'excuse d'extrême nécessité, elle-même reconnue par le droit de l’Eglise ; il est le plus souvent soumis à des amendes soigneusement tarifées. Enfin, surtout s'il s'agit de larrons inconnus, le coupable peut être seulement essorillé ou encore battu de verges puis banni. Les coupables peuvent être emprisonnés quelques jours ; ils sont très vite relâchés. Rares sont les condamnations à mort.

    Le bannissement intervient aussi très rarement, en principe en cas de récidive. La justice frappe de temps en temps, dur et fort, en accord avec la communauté qui cherche à expulser ceux qui lui nuisent. Mais le plus grand nombre des conflits continue à relever des résolutions privées, y compris pour les crimes les plus graves qui auraient dû déboucher sur la peine de mort. Punir pour l'exemple a donc comme corollaire l'existence de ces transactions dont le but est de faire la paix entre les parties adverses plutôt que de clamer aux yeux de tous la vérité du cas et la puissance coercitive du souverain.

    La mise à mort reste un phénomène marginal et inquiétant. En règle générale la présence du gibet inspire à la fois fascination et répulsion. Au début du XV siècle le prévôt de Paris, fut obligé d'interdire la fréquentation des gibets parisiens car les os et le sang des suppliciés servaient à confectionner des poudres utilisées en sorcellerie.

     
    Le journal de Paris
    1021 après J.C.

    Le temps des fléaux
     
    Le Contexte

     

    Nous sommes en 1021 après J.C.

    C'est Robert II dit "Le Pieux" qui règne sur le royaume de France. Fils d’Hugues Capet et d’Adélaïde de Poitou, Robert est associé au trône par son père dès 987. Ce dernier lui fait donner une éducation brillante par les grands lettrés de l’époque. Le règne de Robert fut aussi caractérisé par l’énergie qu’il déploya contre les grands féodaux pillards, toujours prêts à s’opposer au pouvoir royal.

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    Robert II Le Pieux

    Avec ténacité, il doit lutter également contre les princes allemands désireux d’étendre leur suprématie (spécialement en Bourgogne), afin de maintenir l’unité du domaine capétien. Après le décès de son fils aîné, Robert fait couronner son cadet, Henri, qui lui succédera à sa mort, le 20 juillet 1031.

    Mais l'époque fut aussi caractérisée, malheureusement, par une succession de désastres:

    Ceux ci étaient  dûs essentiellement:

    • au faible rendement de l'agriculture,
    • aux difficultés de transport des denrées qui limitent la circulation des régions d'abondance vers les régions de pénurie,
    • aux aléas du climat qui alterne sécheresses (en 1005 et 1006) et pluies excessives (entre 1020 et 1035).

    Affamés durant les famines, les paysans se nourrissent de produits impropres à la consommation, ce qui entraîne des maladies et épidémies favorisant un sentiment de peur.

    Toutefois, en dehors de ces périodes tragiques mais ponctuelles, l'Occident semble reprendre du poil de la bête :

    • le climat se radoucit et les récoltes sont donc plus abondantes,
    • le nombre d'habitants augmente : la population triple entre le Xe et la fin du XIIIe, c'est un signe que sa condition, bien que non idéale, n'était pas aussi noire que certains l'ont présentée (il faut noter que les paysans représentent environ 85% de la population totale).

    la famine

    L'intensité de la famine était si grande, qu'on allait déterrer les cadavres pour s'en nourrir.


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    La France en 1030

     


    Rites et sacrements
     

    Au Moyen-Âge, tout le monde considère sa vie comme une succession de passages d'une étape de sa vie à une autre.

    Ainsi, la petite enfance (de 0 à 7ans), est caractérisée par l'innocence, la pureté et l'ignorance. L'entrée dans la vie du jeune enfant est sacralisée par le baptême.

    L'enfance ( de 7 à 14 ans) est l'âge du développement physique et de l'acquisition de la conscience religieuse. La confession et la communion marquent le passage à l'âge de raison, quand l'enfant sait distinguer le bien du mal.

    L'adolescence (14 à 21 ans), est la période de trouble et d'éveil sexuel, et l'âge des choix de la vie.

    La jeunesse (21 à 28 ans) est l'âge des premières responsabilités familialeset professionnelles;

    L'âge adulte (28 à 50 ans) est l'époque de la maturité physique et affective. C'est le sacrement du mariage qui s'attache à cette étape de la vie;

    Enfin, la vieillesse, (50 à 70 ans) est marquée par la décrépitude, la désillution et la peur de la mort. A la fin de sa vie, le fidèle reçoit le sacrement de l'extrême-onction.

     

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    Scènes d'agriculture

     

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    Charrue

     

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    La boucherie

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    La boulangerie

     

     

    Les fléaux ravagent le royaume

    Les fameuses " terreurs de l'an mil" n'ont jamais existé : la crainte de fin du monde correspondant au millénaire de la vie du Christ (1000 - 1033) fut une invention d'historiens du XIXe siècle.

    Il était bien pratique pour ceux-ci, Républicains, et tenants du matérialisme économique et descendants des philosophes des Lumières de présenter le Moyen-Äge et la monarchie en général, comme une période arriérée, obscurantiste et crédule

    Mais il est certain que durant cette période, les hommes ont ressenti une angoisse latente du Jugement Dernier, accentuée par les trois séries de famines et épidémies qui apparaissent pendant la 1ère moitié du XIe siècle.

    Le climat se refroidit, et les récoltes s'appauvrissent.
    La famine, la peste et le feu se succédèrent à un rythme effrené.

    Ce fut une misère épouvantable pour la population. De celles de 1005 et 1006, en passant par celle de 1021 jusqu'à celle de 1060, on eut près de soixantee années de fléaux.

    Particulièrement celles de 1027, 1028 et 1029 furent signalées par l'intensité de la famine qui fut si grande et si générale dans toute la France qu'elle fut souillée d'anthropophagie. En 1031, les hommes, forcés de se nourrir de chiens, de souris, de cadavres, de racines d'arbres, d'herbes de rivières mouraient par milliers.

    Sur les routes on arrêtait les voyageurs et on les égorgeait pour les dévorer ensuite ; on alla jusqu'à mettre de la chair humaine en vente dans les marchés. A Paris, on ne voyait que gens au visage pâle, décharné, qui se traînaient misérablement dans les rues en implorant la charité, impuissante à soulager tant de misères.

    Les milliers de cadavres sans sépulture attirèrent les loups qui commencèrent alors à s’attaquer aux vivants…

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    On comprend alors pourquoi les loups ont profondément marqué le Moyen âge par leur nombre, leur force, leurs ruses, leur pugnacité, leurs contacts permanents avec les hommes dans toute l’Europe et même sur les autres continents connus.

    La forêt occidentale était la continuation de la taïga eurasiatique qui représentait un réservoir inépuisable de ces bêtes légères et rapides et qui pouvaient, en troupes, couvrir en quelques jours des centaines de kilomètres et hanter les longs et froids hivers qu’a connus l’Occident.

    Ce fut une période bien sombre que celle là et les malheureux sans pain, minés par la maladie, désespérés, devenus impropres par leur faiblesse à tout travail, s'en allaient chercher un refuge dans les églises, où ils s'entassaient, en attendant que Dieu changeât leur triste condition par un miracle.

    Mais le miracle ne venait pas et c'était la mort qui fauchait en plein dans ce peuple en proie à toutes les douleurs, à toutes les privations et qui osait à peine se plaindre dans la crainte de s'attirer de mauvais traitements, de la part de ceux qui, en s'érigeant leurs maîtres, ne songeaient pas même qu'ils devaient au moins subvenir à leurs plus pressants besoins. Mais qu'était alors la vie d'un misérable !

    A Paris, en 1034, un incendie terrible vint détruire une partie de la ville.

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    La peste au Moyen-Âge

    En 1035, la famine fut accompagnée d'une sorte de peste qui faisait mourir les gens comme des mouches. Hélas ! Pour beaucoup c'était une délivrance. Et comme si ce n'était pas assez de ces calamités, les troubles politiques vinrent encore s'ajouter aux malheurs publics.


     

    L'essor de l'enseignement

    Au Moyen Âge, le monopole de l’enseignement est détenu par l’Église. Effectuées dans des abbayes ou des écoles épiscopales, destinées à la formation des clercs, les études sont essentiellement consacrées à la théologie.

    Un tournant s’effectue pourtant à partir du XIe siècle. D’une part, l’Occident redécouvre les auteurs de l’Antiquité à travers la traduction et la copie de manuscrits retrouvés dans les grandes villes musulmanes et, d’autre part, certains professeurs, à l’image de Pierre Abélard à la fin du siècle, aspirent à un renouvellement des méthodes d’enseignement.

    L’essor des études amène les maîtres et les étudiants, de plus en plus nombreux, à s’unir au sein de corporations, les universités, protégées par le pape et jouissant de nombreux privilèges.

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    L'école au moyen-âge

    On note, en 1021, un afflux d’étudiants à Paris pour suivre les cours du chapitre de Notre-Dame. Le premier maître illustre est l’archidiacre Albert, mort en 1040.

    A partir du XIè siècle, l'enseignement de la lecture s'étendit considérablement. Il s'agissait alors de propager et de consolider la foi chrétienne, seul rempart moral d'une époque qui en était largement dépourvue.

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    Ecolier fouetté

    L'imprimerie n'étant pas encore parvenue jusqu'à nous, il fallait des copistes pour reproduire les documents destinés à être lus. Ainsi, ce fut l'écriture qui se développa à son tour.

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    Moine copiste

     

    Enfin, le commerce bénéficia de ces récentes évolutions, et ce fut le calcul qui se diffusa très rapidement. Les calculs s'effectuaient alors sur les doigts, mais aussi grâce à l'abaque, sorte d'échiquier dont les compartiments représentaient les unités, les dizaines, les centaines... En fait, il s'agissait de la re-découverte d'un instrument déjà connu des romains, et même des Mésopotamiens.
    On peut considérer que c'est l'ancêtre de l'ordinateur moderne, proche du boulier encore utilisé de nos jours par les marchands chinois.

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    Une abaque

     

     

    Les premières universités ne furent fondées qu'au XIIè siècle.

     

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    Robert II à l'office
    (miniature du XVè siècle)

     

    A l’époque...

    En 1004, le Viking Leif Eriksson explore les côtes du Canada, de la terre de Baffin à Terre-Neuve.

    Début, en l'an 1000, de la construction de l'abbaye de Cluny.

    Le Saint Sépulcre de Jérusalem est détruit par les Arabes (1009).
    Les Normands atteignent l'Italie du Sud (1020).
     
     
    Construction de l'abbaye du mont St Michel (1023).
     
    Mac Beth assassine Duncan et s'empare du trône d'Ecosse (1040). Shakespeare saura en tirer un chef d'oeuvre.
    Première utilisation des caractères mobiles en Chine. L'imprimerie est née (1042).
     
     

    Paris s'agrandit

    Les premières agglomérations sur la rive droite datent du XIe siècle. Il s'agit alors de Saint-Martin-des-Champs (aujourd'hui rue Réaumur), Saint-Germain-l'Auxerrois et Saint-Gervais.

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    Paris sous le règne de Robert II
    (en jaune)
     
     
     
     
     
     
     
    Un pape de choc
     

    Né en Auvergne vers 945, Gerbert fait ses études au monastère de Saint-Géraud d’Aurillac. Il est présenté au pape Jean XIII pour sa science exceptionnelle, puis à l’empereur Otton Ier ; Adalbéron, évêque de Reims, le nomme écolâtre, c’est-à-dire clerc dirigeant l’école épiscopale : Gerbert y enseigne et y fait enseigner toutes les connaissances possibles, profanes et religieuses, antiques et modernes, au point d’acquérir une grande réputation de philosophe, de mathématicien et d’astronome. Ses traités savants sont devenus célèbres ; On lui doit, en outre, l'invention du balancier et l'introduction des chiffres arabes en Europe occidentale.

     

     

     

    Il conseille Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet en 987 comme roi de France, au détriment des derniers descendants de Charlemagne. Il succède à son protecteur sur le trône archiépiscopal de Reims, ce qui lui vaut des démêlés infinis avec les évêques fidèles au Saint Empire Romain, et avec la papauté, dont il conteste l’autorité. Il est suspendu et excommunié par le pape.

     

    L’empereur Otton II, dont Gerbert fut le précepteur, le nomme, en 982, abbé de la célèbre abbaye de Bobbio, fondée par saint Colomban. Son grand ami l’empereur Otton III, lui, le fait archevêque de Ravenne, puis le fait élire Pape en 999.

    Gerbert_dAurillac Pape de l an 1000
     
     
    Sylvestre II, le pape de l'an 1000
     
     

    Gerbert, qui prend le nom de Sylvestre II lutte vigoureusement contre la simonie (trafic d’objets sacrés, de biens spirituels ou de charges ecclésiastiques) et cherche à relever de son délabrement le Saint-Siège, jouet des factions aristocratiques de Rome et de la politique européenne. Tout en renforçant l'autorité papale, Sylvestre II déploie une subtile diplomatie qui consiste à unir aussi étroitement que possible la Germanie ottonienne à Rome en rêvant d’un Empire latino-germanique capable de contrebalancer Byzance. Il détache de la Germanie les Églises de Pologne (sous Boleslas) et de Hongrie (sous Étienne) en les dotant d’une hiérarchie épiscopale nationale.

     

    L’opposition romaine l’oblige à quitter Rome en 1001, et la mort d’Otton III, son allié de toujours le 24 janvier 1002, condamne ses rêves de réforme. Sylvestre II mourra peu après son ami, le 12 mai 1003 à Rome...

    Pape de l’an mille, Sylvestre II a dû à sa réputation d’astronome de figurer dans un certain nombre de récits légendaires postérieurs à cette époque selon lesquels Gerbert aurait tout jeune vendu son âme au diable, qui, en échange, lui aurait assuré sa carrière politique jusqu’au siège de saint Pierre ; après quoi, le pape repenti aurait obtenu la miséricorde divine…
     
     

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    Robert II à Rome
    (miniature du XVè siècle)

     

    Le commerce
     

    Même si les récoltes sont insuffisantes, au début du règne (v. chapitre "Les fléaux ravagent le royaume"), des excédents apparaissent peu à peu. D'une part parce que les techniques agricoles ont évolué, d'autre part parce que le climat se réchauffe progressivement.

    Les céréales et le vin sont échangés dans des foires locales, puis acheminés vers des foires plus importantes.

    Ainsi, Paris fait venir ses produits alimentaires des régions avoisinantes, sur un périmètre très large. Le bétail vient du Perche, le foin, les pommes et le blé de Normandie, les grains de Picardie, les vins et le grain de Bourgogne.

    Les campagnes produisent aussi des surplus artisanaux, essentiellement textiles.

    Comme Paris ne dispose à lépoque que de deux ponts (en bois), le transport est essentiellement fluvial.
    L'importance de la Seine en tant que voie navigable à un carrefour stratégique se confirme.

    Il s'affirmera au fil des siècles.

    Paris, devenue capitale politique sous Robert II, devient capitale économique d'un royaume qui ferait parler de lui pendant des siècles: la France.

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    La Seine

     

     

     

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    Sceau de Robert II
     
     
     
     

     

     

    La représentation du temps

    Au Moyen Âge, les paysans avaient une conception du temps très différente de la nôtre; ils se le représentaient comme quelque chose qui se répéter sans cesse et qui revenait toujours à son point de départ, à l'instar des aiguilles d'une horloge.

    la_representation_du_temps

    Le temps était pour eux à l'image des saisons qui se succéder. Ainsi le calendrier des paysans épousait étroitement la succession des activités agricoles (labours, semailles, récoltes...). Les mois de l'année sont un motif fréquemment représenté au Moyen Âge, chaque mois est symbolisé par les activités agricoles de la saison.

     

     

    Quand l'Eglise change d'avis...

    ...eh bien, cela change tout. Les famines reculèrent , petit à petit endiguées grâce à l'amélioration des techniques agricoles, notamment la traction animale, décisive dans la mise en valeur des sols lourds au moyen de labours profonds. La population, qui décroissait malgré le nombre élevé de naissances, finit par augmenter de 0,4% par an  en France, entre le Xè et le XIIIè siècle.

    Il n'en fallut pas plus pour que la France devienne très rapidement "la Chine de l'Europe", de loin le pays le plus peuplé (14 millions d'habitants, quand l'Angleterre, pourtant relativement épargnée par les épidémies sur son île, n'en comprenait que 4 !).

    Dès lors, l'Eglise comprit que le travail des laïcs ne devait plus être considéré comme un châtiment de Dieu, mais comme une nécessité vitale pour la société.

    Dans les villes, l'esprit de profit pousse les commerçants à rechercher de nouvelles associations pour mobiliser des capitaux et faciliter les échanges sur de longues distances.

    Un monde nouveau vient de naître en Occident.

     

     

     
    L'armée au Moyen-Âge
     
     

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    Soldats francs et paysans armés

    Armes et armures au Moyen Age

    Les armes offensives utilisées durant le Moyen Age jusqu'à l'invention de la poudre sont plus ou moins dérivées d'armes inventées durant l'Antiquité. On peut quand même mentionner deux exceptions: la hallebarde et l'arbalète.

    Ceci peut être attribué au fait que la fabrication de telles armes était relativement simple et peu coûteuse. A l'opposé, la création d'armes défensives de qualité était beaucoup plus coûteuse et demandait une technologie pointue dans le travail du fer. Les meilleurs armures étaient donc réservées à une élite.

    L'Arc

    Cet arme de jet, était déjà utilisé par les chasseurs du néolithique. L'efficacité de l'arc dépendait entièrement de la qualité des flèches utilisées.
    Elles devaient être aérodynamiques et assurer une trajectoire stable. De plus, étant produites en  très grande quantité, elles devaient être relativement peu coûteuses à la fabrication. La longueur de la flèche était calculée en fonction de l'arc.
     
    Les arcs très durs à bander tiraient des flèches courtes alors que les arcs souples comme le grand arc anglais, pouvaient envoyer des flèches d'un mètre de long.

    L'arc étant certainement l'arme la plus facile à fabriquer, exigeait un long entrainement. C'est pourquoi les archers faisaient partie de corps spéciaux au sein des armées.

    L'archer était légèrement vêtu pour pouvoir se déplacer rapidement à pied. Outre son arc, il possédait un carquois pour loger ses flèches et une arme auxiliaire (épée, couteau) utilisée pour le corps à corps.

    Lors d'une bataille rangée, les archers envoyaient leurs flèches en l'air ce qui leur donnait une trajectoire parabolique avant de retomber verticalement sur les troupes ennemies.

    Les seigneurs français du Moyen Age n'étaient pas favorables à l'établissement de compagnies d'archers alors que celles-ci se développèrent en Angleterre et ailleurs. Les Anglais utilisaient le grand arc (jusqu'à deux mètres de long) qui nécessitait plusieurs années d'entraînement et de pratique. Cette tactique fut payante et, pendant la Guerre de Cent ans, les archers anglais décimèrent la cavalerie française lors de plusieurs batailles.

    Le bouclier

    Le bouclier est utilisé comme étant une arme défensive, il fut inventé par des hommes qui, au départ, prenaient des planches en bois pour se protéger des armes offensives (haches, épée, poignards...).
     
    Une sangle est fixée au dos du bouclier pour pouvoir le maintenir. Durant le Moyen-Age, les soldats utilisaient des boucliers ronds, ne protégeant qu'une partie du corps.
     
     
     
     
     
    Le fléau
     
    Le fléau était une arme offensive très puissante et destructrice, composée d'un manche en bois, munie d'une chaîne métallique à laquelle est accrochée une masse de fer, entourée de pointes trés tranchantes.

    Il existe aussi le goupillon qui est un fléau muni de plusieurs masses de fer.

     

     

     

     

    Le_devoir_de_protection du seigneur

    Le devoir de protection du chevalier

     

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    Architectes médiévaux

     

    Les chevaliers et la noblesse

    Jusqu’au Xe siècle, les chevaliers n'étaient que de simples soldats de cavalerie, nommés " miles " ; et la société les distinguait nettement des nobles.

    A partir du XIe siècle, l'Eglise, qui exalte la condition chevaleresque, incite les nobles d'un niveau social de plus en plus élevé à entrer dans la chevalerie : les chevaliers sont alors, soit des non-nobles nourris au château de leur seigneur, soit des cadets de noble lignée, possesseurs de quelques fiefs.

    L’épée : arme par excellence du chevalier

    L’épée est l'arme par excellence du chevalier et de l'homme d'arme du Moyen Age. Son origine remonte à la plus haute antiquité et même sans doute à l'âge du bronze. Les Grecs et les Romains utilisaient des épées plutôt courtes (60 centimètres environ) d'abord en bronze puis en fer. Toutefois, leur qualité n'était pas excellente.

    L'usage de l'épée longue (environ 90 centimètres), semble débuter à l'époque Franque et plus spécialement Carolingienne. A partir de cette période, l'épée devint l'arme la plus noble ; son pommeau creux renfermait même parfois des reliques. L'épée était donc très importante pour le chevalier qui la possédait, elle portait souvent un nom (la plus célèbre est Durandal, l'épée de Roland). Parfois même il lui parlait comme à un compagnon, et préférait la briser quand la fin était proche, plutôt que de voir un ennemi s'en emparer.

    Pendant le Moyen Age, les mots " branc " et " épée " sont employés pour désigner cette arme. On nommait la lame alemelle ou lumelle ; la poignée le helz, l'endeure, l'enheudeureheut ; le pommeau était nommé le pont ou le plommel ; la garde se disait l'arestuel ou les quillons ; et le fourreau s'appelait le fourrel ou le fuere. Quand on frappait par le tranchant, on parlait d'un coup de " taille ", tandis que si c'était une tentative qui visait à planter l'épée dans son adversaire, il s'agissait d'un coup " d'estoc ". Ce genre de coup était interdit en joute (le but des joutes n’était pas de s'entretuer, mais de montrer le potentiel au combat des chevaliers).

    Jusqu'au XIIe siècle, l'épée utilisée pour la taille, qui possédait deux tranchants, se terminait par un bout plutôt arrondi. A la fin du XIIe siècle, la poignée devient assez longue pour permettre de se servir de l'arme à deux mains. Ensuite, la forme de l'épée ne se modifie guère jusque vers le milieu du XIIIe siècle. A cette époque, on distingue deux types d'épées : les épées à lames légères, utilisées de taille et d'autres à lames lourdes, plus courtes et destinées à des coups d'estoc. Les chevaliers en possédaient souvent une de chaque, la première utilisée à cheval et la seconde pour le combat à pied.

    Bon à savoir...

    Les fêtes au Moyen-Âge

     

    Les fêtes sont nombreuses au Moyen-Âge.
    Un jour sur trois est chômé !

    Elles ont évolué au cours de cette longue période que l’on appelle « Moyen-Âge », mais dans l’ensemble, on peut affirmer que la plupart d’entre elles ont perduré sans grande évolution, certaines jusqu’à nos jours. Pour mieux les aborder, il convient de les classer par origine.

    Les fêtes païennes, ou profanes, sont, le plus généralement, un héritage des Romains.
    En effet, la domination romaine a profondément changé les mœurs, religions et pratiques des peuples gaulois. Ces pratiques étaient tant ancrées, qu’elles ont perduré jusqu’à cette époque, bien qu’elles aient été le plus souvent interdites par la Papauté ou les Rois de France. On pourrait ajouter aussi toutes les fêtes qui provenaient de l’héritage grec, ou hébreu.

    Ainsi, certaines fêtes, au Moyen-Âge, sont des plus curieuses et des plus osées : en témoignent les fêtes des fous et la fête de l’âne.

    La première consistait en un temps de liberté totale où les domestiques devenaient maîtres, et inversement ; pour une journée, les valeurs établies de la société étaient renversées et la religion était tournée en dérision.

    Autre fête du Moyen-Âge, célébrée lors de la messe, la veille de Noël : la fête de l’âne. Soir pendant lequel une femme entrait à dos d’âne à l’intérieur de l’église, un enfant dans ses bras, et qui voyaient les fidèles terminer toutes les prières par « hi-han ». L’église s’est évidemment rapidement chargée de mettre fin à cette célébration. Aussi, le carnaval, fête profane, est la fête de l’inversion : les hommes se déguisent en femmes, les pauvres en riches… tous les excès sont permis pendant cette fête au Moyen-Âge.

    D’autre part, il y eut des fêtes d’un tout autre genre : les fêtes liées à la féodalité, qui ont évolué durant toute la période, et qui n’ont pas subsisté. Par exemple le tournoi.

    D’abord un duel destiné à révéler le chevalier le plus valeureux, il prit par la suite un caractère de magnificence et de galanterie. Il s’est transformé en fête solennelle soumise à des règlements particuliers, accompagnée de cérémonies publiques. On peut citer aussi la fête organisée lors de l’adoubement des jeunes chevaliers.

    Enfin, l’essentiel des fêtes au Moyen-Âge fut institué par le christianisme. Elles étaient de loin les plus populaires, et surtout les plus courantes, car pour certaines indispensables. Ainsi, la commémoration des saints du calendrier était un repère précieux pour la population ; par exemple, les paysans savaient qu’ils devaient payer leurs redevances aux seigneurs le jour de la Saint Michel (29/09). Il y  eut bien d’autres fêtes, liées au christianisme, et que nous connaisssons encore de nos jour: par exemple le Carême, la Pâque, Noël...

     

    Comme quoi on savait aussi, à cette époque reculée, conjuguer la fête, le repos et la spiritualité. Qu'en pensez-vous ?

     

     

    Fete_du_Careme-jpg

    Fête du Carême

    Le journal de Paris
     
    987 après J.C.


    Le sacre de Hugues Capet

     

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Le Contexte

     

    Nous sommes en 987 après J.C.

    Depuis des décennies, la crise amorcée au début du siècle précédent a abouti à la formation de principautés indépendantes du pouvoir royal.

    Elle s'est poursuivie tout au long du 10è siècle, aggravée par la pression exercée sur le territoire par les peuples barbares: Normands, Hongrois, et Sarrazins.

    Les invasions Vikings


    Les invasions vikings
    (Enluminure du Xè siècle)

    Ces troubles ont abouti à la dégradation de l'autorité dynastique carolingienne, et à l'affirmation, face à elle, de pouvoirs concurrents, au premier rang desquels se trouve, dans les années 980, le roi des Francs, Hugues Capet.

    Celui-ci a fini par s'imposer à la tête du royaume en 987, date à laquelle il est sacré, peut-être à Reims.

    L'essentiel est là: la France vient de naître, même si le royaume ne s'étend guère au-delà des limites de l'Ile de France.

     

    CARTE HUGHES CAPET

    Le domaine royal sous Hugues Capet (en bleu)

     

    HuguesCapet

     

    Hugues Capet

     

     

    blasonFrance

     

     

    Le blason de la maison de France

     

     

     

    L'Europe en l'an 1000

    L'Europe en l'an Mil

     

    denier

    Denier d'argent frappé
    sous Hugues Capet

     

     

     

    La naissance d'une dynastie

    Les Carolingiens sont issus d’une vieille famille franque, les Pippinides (du prénom de Pépin de Landen), qui se substitua peu à peu aux mérovingiens devenus les « rois fainéants ».
    La famille carolingienne tient son nom de Charlemagne, mais c’est son père Pépin le Bref, fils de Charles Martel qui s’empara du pouvoir royal en 751.

    Charlemagne développa l’empire d’Occident, mais ses descendants divisèrent son héritage. La partie occidentale ou Francie occidentale donnera naissance à la France.

    Progressivement, la faiblesse des souverains carolingiens favorisa l’émergence d’une nouvelle dynastie, les Robertiens qui prendront le pouvoir royal à plusieurs reprise.

    Leurs héritiers, les Capétiens, le gardèrent à partir de 987. La famille des Capétiens directs, issue de Hugues Capet, régnera sur la France jusqu’au XIV ème siècle.

    Par extension, " capétien " désignera le nom de cette dynastie royale qui régnera en direct de 987 à 1328 puis par branches collatérales de 1328 à 1792.

    Ils s’employèrent à renforcer le royaume et pérenniser la dynastie. Les derniers représentants exhumèrent une vieille loi franque dite « loi salique » qui excluait les femmes pour maintenir la couronne à la descendance mâle. Les capétiens directs s’éteindront en 1328, à la mort de Charles IV le Bel.

    Le coup de génie de Hugues réside dans le sacre de son fils Robert, associé au trône de son vivant.
    Sans le savoir, ceux qui avaient cru amoindrir le pouvoir royal en plaçant sur le trône d'une monarchie élective un souverain réputé faible avaient légitimé le fondateur d'une dynastie qui allait tenir les rênes de la royauté pendant plus de neuf siècles.
    Hugues épouse Adélaïde d'Aquitaine, la fille du comte* de Poitiers, en 970. Au regard de l'histoire, le règne de Hugues revêt surtout une importance symbolique. Il ne dure que neuf années et s'achève par la maladie du roi, qui disparaît sans gloire.

     

    Qui était Hugues Capet ?

    Né vers 941, il est le fils de Hugues le Grand et issu de la famille des Robertiens.
     
    Il devient duc de France en 956, et assure l'avenir de sa dynastie. Les capétiens régnèrent directement de père en fils jusqu'en 1328.
     
    A l'assemblée de Senlis, en 987, après la mort de Louis V, il est élu roi de France.
    Il sera sacré en 988, sans doute à Reims par l'évêque Aldabéron, qui avait soutenu sa candidature (et qui était accusé de haute trahison).
     
    A cette période, il est un seigneur puissant et respecté qui possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans qui en font l'un des principaux seigneurs de la Francie occidentale.
     
    Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes.
    Jusqu'en 991, Hugues doit combattre le parti carolingien, mené par de forts partisans, dont Charles de Lorraine.
    Il meurt en 996.
     

     

    Paris sous Hugues Capet

    Les raids des Vikings, qui remontaient la Seine depuis la Normandie jusqu'à Paris, sont stoppées par les prédecesseurs d'Hugues Capet.

    Hugues Capet et ses successeurs fixent leur résidence dans l'île de la Cité. La ville prospère grâce à la navigation sur le fleuve.

    Sous son règne, on reconstruit les abbayes détruites par les Normands.

    Le Xe siècle est l'époque la plus triste de l'histoire de Paris comme de l'histoire de toute la France: les famines et les pestes sont continuelles; la guerre n'a point de relâche; on se croit près de la fin du monde.

    Aussi la ville ne prend aucun accroissement, et l'on n'y voit bâtir dans la Cité que les petites églises de Saint-Barthélémy, de Saint-Landry, de Saint-Pierre-des-Arcis.

    Mais avec les rois de la troisième race, Paris reprend un peu de vie: de capitale du duché des Capétiens, elle devient capitale du royaume et profite de sa position géographique pour centraliser autour d'elle la plus grande partie de la France.

    Cependant son influence n'est pas d'abord politique: heureuse d'être ville royale et affranchie de la turbulente vie des communes, protégée par des franchises et des coutumes qui dataient du temps des Gaulois, vivant paisible à l'ombre du sceptre de ses maîtres, elle se contente d'avoir sur les provinces l'influence des idées, du savoir, de l'intelligence.

     

     

     

     

    capet_charte_gd

    Charte d'Hugues Capet datée du 20 juin 989, par laquelle il donne à l'Eglise son domaine de Maisons-Alfort, pour la remercier de l'avoir soutenu lors de son élection au trône de France

     

    La communion du chevalier

     

    La communion du chevalier
    (cathédrale de Reims)

     

    A l’époque...

    La réunification de la Chine est réalisée par la dynastie Song, qui sera bientôt vaincue par les Mongols.

    Les Vikings assaillent de nouveau l'Angleterre

    La seconde église de Cluny est consacrée..

    Fondation de l'université du Caire.
    Gerbert devient le pape Sylvestre II.
     
    Fondations des premiers comptoirs commerciaux sur la côte est de l'Afrique par les Arabes: Zanzibar, Mogadiscio, Mombasa..
     
     
    Les vitraux de la cathédrale de Reims sont peints.
    Inventions: l'écluse (Chine, 983),  la poudre à canon (Chine, v.1000)
     
     

    Montjoie Saint-Denis !
     
     
     

    Il s'agit du cri de guerre des capétiens, véritable signe de ralliement autour du royaume de France.

    L'origine de ce cri serait liée à celle des monts-joie, qui sont des collines. Une mont-joie existait à 3km de la basilique de Saint Denis, et avait un caractère sacré par le fait qu'elle aurait été le lieu du martyr de Saint Denis au IIIe sciècle. "Mont-joie Saint Denis" associerait ainsi la royauté à un lieu sacré, comme pour mieux auréoler le pouvoir royal.

    plan de Paris

     

    Paris sous Hugues Capet

     

     

     

    rue de Paris sous Hugues Capet

    Rue de Paris

     
     

     

    Hugues Capet, l'"homme au chapeau"
     

    Le surnom de Capet fait sa première apparition vers 1030 dans la chronique d’Adémar de Chabanne, il s’applique alors au père d’Hugues Capet, le duc Hugues Ier. Il ne qualifie Hugues Capet qu’au début du XIIe siècle. Les annales de l'abbaye Saint-Médard de Soissons mentionnent l'élection (987) du fondateur des Capétiens, Hugues "surnommé Chapez" et le terme "capétien" apparaît pour la première fois chez le chroniqueur anglais Raoul de Diceto († 1202). Les révolutionnaires le donnèrent par dérision à Louis XVI détrôné (le « citoyen Capet ») et à sa famille. Rappelons qu'Hugues Capet (940 - 996), sera duc de Francie (960-987), puis roi de Francie (987-996).

     
    Au XIIe siècle, la chape étant devenue un chaperon ou chapeau, Hugues Capet fut considéré comme "l’homme au chapeau", et la légende, appuyée sur cette fausse étymologie, naquit, selon laquelle il n’avait pas pu ou voulu recevoir la couronne.

    Il n'y a pas que le nom du fondateur de la dynastie capétienne qui se rattache aux abbayes, il y a aussi son élection royale. En effet, une légende (parmi d'autres) affirmait, probablement conçue pour légitimer l'accession de la nouvelle dynastie, que si Hugues rendait la dépouille mortelle de saint Valéry (Walaric, + vers 620) à l'abbaye du saint, il serait roi et ses descendants le seraient pendant sept générations.
    Sceau royal d'Hugues Capett
     
     Le sceau royal d'Hugues Capet
     
    3 juillet 987
    Le sacre de Hugues Capet

    Le 3 juillet 987, Hugues Capet devient roi des Francs sous le nom de Hugues 1er.
    Les principaux seigneurs du bassin parisien lui ont offert la couronne au détriment de l'ultime héritier de Charlemagne.
    Hugues est sacré selon un rituel germanique. Son avènement marque la vraie naissance de la France.
    Le nouveau roi est un homme mûr de 47 ans.
    Il possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans.

    Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes (d'où le surnom de Capet qui fait allusion à ses chapes d'abbés, dont celle, prestigieuse entre toutes, de Saint-Martin-de-Tours).
    Hugues doit défendre sa légitimité les armes à la main contre le parti carolingien qui garde de solides partisans.

    L'un de ses vassaux refusant de lever le siège de Tours, Hugues lui demande :
    - Qui t'a fait comte ?
    Et l'autre de répliquer :
    - Qui t'a fait roi ?
    Les premières générations de Capétiens respectent la règle féodale de l’élection.
    Mais Hugues et ses successeurs ont soin de faire élire de leur vivant leur fils aîné et de le faire sacrer roi à Reims.
    Les Grands du royaume se prêtent de bon gré à la manœuvre.
    Le fils du roi régnant a l’avantage d’avoir été préparé à la succession et son élection coupe court aux querelles entre prétendants.
    C'est ainsi que la succession héréditaire devient la règle en France... jusqu'en 1792.

     

     

    A quoi ressemble l'homme du Xe siècle, comment vit-il?

    Cet homme vit dans une maison rustique, faite de torchis et de chaume, plutôt confortable.

    Il n'y fait pas froid, mais cette maison est sombre. Toute la famille est réunie là, on entretient le feu à même le sol. On se nourrit essentiellement de féculents - n'oubliez pas que les lentilles existent depuis le néolithique - et de céréales. Des fours sont creusés dans le sol, répartis en batterie autour d'une aire centrale, de sorte que l'on peut faire tourner les braises d'un four à l'autre.

     
    Y a t-il une répartition précise des travaux entre les hommes et les femmes?

    Il est difficile de le préciser. Nous savons qu'il existe des activités de tissage à la maison. En outre, on observe souvent la présence de sortes de cabanes annexes à proximité de la maison, à demi enterrées, servant tout à la fois de bergerie, d'étable et d'atelier de tissage: l'humidité ambiante qui y règne est essentielle à l'entretien et à la préservation du tissu.

     
    Comment s'habille t-on?

    Le vêtement populaire reste, grosso modo, le même depuis l'Antiquité: tunique, manteau, braies pour les hommes. Lin et chanvre pour le dessous; laine pour le dessus. La soie est réservée aux gens riches qui peuvent la faire venir d'Asie et de Byzance. (C'est également dans la soie que l'on enveloppe les reliques.)

     
    L'influence religieuse est-elle prépondérante?

    Oui, de plus en plus. Par exemple, on note une prolifération des paroisses, à distinguer du monachisme et des grandes abbayes telles que Saint-Denis, Saint-Germain, Jouarre, Argenteuil... La paroisse développe une pratique populaire et ce phénomène est d'autant plus important que, sous les Carolingiens, on a encore des textes qui interdisent certaines pratiques païennes - ce qui prouve que ces pratiques existent encore. A l'époque dont nous parlons, elles s'effacent.

     

     

     

    soldat Hugues Capet

    Un soldat capétien du Xè siècle

     

    Bon à savoir...

    La grande peur de l'an Mil
     
    Faux ! La légende qui veut que la grande peur de l'an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée.

     

    D'ailleurs, à cette époque, toutes les régions d'Europe, bien que chrétiennes, n'avaient pas le même calendrier (selon les pays, l'année commençait à Pâques ou à Noël.). En outre, l'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Européens ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.

     

     

    Certes, quelques membres du clergé (principalement des clercs et des moines.), une minorité, se firent du souci à la lecture de certains versets de l'Apocalypse de Saint Jean (XX, 1 à 8.) : Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au dessus de lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. [...] Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog & Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer.

     

    Cependant, tous ces ecclésiastiques n'étaient pas d'accord sur la date de la fin des temps : beaucoup attendirent donc 1033, soit mille ans après la mort du Christ.

     

     

    Comment s'est donc mis en place ce mythe des peurs de l'an mil, sachant qu'aucune source datant du XI° siècle n'en fait état ?

     

    En fait, tout commença avec les humanistes de la Renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des lumières, puis par la révolution française de 1789.

     

    Mais le mythe de la peur de l'an mil se répandit largement sous la III° république: en effet, les républicains voulaient démontrer que l'Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l'ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l'an mil .

     

    De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres de l'époque: incultes, analphabètes, ignorants, etc...

    Mais eux n'ont pas eu peur du passage à l'an Mil. Peut-on en dire autant de nos contemporains lorsque nous avons passé l'an 2000 ?

     

     

     

     

     

    Le château à motte

     

    Le chateau à motte apparut durant le Xème siècle.
    Il se caractérisait par une butte entourée d'un fossé (la terre extraite de ce fossé ayant permis d'élever la butte).

    Une tour de bois, carrée ou circulaire, coiffait le sommet de la motte. L'étage de ce donjon, qui servait de deumeure seigneuriale, n'était accessible que par une passerelle mobile. Sur le toit s'installaient des guetteurs et dans le soubassement se trouvaient les réserves de nourriture et la prison.

    La domisticité, les animaux et le reste des approvisionnements trouvaient place dans un enclos nommé "baille" ou "basse-cour". Ce dernier était entouré d'une palissade et précédé d'un autre fossé.

    Dans le siécle qui suit, rares seront les évolutions. Elles se présenteront sous forme de nouveaux remparts de bois ou de plus grands fossés.

    Et il faudra attendre près de 150 ans pour apporter un net changement aux forteresses.

     

    Le Concile de Charroux
    règlemente la guerre

     

    Deux ans après son accession au trône de France, en 989, Hugues Capet organise à Charroux, petit village du Poitou, une assemblée solennelle, qui impose des limites à la violence des seigneurs, jusque là sans frein.

    En effet, faute d'une force armée suffisante, la sécurité intérieure du royaume ne peut être assurée. Quant à la justice, elle n'est plus rendue. Les terres des églises et de la paysannerie sont transférées arbitrairement vers l'aristocratie laïque. En d'autres termes, le seul moyen de faire valoir son droit est de recourir à la guerre privée.

    Le royaume s'épuise dans ces guerres intestines, et le roi a tranché.

    Un serment sera prêté par tous les présents. Sa portée est très modeste, mais représente un réel progrès pour cette époque troublée. Il vise à protéger les églises, le bétail des paysans, leurs biens meubles et la personne des clercs contre les exactions de ceux qui font profession de porter les armes: les chevaliers.

    Le concile de Charroux impose pour la première fois un programme minimal de remise en ordre.Des assemblées similaires se tiennent à Narbonne et au Puy. Le mouvement remonte ensuite vers la Bourgogne, où il rencontre l'influence de Cluny.

    Celle-ci sera décisive dans la diffusion des idées de paix. Effectivement, les puissants, quels que soient leurs désirs de richesse, de puissance et de pouvoir, n'en demeurent pas moins angoissés par le salut de leur âme. Ils ont peur des prêtres, qui ont le pouvoir de les excommunier, c'est à dire les retrancher de la communauté des croyants.

     

     

     

    peste

    La peste noire

     

    Le clergé, la chevalerie, et la paysannerie

    Au cours de ces assemblées, présidées par un Saint, dont la présence est matérialisée par une châsse contenant ses reliques, sont représentés, les paysans, le clergé, et les chevaliers.

    Le serment consiste à obtenir des chevaliers qu'ils jurent devant Dieu de s'abstenir d'attaquer les églises et une surface définie par un rayon de trente pas autour du bâtiment.

    Là, en cas d'opération militaire, les paysans peuvent trouver refuge. Toute aussi importante est la protection assurée aux marchands et aux clercs, pourvu qu'ils ne portent pas d'armes.

    Elle doit permettre le retour à la sécurité des communications, et donc du commerce.

    Si le concile de Charroux n'a pas tout règlé, il a néanmoins permis le début d'une prise de conscience chevaleresque de la part des seigneurs.

    Hugues Capet a par cet acte énergique contribué à restaurer la sécurité et la confiance du royaume dans les institutions.
    La France d'Hugues Capet
     
     
     
    La population est estimée à 8 ou 9 millions d'habitants vers l'an mil, soit à peine plus qu'à l'époque gallo-romaine, et atteindra son maximum de 20 millions au milieu du XIII ème siècle, à la veille de la guerre de Cent Ans.

    Cette croissance démographique continue du Xème au XIIIème siècle est à mettre au compte des défrichements, d'une extension des cultures, de l'introduction de nouvelles techniques et enfin de la renaissance des villes et du commerce.
     
     
     
     

    Agriculture en l'an Mil

    L'agriculture en l'an Mil

    Depuis le Haut Moyen-Age, les riches se nourrissent surtout de viandes provenant de la chasse et de poissons, en surplus des denrées de base tandis que la majorité du peuple ne subsiste que grâce au pain, fait de blé, plus souvent d'orge ou de seigle, de méteil et de soupes ou bouillies.

    Les rendements sont déplorables jusqu'au XIème siècle où l'on compte pas moins de 48 ans de famine sur 73 ans!
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