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Le journal de Paris
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8 septembre 1429
Jeanne d'Arc blessée sous Paris
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Le Contexte
Nous sommes en le 8 septembre 1429. La Guerre de Cent ans fait rage entre la France et l'Angleterre depuis maintenant 72 ans. Les deux pays, les plus puissants du monde moyen-âgeux, sont épuisés. La France, tout particulièrement, est ravagée par cette guerre qui n'en finit pas. Les bandes de déserteurs des deux armées écument le pays, pillent, rançonnent, violent...
La France, après une série de défaites cinglantes, commence à relever la tête, grâce une jeune paysanne, originaire de Lorraine. Jeanne d'Arc, puisque c'est son nom, a su galvaniser les énergies défaillantes pour "bouter l'Angloy hors de France". Brillament secondée par ses fidèles lieutenants, Lahire, Xaintrailles, Gilles de Rais, nous la retrouvons sous les murs de Paris, alors occupé par les Anglais. Après plusieurs assauts, elle est blessée et est évacuée. Mais revenons 17 ans en arrière... Jeanne d'Arc, fille de deux paysans aisés (Jacques d'Arc et Isabelle Romée), naîtra en Lorraine le 6 janvier 1412, dans la châtellenie de Vaucouleurs, à Domrémy. Le village, situé à la frontière tracée par le traité de Verdun, faisait partie de l'une des rares régions fidèles au Dauphin au Nord de la France. Jeanne, qui ne sait ni lire ni écrire, fréquentera l'église voisine de Notre-Dame-de-Bermont. Un de ses oncles était prêtre. Jeanne a treize ans lorsqu'elle entendra une voix qui lui disait : "Sois bonne et sage, et va souvent à l'église". Elle apercevra ensuite, au milieu d'une grande lumière, l'archange saint Michel, puis sainte Marguerite et sainte Catherine. L'archange lui parlera "de la grande pitié qui était au royaume de France" et lui donnera l'ordre de "bouter les Anglais hors de France". Son père lui déclarera qu'il préférait la noyer que de la laisser aller parmi les gens de guerre. Elle s'adressera alors à Baudricourt, le capitaine qui commandait à Vaucouleurs, en ces termes : "Avant la mi-carême il faut que je sois devers le roi, dussé-je pour m'y rendre user mes jambes jusqu'aux genoux". Domrémy est attaquée par les Anglais en février 1429. Baudricourt fournira une épée et une escorte de six hommes d'armes à Jeanne, pour la conduire auprès de Charles VII à Chinon. Les habitants de Vaucouleurs se cotiseront pour lui fournir un cheval et une armure. Elle partira le 23 février, traversera les cent cinquante lieues de pays infestés de bandits, et arrivera à destination onze jours plus tard.
Charles VII
On vérifiera également sa virginité. Orléans, cité des premiers Capétiens et dernière place possédée par Charles VII au Nord de la Loire, résistait avec courage au siège des Anglais. Dotée d'une armure et d'un étendard à la devise "Jésus Maria", Jeanne prendra la tête d'une escorte composée de capitaines et de jeunes princes de la cour parmi lesquels le duc d'Alençon, Gilles de Rais et La Hire. Jeanne dictera une lettre aux chefs de l'armée anglaise dans laquelle elle les sommera de quitter la France. "Vous, archers, compagnons de guerre qui êtes devant la bonne ville d'Orléans, allez-vous-en, de par Dieu, en vos pays, et si vous ne le faites, attendez des nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir avant peu, à votre bien grand dommage".
Casque de soldat de la Guerre de Cent Ans Jeanne arrivera devant Orléans le 29 avril. Elle sera accueillie par Dunois et attendra ses troupes jusqu'au 4 mai. Elle commencera par détruire certaines des treize redoutes construites par les Anglais pour interdire l'accès à la ville. La bastille Saint-Loup tombera le 4 au soir, une autre le 6. La plus importante redoute, la bastille des Tournelles ou des Tourelles, sera prise d'assaut le 7. Une flèche traversera l'épaule de Jeanne. Les Anglais abandonneront leurs derniers ouvrages le dimanche 8, abandonnant en grande partie artillerie et provisions. La délivrance d'Orléans aura un extraordinaire retentissement dans toute la France. Charles V hésitera encore deux mois avant d'accepter de faire sacrer à Reims. La victoire de Jeanne à Patay le 18 juin, face au célèbre chef militaire anglais Talbot, finira par convaincre le roi. Les Anglais renonceront également à Jargeau, Meung, Beaugency. Leurs capitaines Salisbury, Suffolk et Falstolf, seront tués ou faits prisonniers. Accompagné de Jeanne, le roi de France traversera la région située entre la Loire et Reims, aux mains des Anglais ou des Bourguignons. Il s'emparera de Troyes et arrivera à Reims le 17 juillet pour être sacré dans la cathédrale et devenir, selon Jeanne, " le vrai roi et celui auquel devait appartenir le royaume de France". Le nouveau souverain devra se contenter d'une couronne de remplacement, l'originale étant restée à Saint-Denis aux mains des Anglais. L'évêque de Beauvais, Cauchon, pair de France favorable aux Anglais, est absent. Jeanne prendra la tête des troupes chargée de délivrerParis. En chemin, Laon, Soissons, Château-Thierry et Compiègne repasseront sous le contrôle de la France. L'attaque de Paris aura lieu le 8 septembre. Jeanne, blessée devant la porte Saint-Honoré dont elle avait enlevé les ouvrages avancés, sera entraînée de force hors du champ de bataille. Les favoris de Charles VII redoutaient son l'influence en cas de victoire. Ramenée sur la Loire et contrainte à l'inaction durant l'hiver 1430, elle parviendra à s'échapper au printemps. Les Bourguignons assiégeaient alors Compiègne. Arrivée sur place le 23 mai, elle tombera de cheval alors qu'elle couvrait la retraite des siens. Devenue la captive de Jean de Luxembourg, elle sera vendue aux Anglais au prix de 10 000 francs d'or. Charles VII, sur les conseils de son entourage, n'interviendra pas malgré les nombreuses réactions de la population. Jeanne sera conduite à Rouen 18 décembre 1430. Les Anglais, qui voulaient apporter la preuve qu'elle ne pouvait être celle à qui saint Michel avait demandé de les bouter hors de France, souhaiteront apporter la preuve de l'imposture. Ils souhaiteront ainsi ébranler la confiance de Français et compromettre le roi Charles qui s'était associé une fille de Satan. Ils demanderont à l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, d'instruire le procès en sorcellerie. Jeanne dira alors à ses juges : " Vous écrivez tout ce qui est contre moi et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi". Le procès durera quatre mois. Jeanne restera détenue, les fers aux pieds le jour, attachée par une chaîne reliée à une grosse poutre, la nuit. Ses juges l'interrogeront sans relâche, parfois entre trois heures le matin et trois heures le soir. "Etes-vous en état de grâce ?" lui demandera Cauchon. Une réponse positive prouverait son l'orgueil diabolique, une réponse négative serait l'aveu de sa culpabilité. Elle répondra alors : " Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre, si j'y suis, Dieu veuille m'y tenir". A défaut de la convaincre de sorcellerie, on l'accusera d'hérésie pour avoir porté des habits d'homme. On la conduira au cimetière de Saint-Ouen et, la menaçant de mort, on lui dira : "Tu abjureras immédiatement ou tu seras brûlée aujourd'hui même". On lui promettra de la libérer des Anglais si elle abjurait. Epuisée et épouvantée, elle dira alors : "Je me soumets à l'Église". Elle s'engagera à ne plus porter d'habits d'homme. Ne sachant pas lire, elle signera un acte d'abjuration dans lequel elle reconnaissait être hérétique, idolâtre, schismatique et invocatrice des démons. Cauchon la condamnera à la prison perpétuelle "au pain de douleur et à l'eau d'angoisse" avant de la remettre aux Anglais. Ses gardes profiteront de son sommeil pour l'habiller en homme. Accusée d'être retombée dans sa faute, Jeanne venait de commettre une relapse passible du bûcher.
Elle sera conduite sur la place du Marché, entourée d'un millier de soldats, le mercredi 30 ami 1431, à neuf heures du matin. Attachée sur le bûcher, elle demandera que l'on tienne levée devant ses yeux la croix provenant de l'église voisine. Elle invoquera ses saintes et saint Michel durant son supplice. Les Anglais feront jeter ses cendres à la Seine. Charles VII initiera le procès de réhabilitation de la Pucelle qui interviendra entre 1450 et 1456. Le souverain refuse d'attribuer l'origine de son couronnement à une sorcière. Les juges finissent par trouver un vice de forme dans la procédure du premier procès : "le matin de son supplice, dans son cachot, Jeanne avait pu se confesser et avait reçu la communion, avec l'accord de Cauchon. Relapse et excommuniée, elle n'y avait pas droit". La légende de Jeanne d'Arc pouvait alors se répandre dans toute l'Europe.
Paris au XVè siècle
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Le Procès de Jeanne d'Arc
Tout d’abord, rappelons que la guerre de Cent Ans se déroule de 1337 à 1453. Elle met à l’avant-scène la dynastie angevine des Plantagenêt qui règne alors en Angleterre et la dynastie capétienne établie en France. Les premières tensions apparaissent avec la mort de Philippe IV le Bel en 1314. Il laisse au royaume trois fils (Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel) qui lui succéderont tour à tour. Cependant, ils seront incapables de donner un héritier mâle à la France. Philippe VI de Valois, neveu de Philippe IV, monte à son tour sur le trône, au grand dam d’Édouard III d’Angleterre. Ce dernier est pourtant le fils d’Isabelle de France, fille de Philippe IV le Bel, et devrait donc accéder à la couronne, mais la France ne reconnaît pas les héritiers de descendance capétienne féminine. Édouard III se lance alors dans une folle aventure; il veut faire reconnaître ses droits sur la France bien qu’il ait prêté serment d’allégeance au roi Philippe VI de Valois. Commence dès lors une guerre de pouvoir qui durera plusieurs générations. La France vit malheur après malheur; une guerre civile éclate entre les Bourguignons et les Armagnacs. Le traité de Troyes, signé le 21 mai 1420, déshérite le dauphin Charles VII de France au profit du prétendant Henri V d’Angleterre et, en octobre 1428, la ville d’Orléans est assiégée par les Anglais. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que naît le personnage de Jeanne d’Arc le 6 janvier 1412. Jeanne d’Arc est élevée dans une famille très pieuse de paysans aisés vivant dans le village de Domrémy qui reste encore fidèle au dauphin Charles VII quoique le royaume soit divisé en deux parties; le roi Henri VI d’Angleterre possède légalement la France du Nord, alors que le dauphin revendique le Midi. C’est à Neufchâteau que Jeanne d’Arc entend, pour la première fois, les «voix» de sainte Catherine, de sainte Marguerite et de saint Michel qui lui ordonnent de délivrer Orléans et de faire sacrer le vrai roi Charles VII à Reims. Lorsqu’elle tente de se présenter devant le roi pour réclamer qu’il lui confie une armée, la jeune fille est d’abord repoussée avec dédain. Cependant, en cette période de grandes calamités sociales, circulent dans les rues de France certaines «prophéties» selon lesquelles, dit-on, «une femme sauvera la France». La population de cette époque ne trouve donc pas absurde que Jeanne d’Arc déclare avoir reçu des ordres divins. Elle obtient finalement qu’on lui confie le commandement d’une armée et elle réussit à libérer la ville d’Orléans. Deux mois plus tard, soit le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi, à Reims, selon la tradition.
Cependant, Jeanne se heurte à des défaites et déjà elle n’a plus derrière elle toute la France qui commence à ne plus avoir foi en elle. Des Bourguignons la capturent le 23 mai 1430 alors qu’elle tente de libérer Compiègne. Ils la vendent par la suite 10 000 écus aux Anglais qui sont trop heureux d’avoir enfin celle qui leur faisait vivre un enfer. Son sort est entre leurs mains, comme nous l’indique Sébastien Mérat :
« Sa mort est perçue comme le seul moyen de mettre un terme aux maléfices que jette la sorcière depuis sa prison contre les Anglais qui multiplient les défaites. Leur but est donc la protection, non la vengeance, et leur moyen, c’est un procès ecclésiastique.»
Le procès débute le 9 janvier 1431 à Rouen. Jeanne est accusée d’hérésie et de sorcellerie par le tribunal de l’Inquisition. Elle est interrogée par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, diocèse où Jeanne a été faite prisonnière. Le diocèse appartient aux Français, mais Pierre Cauchon, auteur de l’ordonnance « progressiste» de 1413, s’était replié à Rouen où il côtoie des Anglais et des Bourguignons. L’évêque prend pour adjoint le frère dominicain Jean le Maître, vicaire de l’inquisiteur français à Rouen. En plus de quelques conseillers et assesseurs à titre consultatif, Pierre Cauchon et Jean le Maître seront les seuls juges de Jeanne d’Arc.
Pour avoir sauté d’une tour du château de Beaulieu-en-Vermandois en tentant de s’évader, la Pucelle est accusée de tentative de suicide. On la critique fortement d’avoir porté des vêtements d’homme et on considère ses visions et ses voix comme de la sorcellerie. De plus, Jeanne refuse de se conformer à l’Église militante, et à divers griefs mineurs; ce qui lui vaut d’énormes reproches de la part de l’Inquisition et lui coûtera la vie.
Durant le procès, Jeanne est interrogée d’une manière très sournoise; on se joue d’elle et de son manque d’éducation. On lui répète souvent les mêmes questions auxquelles elle répond toujours : « Passez-oultre » ou « Ce n’est point de votre procès». Elle est toujours vague et simple dans ses commentaires. Elle semble posée, mais on sent la tension qui règne dans le tribunal; Jeanne d’Arc, dite la Pucelle, témoigne pour sa vie. Elle se retrouve seule, sans l’appui du roi Charles VII à qui elle a rendu un immense service en le faisant sacrer roi. Par contre, Jeanne réitère encore et encore sa position et son dévouement à Dieu. Elle affirme haut et fort qu’elle a bel et bien entendu ces voix. D’ailleurs, Jeanne affirme qu’elle n’a pas été surprise de son arrestation car les voix l’en avaient avertie. Après avoir résisté longuement à la menace de torture, elle abjure finalement le jeudi 24 mai 1431. Elle doit répéter le texte d’abjuration qui lui est lu par l’huissier Jean Massieu qu’elle signe avec l’aide du secrétaire du roi d’Angleterre. Néanmoins, Jeanne d’Arc se ressaisit vite et remet des vêtements d’homme, ce qui lui était pourtant interdit. On croit, bien qu’elle ait affirmé avoir repris cette habitude de son plein gré, que ses vêtements féminins lui auraient été, selon Massieu, volés dans sa cellule durant son sommeil par des soldats anglais et qu’ils les auraient échangés pour des habits d’homme. Après un deuxième procès, on la condamne à la peine de mort en tant que relapse. En fait, avant même que le procès ne soit terminé, on construit déjà sur la place du Vieux Marché le bûcher pour la Pucelle. Le mercredi 30 mai, Jeanne d’Arc est brûlée vive pour avoir délivré la France du joug anglais. Elle ne cessera jamais de crier le nom de tous les saints et de Jésus.
Après la mort de Jeanne d’Arc, trois enquêtes se sont succédé pendant près de 25 ans afin d’élucider les mystères du procès. À la demande de Charles VII, on ouvre une première enquête le 15 février 1450, mais elle n’aboutit pas. Le cardinal d’Estouteville suit les traces du roi en 1452, mais son enquête subit le même sort. Enfin, le 11 juin 1455, le pape Calixte III autorise Isabelle, la mère de Jeanne, à rouvrir la cause de sa fille et un nouveau procès en révision est instruit. Le 7 juillet 1456, les juges font l' annonce publique de la décision de la cour : le verdict original est rejeté et Jeanne d’Arc est déclarée innocente.
Il faut cependant attendre le XXe siècle avant qu’on propose formellement de canoniser Jeanne d’Arc. Le pape Pie X lui accorde, en janvier 1904, le titre de « vénérable ». Puis, le 11 avril 1909 Jeanne est béatifiée pour être finalement canonisée le 16 mai 1920 par le pape Benoît XV. Depuis, la France s’est fortement attachée à la jeune fille de 19 ans qui est morte en sauvant un pays qu’elle aimait tant. Bien qu’elle ait vécu des moments difficiles, Jeanne est aujourd’hui réhabilitée dans la religion et dans le cœur des Français. Partout en France, des rues, des écoles, des villages portent le nom de Jeanne d’Arc. Les Français célèbrent même chaque année la libération d’Orléans par Jeanne d’Arc, la Pucelle
Charles VII, le roi "bien servi"
Né à Paris le 22 février 1403, mort à Mehun-sur-Yèvre, le 22 juillet 1461, comte de Ponthieu et duc de Touraine le futur Charles VII est le fils cadet de Charles VI et d’Isabeau de Bavière. Il sera roi de France de 1422 à 1461. A la mort de ses frères aînés, il reçoit le titre de Dauphin en 1417. En 1418, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, l’héritier de la couronne doit quitter Paris, aux mains des Bourguignons, et se réfugie à Bourges où il prend le titre de régent, suite à la démence du souverain. On l’appelle aussi le « le roi de Bourges ». Aux côtés de Bernard d’Armagnac, il apparaît comme chef du parti hostile à la politique du duc de Bourgogne. 1420 Isabeau de Bavière fait signer à Charles VI le traité de Troyes. Ce dernier stipule que la couronne de France est cédée au roi Henri V d’Angleterre à condition que ce dernier épouse une des filles de Charles VI. A la mort des souverains de France et d’Angleterre en 1422, Henri VI d’Angleterre est sacré roi de France à Paris. Les anglais occupent alors tout le nord de la Loire ainsi qu’une partie de la Guyenne. Cette situation aurait pu durer très longtemps, mais voila qu’un nouveau personnage va changer la destinée de Charles VII et celui de la France. Il rencontre en février 1429 Jeanne d’Arc. Elle le convainc de la placer à la tête d’une armée pour prendre Orléans et ainsi lui ouvrir la route du sacre à Reims. Jeanne lève le siège d’Orléans le 8 mai 1429. Elle amène ensuite son roi jusqu’à Reims, alors en territoire anglais, où il recouvre sa légitimité après son sacre, le 17 juillet 1429.
Monnaies du règne de Charles VII
Malgré l’arrestation de Jeanne d’Arc en 1430, Charles VII continue sa lutte contre les anglais aidé dans cette entreprise par son connétable Arthur de Richemont. En signant le traité d’Arras en 1435, il se réconcilie avec le Bourguignon Philippe le Bon qu’il éloigne ainsi des Anglais. En 1436 les Parisiens livrent la capitale aux troupes du duc de Richemont. La prise de Pontoise, en 1441, permet le rétablissement des relations avec le nord du royaume. Acculés, les Anglais sont obligés de négocier une trêve à Tours en 1444. Charles VII va en profiter pour renforcer sa puissance. Il réorganise son armée et resserre l’alliance bretonne, pour la reconquête de la Normandie. De 1449 à 1453 il reprend successivement aux anglais la Normandie en 1450 et la Guyenne en 1453. Pendant tout ce temps Charles VII va aussi jeter les bases des institutions essentielles au gouvernement monarchique. Avec son grand argentier Jacques Cœur, il habitue ses sujets à l’impôt permanent qui contrairement au droit coutumier va lui permettre la levée de toute ressource extraordinaire sans avoir à convoquer les états généraux. Il va en profiter pour restructurer son armée qui va devenir une armée permanente. Se méfiant de Paris Charles VII fait passer la prévôté des marchands aux mains d’officiers de justice ou de finance qui assureront la tutelle de la capitale. Cette ville restera la capitale administrative de la France, mais elle cessera d’être la résidence principale du roi, ce dernier préfère ses résidences du Val de Loire et ses châteaux de Touraine et de Berry. Passée la tentative féodale dite de la « Praguerie » , maître puissant d’un royaume ou la monarchie l’emporte sur tout autre système de partage de la puissance publique, Charles VII sera encore très influencé par Richemont, La Trémoille, Brézé et sa maîtresse Agnès Sorel. Ce règne de 40 ans a vu successivement un homme faible très affecté par la maladie de son père, par le reniement de sa mère et un homme fort qui à redonné une dimension à la France. La fin de ce règne sera entachée par la révolte ouverte du dauphin le futur Louis XI, qui ayant soutenu la « Praguerie » se verra obligé de se réfugier à la cour de Bourgogne. Charles VII meurt à Mehun-sur-Yèvre, le 22 juillet 1461.
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A l’époque... 1434: à Florence, la dynastie des Medicis prend le pouvoir, qu'elle occupera pendant plus de 3 siècles. 1431: les Portugais découvrent les Açores.
1433: la 7è et dernière expédition de la dynastie chinoise Ming atteint Djeddah, le port de La Mecque. 1439: la flèche de la cathédrale de Strasbourg s'élève à 142m. C'est la plus haute des cathédrales médiévales 1449: victoire ottomane de Kossovo. La domination des Turcs sur les Balkans s'installe. 1448: Berlin devient la capitale de l'Electeur de Brandebourg. 1450: Les Mongols envahissent la Chine, et capturent l'empereur Ming et se retirent. 1453: prise de Constantinople par les Turcs. L'Empire Byzantin a vécu. 1454: Gutenberg utilise pour la 1ère fois en Occident les caractères mobiles d'imprimerie.
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Le journal de Paris
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1358
La révolte d'Etienne Marcel,
première révolution française
ou coup d'état avorté d'un opportuniste ?
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Le Contexte
Le prévôt de Paris, c'est à dire l'équivalent du maire, Etienne Marcel, est massacré par le peuple de Paris. Pourquoi en est-on arrivé là ? Au milieu du XIVe siècle, la France, bien que pays le plus puissant d'Europe médiévale, souffre de mille maux. La Grande Peste de 1347 l'a frappée comme tout l'ouest du continent, exterminant par endroits la moitié de la population. La guerre des Valois contre leurs cousins anglais, que l'on appellera beaucoup plus tard «guerre de Cent Ans», saigne par ailleurs le royaume. Les difficultés de la noblesse et de la monarchie éveillent chez les bourgeois de la capitale le désir de s'émanciper, à l'image de leurs homologues des républiques urbaines de Flandre ou d'Italie. La France va ainsi connaître une amorce de révolution comparable en bien des points à celle qui surviendra 440 ans plus tard... Le roi Jean II le Bon (autrement dit le Brave), comme ses prédécesseurs, ne dispose d'autre ressource que les revenus de son domaine. Faute d'impôt permanent, il doit convoquer les états généraux chaque fois qu'il a un besoin pressant d'argent. C'est le cas en 1355 pour recruter des troupes et faire face à la menace anglaise... Profitant de la faiblesse du monarque, les trois ordres, délibérant en commun, établissent en 26 jours, du 2 au 28 décembre 1355, l'égalité devant l'impôt dont ni les princes, ni le roi ne sont dispensés. Ils décident de nommer eux-mêmes les trésoriers et receveurs, ébauchent l'organisation d'une milice nationale où chacun s'armera selon son état et retirent au roi le droit de toucher aux monnaies. Ils élisent une commission de neuf membres (trois par ordre) pour surveiller l'exécution de leurs volontés et lui accordent le droit de requérir le concours de tous contre le roi en cas de besoin. Enfin, ils conviennent de se réunir à nouveau au mois de mars suivant. Jean de Craon, archevêque de Reims, au nom du clergé, Gauthier de Brienne, duc d'Athènes, au nom de la noblesse, Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, au nom des bourgeois, communiquent ces résolutions au roi et l'invitent à les accepter. En échange, ils l'autorisent à lever de nouveaux impôts pour un montant de 5 millions de livres parisis en vue d'équiper et entretenir pendant une année l'armée de 30.000 hommes dont il a besoin pour combattre les Anglais. Jean II, dépensier et léger comme il n'est pas permis, accepte sans barguigner. Financièrement, il n'a guère le choix. Politiquement, il ne mesure pas la portée de son geste. On peut considérer que la France vient de faire sa révolution sans coup férir ! Là-dessus, en septembre 1356, Jean le Bon, parti à la rencontre des Anglais du Prince Noir, est battu à plate couture aux environs de Poitiers malgré une écrasante supériorité numérique.Suprême humiliation, le roi est capturé par l'ennemi ainsi que son fils cadet Philippe, 17 comtes, un archevêque, 70 barons, 2000 chevaliers et écuyers. Le fils aîné du roi, le dauphin Charles, duc de Normandie, s'enfuit sans demander son reste. La monarchie et la noblesse sont déconsidérées. Les captifs ajoutent à leur discrédit en faisant pressurer les paysans pour payer leur rançon. À Paris, le dauphin en charge du pouvoir (avec le titre de «lieutenant du roi») n'en mène pas large. Ce jeune homme de 18 ans, malingre et incapable de tenir une épée, n'a-t-il pas fui au plus fort de la bataille ? Étienne Marcel juge le moment propice pour prendre la main. Convoqués en hâte, les états généraux se réunissent une nouvelle fois le 17 octobre 1356. Au total 800 députés. Le chancelier de France Pierre de Laforest, archevêque de Rouen, prononce le discours d'ouverture en présence du dauphin. Puis Jean de Craon, Philippe de Valois, frère du roi, et Étienne Marcel obtiennent que les États se réunissent rue de l'École-de-Médecine, dans le couvent des Cordeliers, pour discuter des mesures à prendre. 80 députés sont désignés pour les préparer. Deux semaines plus tard, le dauphin est convoqué en secret aux Cordeliers pour être informé des mesures en question. Brutal ! On lui demande de renvoyer et faire juger le chancelier, le premier président du parlement, le grand chambellan et quatre autres grands officiers royaux, des trésoriers accusés d'avoir falsifié les monnaies. Le Conseil du Roi devra désormais être nommé par les états généraux. Il sera composé de quatre prélats, douze nobles et autant de bourgeois. Au roi, il ne restera que le droit d'approuver ou non ses décisions. En outre, les états généraux exigent la libération de Charles II le Mauvais, roi de Navarre, que Jean le Bon avait fait jeter en prison en représailles de l'assassinat de son favori, le connétable Charles d'Espagne. En échange de quoi, l'assemblée promet au dauphin de financer une armée de 30.000 hommes.
Jean le Bon
Le dauphin et ses conseillers choisissent de temporiser. Le 31 août 1356, pour la séance de clôture, dans la grande salle du parlement, les députés voient venir au lieu du dauphin le sieur du Hangest. Celui-ci annonce que le dauphin remet sa visite au 3 novembre. Chacun est consterné. Il ne se trouve aucun Mirabeau pour ressouder l'assemblée comme en 1789 ! À bout de ressources, la plupart des députés, à commencer par les nobles, abandonnent la partie et rentrent chez eux. Le 2 novembre, nouvelle diversion : le dauphin réunit quelques députés réfractaires et leur annonce qu'il doit incontinent partir pour Metz pour rencontrer son oncle l'empereur d'Allemagne Charles IV. Le lendemain, aux Cordeliers, l'évêque de Laon Robert Lecoq, membre du Conseil du Roi, prend le parti des députés, les invite à faire circuler les griefs du peuple et rappelle opportunément que l'Église peut déposer les rois. Pendant ce temps, le dauphin en appelle aux états des provinces méridionales. Il leur transmet des lettres où il accuse les états généraux de n'avoir «rien conclu ni parfait de ce qui leur avait été proposé» et leur demande de l'argent en urgence. Il n'obtient que de bonnes paroles. Dépité, il doit revenir à Paris et négocier avec Étienne Marcel.
Jean le Bon Dauphin et prévôt s'affrontent en public
Les deux hommes, chacun à la tête d'une escorte, se rencontrent près de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 19 janvier 1357. Charles somme le prévôt de se soumettre. En retour, ce dernier décrète la grève ! Le lendemain, aucun boutiquier ou artisan ne lève le rideau. La capitale se fige dans un lourd silence. Le dauphin sent planer la menace d'une révolte populaire. Sans attendre, dans l'après-midi, il convoque la municipalité et lui concède tout : le renvoi des officiers royaux, l'abandon d'une ordonnance sur la monnaie et une nouvelle convocation des états généraux le 5 février 1357. Au jour dit, peu de députés répondent à la convocation. Il est vrai que ces séjours à répétition dans la capitale sont coûteux. Les présents, qui sont aussi les plus résolus, clôturent leurs travaux par une Grande Ordonnance. En 60 articles, elle réforme magistralement le cadre du gouvernement : impôts levés par les députés, inviolabilité de ceux-ci, suppression des tribunaux d'exception,... Le dauphin, résigné, promulgue le texte. Mais celui-ci est loin de faire l'unanimité en-dehors de Paris. Les bourgeois accentuent la pression
Quand, le 23 mars 1357, une trêve est conclue à Bordeaux avec les Anglais et que, de sa prison, le roi Jean fait savoir qu'il révoque les états généraux, seul Paris s'insurge. Le 8 avril, veille de Pâques, l'assemblée oblige le dauphin à désavouer les instructions de son père mais les députés du clergé, avec à leur tête l'archevêque de Reims Jean de Craon, se démarquent et déjà amorcent leur retour dans le camp de la monarchie. En août, le dauphin rétablit les officiers royaux dans leurs charges et le 4 septembre, il reprend le droit de vendre et donner à ferme des offices. Étienne Marcel doit ruser d'autant plus que le dauphin, parti en tournée en Normandie, est hors de sa portée. Il demande au dauphin de rentrer et met pour seules conditions à la soumission des Parisiens le retour de l'évêque de Laon au Conseil du Roi et la convocation des députés de vingt ou trente villes. Le dauphin accepte et le 7 novembre se réunissent à nouveau une poignée de députés. Dès le lendemain, à l'initiative de Jean de Picquigny, gouverneur de l'Artois, ils réclament à nouveau la libération de Charles le Mauvais et, pour plus de sûreté, organisent son évasion. Le roi de Navarre fait une entrée triomphale à Paris le 29 novembre et harangue les bourgeois d'une tribune improvisée. Le prévôt des marchands voit poindre son objectif inavoué : l'autonomie de Paris et des grandes villes du royaume à l'instar des cités flamandes (Bruges, Anvers,...). Il fait distribuer à ses fidèles un chaperon aux couleurs de la ville, rouge et bleu, en signe de reconnaissance. Le Dauphin en appelle à l'opinion publique
Le dauphin, profitant de l'absence du roi de Navarre, reprend l'initiative. Le 11 janvier, à cheval, escorté de seulement quelques hommes, il s'adresse en personne aux bourgeois des halles et déclare «qu'il eut déjà chassé les Anglais s'il avait eu l'administration des finances ; mais il n'avait pas touché un seul denier de tout l'argent levé sur la nation, depuis que les États gouvernaient...» Habilement, il s'interroge alors sur ce qu'est devenu cet argent. La foule l'acclame. Dès le lendemain, le prévôt lui-même répond publiquement au dauphin. Une nouvelle fois, les deux hommes se rencontrent, cette fois rue Saint-Denis. Le chancelier de Normandie prend la parole au nom du dauphin mais il est coupé par l'échevin Charles Toussac, redoutable orateur au service du prévôt. Le dauphin, dépité, tourne bride et abandonne la partie. L'atmosphère devient explosive. En témoigne un fait divers. Le 24 janvier 1358, rue Neuve-Saint-Merri, un clerc croise le trésorier du dauphin et lui réclame le prix de deux chevaux récemment vendus au duc de Normandie. Éconduit, il l'assassine à coups de couteau et se réfugie dans l'église voisine. Le maréchal de Normandie fait défoncer la porte de l'église, s'empare du meurtrier et le fait pendre au gibet de Montfaucon. Des bourgeois, indignés, dépendent le corps et lui accordent des funérailles solennelles. Pendant ce temps, Anglais et mercenaires de la pire espèce saccagent les alentours de Paris sans qu'interviennent les troupes royales et bien que le dauphin ait troqué son titre de «lieutenant du roi» pour celui de régent. La population a peur d'une attaque de l'ennemi.
Massacre au saut du lit
Le 22 février 1358, le tocsin sonne. La foule s'assemble autour de l'église Saint-Éloi et de là, guidée par le prévôt, se dirige vers le palais du dauphin. Elle investit ses appartements. Le prévôt lui-même pénètre dans sa chambre. Les émeutiers et lui se trouvent face à face avec le dauphin et ses conseillers ; parmi eux les maréchaux de Champagne et de Normandie, Robert de Clermont et Jean de Conflans, qui dirigent les troupes royales. Étienne Marcel interpelle le régent et le presse d'agir contre les Anglais. «C'est à ceux qui reçoivent les profits de pourvoir à la défense du royaume», réplique Charles. Le ton monte. Étienne Marcel ordonne enfin à ses compagnons : «Faites en bref». Le maréchal de Champagne est alors massacré aux pieds du régent. L'autre maréchal est tué à son tour dans un cabinet voisin. Le dauphin demande grâce. Le prévôt, alors, le décoiffe et le couvre du chaperon rouge et bleu de ses partisans. Lui-même se couvre du chaperon de brunette noire à franges d'or du régent et sort de la pièce. Le surlendemain, le régent, mandé au parlement, se voit obliger d'accepter en son conseil Étienne Marcel en personne et ses adjoints. Le 26 février 1358, le roi de Navarre rentre à Paris. Le régent Charles comprend qu'il est désormais prisonnier des bourgeois et de leurs alliés navarrais. Mais, une nuit de mars, un fidèle conseiller l'entraîne vers la Seine. Une barque l'attend. Cette fois, le Capétien ne sera pas rattrappé comme son lointain descendant, beaucoup plus tard à Varennes ! Révélation d'un grand homme d'État
Sitôt libre, le régent que l'on jugeait faible et timoré voit ses facultés démultipliées. Il court à Senlis où il préside le 25 mars les états de Picardie et de Beauvaisis, puis à Provins le 9 avril pour les états de Champagne. Entre temps, il s'empare de la place de Meaux qui commande l'une des voies d'approvisionnement de la capitale. Pendant ce temps, Étienne Marcel se prépare à la guerre. Il s'empare de l'artillerie du Louvre et renforce les fortifications. Le fait est qu'il se voyait à la tête d'un mouvement général d'émancipation des communes ; il n'est plus que le chef d'une ville assiégée, plus ou moins isolée du reste du royaume. Il est abandonné, au moins pour un temps, par le roi de Navarre lui-même. Peu soucieux de servir la bourgeoisie contre la noblesse, il va à la rencontre du régent et feint de se réconcilier avec lui. Les états généraux s'assemblent le 4 mai à Compiègne. Ils se séparent dix jours plus tard après avoir rédigé une ordonnance qui condamne le gouvernement de Paris. Alliance impossible entre bourgeois et paysans
Et voilà que monte des campagnes du Beauvaisis et des provinces environnant Paris un immense rugissement : les laboureurs se soulèvent à leur tour contre les nobles : «Les nobles trahissent et honnissent le royaume», clament-ils selon le chroniqueur Froissart, en référence à la bataille de Poitiers. C'est la Grande Jacquerie.
La grande jacquerie Le prévôt tente de récupérer à son profit cette masse déchaînée. Mais il échoue à la discipliner : «Envoiasmes bien trois cents combattants de nos gens et lettres de créance pour euls faire désister des grands mauls qu'ils faisaient,»écrira-t-il plus tard. À défaut, il les convainc d'attaquer la forteresse de Meaux. Le 9 juin, les paysans et les Parisiens, sous le commandement d'un épicier, Pierre Gilles, se lancent à l'assaut de la place. C'est un désastre et dès lors, les nobles reprennent le dessus. La répression est impitoyable. Étienne Marcel voit poindre l'échec de son mouvement. Le 11 juillet, il lance un appel désespéré aux représentants des autres communes du royaume dans lequel il dénonce le comportement des nobles : «Très grant multitude de nobles... par manière universel de nobles universamment contre non noble, sans faire distinction quelconque de coulpables ou non coulpables, de bons ou mauvais,... ont ars [brûlé] les villes, tué les bonnes gens des païs, sens pitié et miséricorde quelconques, robé [dérobé] et pillié tout quanques ils ont trouvé, femmes, enfants, prestres, religieux... les calices, sanctuaires, chapes ortées et robes, les prêtres célébreus priz et les calices ortés de devant euls... les églises, abbayes, priorez et églises parochiaulx... mis à rançon, les pucelles corrompues et les femmes violées en présence de leurs maris, et briervement fait plus de maulx plus cruellement et plus inhumainement que oncques ne firent les Wandres, ne Sarrazins...» Le prévôt en appelle par la même occasion au roi de Navarre, sans rien ignorer pourtant de sa brutalité et de sa versatilité. Tant qu'à choisir, ses compagnons d'infortune préfèrent encore le régent, représentant de la monarchie légitime. Ils se détachent de lui. Parmi eux l'échevin Jean Maillart, chef de file des partisans du régent. Revanche royale
Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les bannières royales se déploient dans les rues de Paris au cri de «Montjoie et Saint-Denis !» La maison aux piliers de la place de Grève, où Étienne Marcel a établi le siège de la municipalité, est prise d'assaut.
La mort d'Etienne Marcel Le prévôt lui-même est assassiné, sans doute à proximité de la porte Saint-Antoine. On murmure qu'il aurait voulu ouvrir la porte au roi de Navarre. Absurde, car ce dernier pouvait entrer dans la ville à sa guise et il y avait pris la parole pas plus tard que le 22 juillet. Le 2 août 1358, le régent fait son entrée par cette même porte, précédé de Jean Maillart. Sur le passage du cortège, on a placé les corps d'Étienne Marcel et de ses derniers fidèles, auprès de leurs têtes tranchées. Quelques années plus tard, devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, le régent n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens. De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner révolution et séditions, la monarchie et l'État vont paradoxalement sortir renforcés. ![]() Etienne Marcel surpris porte
Que cultivaient nos ancêtres du MoyenAge ? Les légumes dans l'Europe médiévale Il ne suffit pas de reconnaître comme comestibles des fruits et des légumes pour qu'ils soient consommés. Ils sont le symbole d'un statut social ou des idées d'une époque sur la diététique : la période médiévale réservait les légumes (trop proche de la terre) à la consommation populaire et préférait la consommation des fruits (plus aériens, donc proche du ciel) pour les élites. D'après Jean Louis
Tourte médiévale |
Qui était Etienne Marcel ? La famille Marcel est l’une des plus puissantes de la bourgeoisie parisienne.
Etienne Marcel (gravure du 19è siècle)
Les États se révélant incapables de résoudre la crise qui accable le royaume, le Dauphin Charles peut reprendre le pouvoir et sauver la couronne des Valois. Étienne Marcel meurt assassiné par les bourgeois parisiens qui considèrent qu’il est allé trop loin dans son opposition et qu’il pourrait livrer la ville aux Anglais. Étienne Marcel, comme Jacob van Artevelde dans le Comté de Flandre, est une personnalité issue du grand patriciat urbain proche du pouvoir qui s’est illustrée par la défense des petits artisans et compagnons qui forment le gros des citadins. Pour autant, ils ne sont que les catalyseurs les plus connus d’un profond mouvement de réforme répondant à la crise du système féodal : aux XIVe et XVe siècles, la noblesse et le clergé ne tiennent plus le rôle qui leur était initialement imparti dans une société à trois ordres. Les mutations économiques et culturelles donnent lieu à une différentiation au sein du Tiers État de la bourgeoisie qui prend une place incontournable à tous les niveaux de la société. Le mécontentement inhérent à la crise et l’exemple des cités flamandes, italiennes ou de la Hanse lui donnent l’occasion d’essayer de montrer que les villes seraient plus à même de gérer la société et de répondre aux nouveaux impératifs économiques de plus en plus centrés sur le commerce et moins sur la propriété foncière. Montée en puissance de la bourgeoisieDepuis la renaissance de l’an mil où elle s’est structurée, la société médiévale a considérablement évolué. L’Europe a fortement progressé techniquement, artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées créant de nouvelles classes sociales centrées sur l’artisanat et le commerce. Le système féodal et religieux à trois ordres instauré depuis le mouvement de la paix de Dieu est adapté à une société agricole et décentralisée. La noblesse protège les terres et rend la justice. Les religieux sont les guides spirituels de la communauté : ils s’occupent des œuvres sociales et contribuent à maintenir et à développer la culture. Les paysans, quant à eux, par leur travail, assurent la fonction productrice. À partir de la fin du XIIIe siècle, l’équilibre entre les trois ordres se rompt. Le développement des villes a nécessité la création d’un État centralisé rendant justice, unifiant la monnaie et devant protéger le pays contre les attaques éventuelles de royaumes capables de lever des armées importantes. Une telle structure doit être financée et l’État a d’autant plus besoin de ressources financières que le système féodal se maintient par la redistribution de richesses vers ses vassaux. Le grand patriciat commerçant possède des ressources financières très abondantes qu’il prête aux princes et aux ecclésiastiques : il devient un acteur incontournable. Ne disposant pas d’une administration suffisante et voulant limiter la puissance des grands féodaux, les Capétiens délèguent aux bourgeois de plus en plus de pouvoirs politiques, fiscaux et judiciaires créant de véritables zones franches aux grands carrefours commerciaux. La multiplication des affaires à régler a rendu impossible leur seul traitement par les rois et la grande noblesse qui ont alors délégué une partie de leurs pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de justice. À l’époque, plutôt que d’entretenir une coûteuse administration, les souverains ont pris l’habitude de faire prélever les taxes par de riches particuliers qui leur cèdent le montant souhaité et se remboursent en percevant les impôts pour leur compte, ce qui assure de confortables bénéfices. En Angleterre, les revers de Jean sans TerrePhilippe Auguste avaient conduit les barons anglais à lui imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui instituait, entre autres, la liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le Parlement. En France, Philippe le Bel instaure des États généraux où la noblesse, le clergé et les villes sont représentés, pour avoir une légitimité à lever des impôts y compris sur les terres d’Église et rassembler la nation naissante pour faire bloc contre le pape qui ne peut accepter de telles taxes et proclame la primauté du spirituel sur le temporel (par la bulle pontificale Unam Sanctam de 1302, Boniface VIII revendique l’instauration d’une théocratie). D’autre part, pour les besoins du commerce, puis pour sa propre ascension sociale le patriciat urbain a pris en charge une partie de la culture, créant des écoles laïques et finançant un mécénat culturel. De la même manière, il finance nombres d’œuvres sociales. La plupart des innovations techniques sont alors le fait de laïcs, ingénieurs, architectes (tels Villard de Honnecourt), artisans (tels Jacoppo et Giovanni di Dondi concepteurs de l’horloge à échappement)… Le clergé perd une partie de son rôle culturel ou social dans les espaces urbains. Pour obtenir le rôle politique que leur importance croissante dans la société devrait leur donner, de nombreux bourgeois tentent d’être anoblis. C’est la voie que choisit par exemple Robert de Lorris qui, devenu proche conseiller de Jean le Bon, use de son soutien ou d’alliances matrimoniales judicieuses pour placer ses proches. La haute bourgeoisie adopte des comportements qui rappellent ceux de la noblesse : la prévôté organise par exemple en 1330 un tournoi où bourgeois combattent comme des chevaliers. Ceux qui, comme Étienne Marcel, n’appartiennent pas au cercle très restreint du pouvoir sous Jean le Bon et dont la promotion sociale est bloquée deviennent les plus fervents promoteurs d’une réforme politique qui doit aboutir au contrôle de la monarchie par les États. Étienne Marcel évolue dans ce contexte de crise où les villes deviennent la force politique principale et en particulier Paris, qui est de très de loin la première agglomération d’Occident. Vers 1328, la population parisienne est estimée à 200 000 habitants, ce qui en fait la cité la plus peuplée d’Europe. Cependant en 1348, la Peste noire décime la population. En tant que capitale elle regroupe une bonne partie de la noblesse (qui doit faire valoir son statut par une vie ostentatoire et dépenser sans compter) et de l’administration. Ces gros consommateurs induisent l’installation de nombreux artisans et d’artistes[24]. Elle est aussi un centre universitaire de premier ordre. Au total, Paris est un énorme centre de consommation qui, grâce au bassin de la Seine, est un point d’échange important de denrées, venant des foires de Champagne, de la riche région normande (et donc de l’Atlantique), mais aussi des régions drapières du Nord (Flandre, Artois, Brabant…).
Paris en 1400 Au XIVe siècle, l’enceinte de Charles V (1364–1380) englobe l’ensemble des actuels 3e et 4e arrondissements et s’étend du Pont Royal à la porte Saint-Denis. Au total, Paris est le siège de la Cour et de l’administration (palais de la Cité), de l’université et un énorme centre marchand et artisanal : y vivent l’essentiel des représentants des trois ordres. Étienne Marcel n’est pas par essence contre les Valois. Au contraire les intérêts du roi et ceux des milieux d’affaire parisiens convergent : La guerre entraîne le blocage des routes économiques et la prospérité de Paris passe par la sécurisation de la Seine et des accès au Comté de Flandre. Aux États généraux du 8 mai 1355, on tente de simplifier le calcul de l’impôt pour le rendre plus efficace. Mais les impôts ne rentrent pas et le roi a recours une nouvelle fois aux manipulateurs de la monnaie honnis : il rappelle Jean Poilevillain et Nicolas Braque qu’il nomme respectivement aux Comptes et aux Monnaies. La monnaie est dévaluée une nouvelle fois : Les rentes et loyers diminuent au grand dam de la bourgeoisie, de la noblesse et des prélats: la grogne monte.
Monnaie royale française Confronté à la menace anglaise, Jean le Bon convoque les États généraux de langue d’oïl à Paris, dans la grande salle du palais de la Cité, le 2 décembre 1355, pour lever l’armée de 30 000 hommes qu’il juge nécessaire. Étienne Marcel et ses alliés (son cousin Imbert de Lyon, son associé Jean de Saint-Benoît, son prédécesseur à la prévôté des marchands de Paris Jean de Pacy ainsi que ses échevins Pierre Bourdon, Bernard Cocatrix, Charles Toussac et Jean Belot) y sont les principaux représentants des villes. Les États sont extrêmement méfiants quant à la gestion des finances publiques (échaudés par les dévaluations entraînées par les mutations monétaires qui ont fait perdre à la monnaie royale 82 % de sa valeur en un an). La noblesse dont les dévaluations diminuent les revenus (les redevances dues sur leurs terres sont de montant fixe) a un besoin impératif d’une monnaie forte. Les commerçants ont surtout besoin d’une monnaie stable.
Monnaies d'or du règne de Après les chevauchées du Prince noir en Languedoc et du duc de Lancastre en Artois, les états ont conscience de la nécessité de lever une armée, mais plus encore de financer des garnisons pour défendre les villes. Ils acceptent la levée d’une taxe sur les transactions commerciales de 8 deniers par livre, à la condition de pouvoir en contrôler la mise en œuvre et l’utilisation des fonds prélevés et que soit émise une monnaie forte. Un collège de 9 officiers (3 par ordre) qui prélèveraient la taxe doit être désigné par les États généraux. Les impôts rentrant mal et la nouvelle monnaie se dévaluant rapidement, les États sont réunis à nouveau en mars 1356 et décident d’élargir l’assiette de l’impôt en taxant aussi les revenus fonciers. Ce qui se révèle difficile car il faudrait une administration capable de quantifier les revenus des contribuables. Fort de cette armée financée par les États, le roi poursuit le Prince Noir lancé dans une nouvelle chevauchée. Il le rattrape au sud de Poitiers. L’enjeu est plus que militaire : il faut redorer le blason de la noblesse, largement terni depuis le désastre de Crécy et qui de plus est incapable de protéger le peuple des pillages alors que c’est précisément son rôle dans la société médiévale. C’est dans cet esprit qu’il renvoie les troupes envoyées par les villes pour le soutenir à la bataille de Poitiers : c’est au roi et à la noblesse de vaincre. La bataille a lieu le 19 septembre 1356, le roi Jean le Bon, ne voulant pas fuir comme l’avait fait son père à Crécy, se bat héroïquement. Il est fait prisonnier par les Anglais, mais acquiert dans cette affaire un grand prestige et sauve sa couronne. Le Prince noir, impressionné, fait en sorte qu’il soit reçu avec les honneurs durant sa captivité londonienne. Son fils le dauphin Charles, qui a pu quitter le champ de bataille, assure la régence et tente de négocier avec l’Angleterre pendant que les mercenaires démobilisés, rassemblés en grandes compagnies, pillent les campagnes. Pour éviter de tels débordements, le dauphin propose de créer une armée permanente de 30 000 hommes. Pour cela, il lui faut trouver des financements en levant de nouveaux impôts qu’il demande aux États généraux en les convoquant à nouveau. |
Qui était Etienne Marcel ?
(suite) La nouvelle de l’acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cède le tiers du territoire à l’Angleterre provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter. Un proche du dauphin est assassiné le 24 janvier 1358. Le meurtrier (le valet d’un changeur parisien) est saisi alors qu’il se réfugiait dans une église et le dauphin fait de son exécution un exemple. Étienne Marcel exploite les esprits qui s’échauffent : il y a deux cortèges funèbres, celui de la victime suivi par le dauphin et celui du meurtrier qui est lui suivi par la bourgeoisie parisienne. Le 22 février 1358, Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu’il a convoquées en armes. La foule surprend Regnault d’Acy, l’un des négociateurs du Traité de Londres qui a rapporté la nouvelle à Paris. Il se réfugie dans une pâtisserie où on l’égorge férocement avec ses proches. Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régent. Étienne Marcel et certains de ses partisans parviennent à sa chambre dans le but de l’impressionner pour pouvoir mieux le contrôler. Il s’exclame : « Sire, ne vous ébahissez pas des choses que vous allez voir, car elles ont été décidées par nous, et il convient qu’elles soient faites ». Le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée. Marcel l’oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui même met le chapeau du Dauphin et à renouveler l’ordonnance de 1357. Il l’épargne car il le sous-estime et pense pouvoir le contrôler aisément : c’est une lourde erreur. Fort de l’ascendant qu’il estime avoir sur le Dauphin qu’il va faire nommer régent, il pense pouvoir se passer de Charles de Navarre qu’il pousse à quitter Paris. Mais, le timide et frêle dauphin se révélera être un redoutable politique. De fait, jamais Étienne Marcel ne parviendra à le contrôler, même si dans les premiers temps le futur monarque n’avait pas assez de pouvoir pour affronter ce redoutable tribun. Étienne Marcel se dirige ensuite sur la place de Grève où il remercie la foule de les encourager à éliminer « les traîtres du royaume ». Il écrit aux villes de provinces pour justifier son geste, mais seules Amiens et Arras donnent des signes de soutien. Il force ensuite le dauphin qui tant qu’il est à Paris reste sous la pression éventuelle de la rue, à ratifier le meurtre de ses conseillers. Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel : son conseil est épuré (quatre Bourgeois y rentrent), le gouvernement et les finances sont aux mains des États, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes, le dauphin obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il est en captivité (et en particulier des traités de paix inacceptables) .
Etienne Marcel (miniature du 15è siècle) Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et en particulier valider son contenu fiscal il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier Champenois et Bourguignons scandalisés par l’assassinat des maréchaux). La noblesse doit se réunir à Senlis. C’est l’occasion qu’attendait le dauphin pour quitter Paris (ce qu’il fait le 17 mars). Étienne Marcel, pensant le contrôler lui adjoint dix Bourgeois pour le représenter et surveiller le dauphin. Il participe aux États de Champagne qui ont lieu le 9 avril à Provins, il est soutenu par la noblesse de l’Est du royaume et les délégués parisiens sont mis en difficulté. Fort de ce soutien, le dauphin s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accès de Paris par l’Est est bloqué. Au Sud et à l’Ouest les compagnies écument le pays. Il ne reste que l’accès par le nord qui préserve l’accès de Paris aux villes du Comté de Flandre. Les accès fluviaux ayant été bloqués, Étienne Marcel doit réagir pour empêcher l’asphyxie économique de la capitale. Le 18 avril il envoie son défi au dauphin. La ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblai constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des États. Le dauphin réuni alors les États généraux à Compiègne. Ils décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les États, un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359), par contre ils abandonnent la volonté de contrôler le conseil du dauphin. Jacqueries Les Jacques et leurs alliés parisiens sont surpris par une charge de chevalerie à bout portant alors qu’ils donnent l’assaut à la forteresse du Marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin.
Le 28 mai 1358, les paysans de Saint-Leu-d’Esserent, près de Creil dans l’Oise excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellent. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du dauphin. 5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes du Comté de Flandre . L’alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s’emparent du château d’Ermenonville. Le 9 juin, les hommes du prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly. Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis le 10 juin. Écarté du pouvoir par Étienne Marcel qui a trop vite cru contrôler le régent après l’assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au Prévot de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d’en devenir le chef. D’autre part, les marchands pourraient voir d’un bon œil que l’on sécurise les axes commerciaux. Il prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare par ruse de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s’en suit est très dure : quiconque est convaincu d’avoir été de la compagnie des jacques est pendu sans jugement. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres. Le siège de Paris et la mort d’Étienne MarcelUne fois la jacquerie écrasée, Charles de Navarre, rentre à Paris le 14 juin 1358. Il pense avoir rallié à lui la noblesse, mais une grande partie des seigneurs qui était à ses côtés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche et reste derrière le régent qui a su gagner leur confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint-Denis. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et assiègent Paris avec le dauphin à partir du 29 juin. Ce dernier se voit encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaire. Ces troupes remportent quelques escarmouches contre les troupes d’Étienne Marcel ou du Navarrais. Le dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation change. Mais les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens. Le 21 juillet, à la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue 34 archers anglais sont massacrés. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon. Le lendemain, Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la population place de Grève pour calmer les esprits, mais les évènements leur échappent et la foule réclame de les débarrasser des Anglais. Pour maîtriser la foule (8 000 piétons et 1 600 cavaliers en arme), ils la conduisent par groupes distincts vers les mercenaires en embuscade ; ceux-ci taillent les Parisiens en pièces : 600 à 700 meurent dans ces affrontements. Les Parisiens suspectent Charles de Navarre d’avoir prévenu les mercenaires de leur arrivée (il les a quittés avant le combat). Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la population, les Parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frère Philippe et des renforts anglais. Mais la nouvelle du massacre des Parisiens fait vite le tour de la ville et Étienne Marcel est hué à son retour à Paris. La rumeur enfle rapidement : on dit que Philippe de Navarre. L’échevin Jean Maillart, aidé de Jehan Pastoret, président du Parlement de Paris, et du gentilhomme et chevalier Pépin des Essart, convainquent les bourgeois de demander l’aide du régent. Le 31 juillet 1358, à l’aube, Étienne Marcel en compagnie du trésorier de Charles de Navarre essaye de se faire remettre les clefs de la porte de Saint-Denis mais se heurte au refus de Jean Maillard. N’insistant pas il tente sa chance à la porte Saint-Antoine, mais Jean Maillart a sonné l’alerte et rameute le maximum de monde : Étienne Marcel surpris est sommé de crier « Montjoie au roi et au Duc. ». Après hésitation il s’écrie « Montjoie au roi. ». Il est apostrophé, la foule gronde. Son sort est déjà scellé : au signal convenu (« Qu’est ce que ceci ? »), il est massacré avec ses suivants.
La France pendant la guerre Le dauphin qui ne croit plus en une reddition est en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apprend les nouvelles en provenance de Paris. Il entre dans Paris le 2 août triomphalement, il a les mains propres. Pardonnant aux Parisiens (il n’y a que très peu de répression, seules quinze personnes sont exécutées pour trahison), il veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés. Par exemple, la riche veuve de l’échevin Charles Toussac exécuté le 2 août est mariée avec Pierre de Dormans : Le roi récompense Jean de Dormans (un de ses fidèles) en plaçant son frère et il ne spolie pas de son héritage la veuve de son opposant. Les conséquences de l’échec d’Étienne MarcelLa prévôté de ParisLa prévôté d’Étienne Marcel marque l’apogée du rôle politique de cette charge : Après l’échec d’Étienne Marcel, les pouvoirs de la prévôté de Paris sont réduits. En 1382, des émeutes antifiscales éclatent en France où les impôts persistent malgré le retour de la paix. Les artisans rouennais se révoltent lors des Harelles. Une émeute similaire a lieu le 1er mars 1382 à Paris la foule prend possession de 2 000 à 3 000 maillets (d’où le nom révolte des maillotins) entreposés à l’hôtel de ville en prévision d’une attaque. Ils libèrent ensuite Hugues Aubriot qui fut prévôt sous Charles V, mais celui-ci refuse de prendre la tête du mouvement. Sans chef la révolte tourne court et est vite réprimée, alors que dirigée par un personnage de la trempe d’Étienne Marcel elle aurait facilement pu se propager à toutes villes du royaume. En 1383, à la suite de la révolte avortée des Maillotins, la prévôté des marchands est confondue avec la prévôté de Paris (c’est donc un officier nommé par le roi qui dirige la capitale) et les juridictions des métiers dissoutes.
Charles V le Sage En 1413, les Parisiens tentent une nouvelle fois d’instaurer un régime de monarchie contrôlée : les cabochiens, soutenus par Jean sans Peur et l’université de Paris imposent à Charles V I'ordonnance cabochienne, qui reprend les principes de la Grande ordonnance de 1357. Mais les exactions des cabochiens désolidarisent les parisiens et cette révolte est sévèrement réprimée par les Armagnacs. Sa durée d’application est tout aussi courte que celle de la Grande ordonnance de 1357. Partiellement reconstituée en 1409, la prévôté reste dès lors subordonnée au Roi. Les prévôts sont de plus recrutés parmi les officiers royaux (gens de justice ou de finance), jusqu’à la suppression de la fonction par la Révolution française. Le pouvoir central reste toujours méfiant face au risque de reconstitution d’un pouvoir parisien fort. L’évolution de la monarchieCharles V est profondément marqué par les révoltes parisiennes de 1358 où il fut menacé physiquement durant la journée du 22 février : il fait ériger la Bastille sur ses fonds propres. Cette forteresse a deux fonctions : elle prévient toute invasion par la porte Saint-Antoine, protégeant aussi l’hôtel Saint-Pol, séjour préféré de la famille royale ; et, en cas d’insurrection dans la capitale, elle couvre la route qui mène au château de Vincennes qui lui sert de résidence hors de Paris. De manière plus générale la révolte parisienne, la jacquerie ou plus tard la révolte des paysans anglais de 1390 représentent une menace pour l’ordre social féodal. La formation en masse d’archers ou d’arbalétriers dans la population et de garnisons pour défendre les villes contre les chevauchées anglaises, donnent un poids militaire à d’autres classes sociales que la seule noblesse. C’est pour cette raison qu’en France, sous Charles VI, cette dernière demande et obtient la suppression des archers formés après décision de Charles V[91], ce qui vaut aux Français d’être à nouveau surclassés par les archers anglaisbataille d’Azincourt. La mort brutale d’Étienne Marcel met aussi fin à la tentative de mise en place d’une monarchie contrôlée en France au XIVe siècle. Constatant l’échec de cette tentative qu’il a soutenu au départ, Charles V opte pour un régime monarchique, basé sur l’État de droit (la justice étant l’un des piliers du prestige royal depuis Saint Louis), la décentralisation (via la politique des apanages) et la garantie par l’État de la sécurité physique (par l’instauration d’une armée permanente) et monétaire (par la création du franc). Il finance cette politique qui restaure l’autorité royale par l’instauration d’impôts permanents. Le commerce en France ne pouvant se faire sans la sécurisation des axes commerciaux terrestres, la bourgeoisie finit par accepter un État fort financé par une fiscalité lourde qui évolue progressivement vers l’absolutisme du XVIIe siècle.
1337 à 1380
La guerre de Cent Ans (début)
Le 1er février 1328, le roi de France Charles IV le Bel, troisième et dernier fils de Philippe le Bel, meurt sans postérité mâle comme ses frères aînés mais laisse une femme enceinte. Le jour même, les Grands du royaume attribuent la régence au comte Philippe de Valois, dont le père, Charles, était le frère cadet de Philippe le Bel. Lorsqu'arrive le jour de l'accouchement, c'est une fille qui naît. La coutume excluant les femmes de la succession au trône, Philippe de Valois est désigné roi sous le nom de Philippe VI, au détriment d'autres prétendants dont le roi d'Angleterre Édouard III. Dix ans plus tard, à la faveur d'une obscure querelle, le roi Édouard III revendique le trône de France. Il va s'ensuivre un conflit à multiples rebondissements entre les rois de France et d'Angleterre, entrecoupé de longues trêves...
Soldats anglais de l'époque Beaucoup plus tard, au XIXe siècle, les historiens français conviendront de désigner cette longue période sous le nom de guerre de Cent Ans. De désastre en désastre
Le roi d'Angleterre, bien qu'avec des ressources moindres, a d'abord l'avantage sur son cousin et rival, Philippe VI. La flotte française est détruite dans le port flamand de l'Écluse, en aval de Bruges, le 24 juin 1340. Le roi et ses troupes débarquent enfin en Normandie. Les Anglais ne cherchent pas d'affrontement frontal mais souhaitent seulement piller les campagnes à travers quelques meurtrières «chevauchées». Mais l'ost (armée féodale) de Philippe VI se porte au-devant d'eux et leur impose le combat. Contre toute attente, celui-ci se solde par une première victoire de l'infanterie anglaise sur la chevalerie française, le 26 août 1346, à Crécy, près de la Somme. Les Anglais s'emparent là-dessus de Calais. Fort de ses premiers succès, le roi Édouard III consent à signer une trêve d'un an avec Philippe VI de Valois. Celle-ci est prolongée de quelques années du fait de la Grande Peste. Le terrible virus s'est installé en Europe à la faveur de l'accostage d'une nef en provenance d'Asie dans les ports de Marseille et de Gênes en 1347. Il va frapper en quelques mois la plupart des régions d'Europe et tuer jusqu'à 40% de la population de certaines d'entre elles. Moins de dix ans plus tard, profitant d'un conflit entre le nouveau roi de France Jean II le Bon et son gendre, le roi de Navarre, Édouard III rompt pour de bon la trêve. Parti de Bordeaux, le fils du roi anglais, surnommé le Prince noir, lance une grande chevauchée vers la Loire, en vue de piller quelque peu les paysans et les bourgeois. Le roi Jean II le Bon se porte à sa rencontre avec son armée de chevaliers. Bien que plus nombreuse, celle-ci est écrasée à Poitiers et le roi de France est même capturé.
La bataille de Poitiers (1356). Jean II le Bon est fait prisonnier par les Anglais
La France dépecée Le désastre de Poitiers survient peu après celui de Crécy et plonge le royaume capétien dans l'une des plus graves crises de son histoire. Les paysans, oppressés de taxes, se retournent contre les seigneurs, qui se sont montrés indignes à la bataille, tandis que les bourgeois de Paris et des villes du nord envisagent de soumettre la monarchie à leurs volontés. Les états généraux de langue d'oïl (autrement dit les représentants des Français du nord) se réunissent sans attendre et décident de libérer Charles II le Mauvais, roi de Navarre, cousin et beau-frère du roi captif, que ce dernier avait incarcéré pour le punir de ses manigances. Les bourgeois attendent du Navarrais qu'il les protège dans la défaite. Charles le Mauvais veut mettre à profit la captivité du roi pour prendre sa revanche sur la décision de 1328 qui avait écarté sa lignée de la couronne au profit des Valois. Il négocie avec les Anglais la cession à son profit de quelques provinces comme la Normandie. Il met fin par ailleurs à la Jacquerie paysanne et entre dans une alliance contre nature avec le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel. Mais le 31 juillet 1358, comme le prévôt s'apprête à donner les clés de la ville à Charles le Mauvais devant la porte Saint-Antoine, Jean Maillart, un échevin fidèle à la royauté, le fait mettre à mort ainsi que ses comparses. Le traité de Brétigny
L'héritier de la couronne, le dauphin Charles, qui a surpris tout le monde par sa force de caractère, peut rentrer en triomphe dans sa capitale le 2 août 1358 (quelques années plus tard, devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, il n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens). De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner révolution et séditions, la monarchie et l'État vont paradoxalement sortir renforcés. Le régent convoque à nouveau les états généraux et ceux-ci dénoncent les accords signés par Jean II avec Édouard III, qui abandonnent à l'Angleterre toutes les anciennes possessions des Plantagenêt, de la Normandie à l'Aquitaine (ou Guyenne) en passant par le Limousin, le Quercy, l'Anjou,... Édouard III débarque à Calais et tente en vain d'entrer à Reims pour s'y faire sacrer roi de France. Sur le chemin du retour, craignant que sa chevauchée ne s'achève sur un désastre, il signe enfin des préliminaires de paix à Brétigny, près de Chartres, le 8 mai 1360. Ils seront ratifiés à Calais le 24 octobre 1360. Le traité se solde par des amputations importantes du territoire national. L'Angleterre reçoit l'Aquitaine et, au nord, Calais, le Ponthieu et le comté de Guînes. Le domaine capétien est ramené à ce qu'il était au début du règne de Philippe Auguste, 150 ans auparavant. Le roi d'Angleterre promet de renoncer à la couronne de France. Le roi Jean II le Bon, encore emprisonné à Londres, renonce quant à lui à l'Aquitaine et, après avoir versé une lourde rançon, rejoint son pays. Vers le redressement
Le Dauphin (ainsi appelle-t-on désormais l'héritier du trône), futur Charles V le Sage, régent du royaume de France en l'absence de son imbécile de père, doit lutter contre les Anglais mais aussi contre son beau-frère, le roi de Navarre, et contre ses frères qui ont bénéficié de vastes apanages de la part de leur père et désirent s'émanciper de la couronne tout en abaissant celle-ci. Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi et ses héritiers, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, constituent la plus grave menace pour la monarchie des Valois. Après la mort de Jean II, en 1364, il faut toute l'habileté de Charles V le Sage et la hardiesse de Bertrand Du Guesclin, son futur connétable, pour peu à peu restaurer le royaume dans son intégrité. Renonçant aux batailles frontales, ils placent de solides garnisons dans les villes et les bourgs et harcèlent autant que faire se peut les troupes anglaises. L'occupant s'épuise dans des sièges interminables et ne trouve nul endroit où se ravitailler. Ses «chevauchées» en territoire ennemi se soldent par des pertes très lourdes. En 1373, une armée commandée par le duc de Lancastre, frère du Prince Noir, traverse la France en ravageant les campagnes mais rentre à Bordeaux avec le tiers seulement de son effectif ! Pendant ce temps, les Français, usant de l'artillerie (une nouveauté !), procèdent méthodiquement au siège des places fortes tenues par les Anglais. Ceux-ci refluent lentement jusqu'à être chassé presque complètement de France. En 1380, la disparition successive de Du Guesclin et Charles V laissent la France dans un état relativement serein et le conflit entre les monarchies anglaise et française pourrait s'arrêter là. Mais c'est une autre histoire...
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Le journal de Paris
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1307
Un funeste vendredi 13...
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Nous sommes le vendredi 13 octobre 1307 (tiens, tiens...) Revenons quelques décennies en arrière: l'ordre du Temple est né en Terre sainte, en 1119, après la première croisade, à l'initiative du chevalier champenois Hugues de Payns qui voulait protéger les pèlerins se rendant à Jérusalem. Il a été officialisé par le concile de Troyes, neuf ans plus tard, à l'initiative de Saint Bernard de Clairvaux. Le prestige des moines-chevaliers au manteau blanc frappé d'une croix rouge est immense pendant les deux siècles que durent les croisades... malgré la trahison ignominieuse du grand maître Gérard de Ridefort à la bataille de Hattîn, en 1187. Mais après l'échec de la huitième et dernière croisade, qui s'achève par la mort tragique du roi Saint Louis devant Tunis en 1270, les dernières possessions franques de Terre Sainte tombent définitivement entre les mains des musulmans : ceux-ci s'emparent de Saint-Jean-d'Acre le 28 mai 1291 malgré la résistance héroïque des Templiers autour du grand maître Guillaume de Beaujeu. Au début du XIIIe siècle, l'ordre du Temple, chassé de Palestine, n'en dispose pas moins encore d'une force militaire impressionnante de quinze mille hommes, bien plus que n'aurait pu en lever n'importe quel roi de la chrétienté. Mais, de soldats, les Templiers se sont reconvertis en usuriers et ont complètement perdu de vue la reconquête des Lieux Saints ! C'est que de considérables donations ont rendu l'ordre immensément riche et l'ont transformé en l'une des principales institutions financières occidentales... et la seule qui soit sûre. Il gère ainsi, en véritable banquier, les biens de l'Église et ceux des rois d'Occident (Philippe le Bel, Jean sans Terre, Henri III, Jaime Ier d'Aragon,...)
Relancer la croisade
Suivant une idée déjà ancienne, évoquée par Saint Louis et les papes Grégoire X, Nicolas IV et Boniface VIII, Philippe le Bel souhaite la fusion de l'ordre du Temple avec celui, concurrent, des Hospitaliers, afin de constituer une force suffisante pour préparer une nouvelle croisade à laquelle le roi de France et le pape sont très attachés.
Guillaume de Nogaret Durant l'été 1306, Jacques de Molay donne à Clément V son opinion sur le projet de fusion. Le pape en reste pantois. L'argumentaire du grand maître n'a qu'un seul but, non avoué : garder une place qui risque de lui échapper. Guillaume de Villaret, le grand maître des Hospitaliers, n'a pas présenté son point de vue car il n'a pu se rendre à la convocation. Le drame
Tous les Templiers de France sont donc arrêtés par les sénéchaux et les baillis du royaume au terme d'une opération de police conduite dans le secret absolu par Guillaume de Nogaret. Ils sont interrogés sous la torture par les commissaires royaux avant d'être remis aux inquisiteurs dominicains. Parmi les 140 Templiers de Paris, 54 sont brûlés après avoir avoué pratiquer la sodomie ou commis des crimes extravagants comme de cracher sur la croix ou de pratiquer des «baisers impudiques». L'opinion publique et le roi lui-même y voient la confirmation de leurs terribles soupçons sur l'impiété des Templiers et leur connivence avec les forces du Mal. Le roi obtient du pape Clément V la suppression de l'ordre, au concile de Vienne, en 1312. Elle est officialisée le 3 avril 1312 par la bulle «Vox in excelso», bien qu'il soit tout à fait exceptionnel qu'un ordre religieux soit purement et simplement dissous. Le 3 mai 1312, le pape affecte le trésor des Templiers à l'ordre concurrent des Hospitaliers, à l'exception de la part ibérique qui revient aux ordres militaires locaux. Le roi de France et ses conseillers plaident en faveur de cette solution respectueuse de la volonté des nombreux bienfaiteurs du Temple. En 1313, sur la base de documents comptables, l'ordre de l'Hôpital restitue 200.000 livres au trésor royal pour solde de tout compte. Le successeur de Philippe, Louis X, réclamera toutefois un supplément, estimant que son père a été floué. L'affaire est close en 1317, quand le nouveau roi Philippe V reçoit 50.000 livres supplémentaires. Avec l'affaire du Temple, la monarchie capétienne montre qu'elle entend suivre son intérêt politique et ne plus se comporter en vassale de l'Église. Au terme d'un procès inique, le grand maître des Templiers, Jacques de Molay, est lui-même brûlé vif à la pointe de l'île de la Cité le 19 mars 1314. Une plaque rappelle le triste sort de cet homme sans envergure qui ne sut pas réformer son ordre quand il en était temps et le laissa disparaître sans réagir.
Une légende reprise par Maurice Druon dans son célèbre roman-fleuve Les rois maudits veut qu'à l'instant de succomber dans les flammes, Jacques de Molay ait lancé une malédiction à l'adresse du roi et du pape, les invitant à le rejoindre dans la mort avant la fin de l'année. Or, c'est pourtant ainsi que les choses vont se passer ! Jacques de Molay, le dernier grand maître de l'Ordre, proclame sur son bûcher : Quoi qu'il en soit, le pape Clément V mourut de maladie un mois plus tard, le 20 avril 1314 à l'âge de 49 ans, et le roi Philippe le Bel périt victime d'un accident de chasse la même année, le 29 novembre, à Fontainebleau, à l'âge de 46 ans; ses trois fils mourront dans les 12 années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs. Au bout de 7 ans d'emprisonnement (dont une partie dans le Château de Chinon), Jacques de Molay accompagné d'autres dignitaires de l'ordre sont conduits le 18 mars 1314 devant la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour entendre le verdict du procès : la sentence des juges est la prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, haranguent la foule en disant que leurs aveux ont été volés, que les Templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination : les deux hommes sont alors condamnés au bûcher.
Jacques de Molay
Des conséquences imprévisibles
Enfin, cet après midi là, les maîtres de fraternité présents comprirent que les prochains à passer sur les bûchers, ce seraient eux.
Philippe le Bel, un grand réformateur La gestion des financesLes manipulations monétairesLes guerres et la diplomatie royale coûtant cher, les questions de finances constituent l'un des principaux aspects du règne de Philippe le Bel. Au début du règne de Philippe le Bel circulent des deniers, des gros et des livres ; il faut douze deniers pour faire un sou, matérialisé depuis le règne de Louis IX par le gros d'argent, et vingt sous font une livre ; en diminuant la quantité d'argent dans le denier, il est donc possible de diminuer la valeur de celui-ci par rapport au sou. En 1295, la monnaie royale émet des deniers de moindre aloi, ce qui fait passer la valeur du gros à quinze deniers. De même, un double, valant officiellement deux deniers, ne contient en réalité qu'une fois et demie la valeur de celui-ci en argent. Ainsi, très rapidement,la valeur officielle des monnaies s'éloigne de leur valeur réelle , comptée en argent réellement présent dans les pièces, ce qui entraîne une spéculation de la part des changeurs professionnels, et l'incompréhension sinon l'hostilité de la population. Le roi cherche à contrôler les changeurs, les obligeant à livrer l'argent métal aux ateliers royaux, et, à Paris, il impose leur regroupement sur le Grand Pont. Philippe le Bel décide en outre de passer au bimétallisme en introduisant, en 1290, un « royal » d'or pur, valant dix sous, ce qui établit le rapport de l'or à l'argent de un à douze – ce rapport monte pratiquement à vingt en 1311, avant de redescendre aux alentours de quinze, tandis qu'il est moindre (de l'ordre de un à treize) dans les riches cités italiennes, bien alimentées en or par leurs marchands. Ce rapport ne peut être fixe, évoluant en fonction des besoins de numéraires des marchands notamment, et de la rareté de l'un ou l'autre métal. Dans tous les cas, il faut empêcher la spéculation avec l'étranger et contrôler l'argent emporté par les marchands. Enfin, le roi modifie l'aloi de ses pièces d'or, en introduisant une masse d'or à vingt et un carats en 1290, titre ramené à vingt-deux carats en 1310. L'ensemble de ces manipulations monétaires aboutissent à une dévaluation de fait de la valeur des petites pièces d'argent de moitié entre 1295 et les années 1310. La réforme de la fiscalitéLes difficultés rencontrées au cours de son règne amènent également Philippe le Bel à apporter de profondes modifications au système fiscal. Dans les années qui suivent le désastre de Courtrai, le roi décide d'imposer directement ses sujets – qui auparavant devaient leurs impôts à leur seigneur – et d'exempter de l'impôt tous les non-nobles qui s'engagent à servir dans l'armée. Le roi a l'habileté d'augmenter le seuil de non-imposition, ce qui lui procure très rapidement une augmentation du Trésor. Le recours aux expédientsToujours dans l'idée de renflouer les caisses royales, Philippe le Bel use souvent d'expédients. Le clergé est le premier visé par les mesures exceptionnelles (l'affaire de la décime a été l'une des causes du conflit du roi avec Boniface VIII). En 1303, le clergé doit débourser 30 % de son revenu brut. On peut estimer que, tout au long du règne, le clergécontribue pour plus de moitié aux finances royales. Le roi impose les exportations, mais le rapport qu'il en retire est faible. Il espère obtenir davantage de la Flandre après le traité d'Athis, mais celle-ci ne peut payer. En 1306, il fait expulser les juifs, auparavant redevables d'une taxe imposant le port de la rouelle rouge cousue sur leur vêtement. La plupart des juifs (cent mille environ) s'expatrient, tandis que certains se convertissent, mais le rapport pour les finances du royaume s'étale sur plusieurs années, le temps de recouvrer leurs créances. Les banquiers et marchands lombards, à leur tour, sont victimes de l'expulsion entre 1309 et 1311 – soit après la mort des frères Biche et Mouche. Enfin, la saisie des biens des Templiers rapporte fort peu puisque les biens de l'ordre sont dévolus à l'Hôpital ; les finances royales ne perçoivent que 200 000 livres pour solder les comptes. Une fin de règne difficileLes derniers mois du règne de Philippe le Bel sont marqués par le scandale des trois brus du roi. Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis de Navarre (futur Louis X), et Blanche d'Artois (ou de Bourgogne), épouse de Charles (futur Charles IV) deviennent les amantes de Gautier d'Aunay et de son frère Philippe au début des années 1310 ; pour sa part, la troisième bru, Jeanne d'Artois, sœur de Blanche et femme de Philippe (futur Philippe V), reste fidèle à son époux mais, au courant de l'affaire, préserve le secret de ses deux belles-sœurs. En mai 1314, ces liaisons sont rendues publiques par Isabelle de France, la fille de Philippe le Bel. Le crime est de lèse-majesté, et le châtiment des frères d'Aunay est exemplaire (ils sont écorchés vifs, châtrés et pendus) ; Marguerite et Blanche sont tondues et enfermées à Château-Gaillard ; Jeanne est également emprisonnée pour avoir gardé le secret. Ainsi, à la veille de la mort du roi, ses trois fils se retrouvent sans épouses ni descendance masculine. Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314, des conséquences d'une chute de cheval. Il est inhumé le 3 décembre à Saint-Denis, son cœur étant donné aux dominicaines de Poissy. Bien que Philippe le Bel ait eu trois fils, la dynastie capétienne se trouve, dans les années 1320, face à la plus importante crise de son histoire, qui fait passer la couronne de la lignée des Capétiens directs à celle des Valois. |
Et la malédiction, alors ? Pape Clément ! Chevalier Guillaume ! Roi Philippe ! avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races." Telle est la malédiction proférée par Jacques de Molay à l'encontre de la dynastie des Capétiens et de ceux qui l'avaient condamné à mort, lui et ses compagnons.
Le pape Clément V mourut dans la nuit du 19 au 20 avril 1314. Philippe le Bel, suite à une chute de son cheval en chassant, mourut le 29 novembre 1314 d'apoplexie. Nogaret mourut en avril de maladie. Successivement, toutes les générations de Capétiens furent touchées par la malédiction, jusquà la treizième. La treizième génération, c'était celle d'un certain...Louis XVI. Le jour de son exécution, le 21 janvier 1793, une voix s'éleva dans la foule : "Jacques de Molay, tu es vengé !" Sans commentaires...
Qui était Philippe le Bel ?
Petit-fils de Louis IX (Saint Louis), deuxième fils de l'héritier du trône (le futur Philippe III le Hardi) et d'Isabelle d'Aragon, Philippe naît en 1268 à Fontainebleau. Son père devient roi de France deux ans plus tard. Le jeune prince devient à son tour l'héritier légitime de la couronne à la mort de son frère aîné, Louis, en 1276. Un augustin italien, Gilles de Rome, est chargé de son éducation ; à cette fin, il compose un traité (Du gouvernement des princes), qui exalte la prudence du souverain et l'exhorte à s'entourer de conseillers compétents.
Philippe le Bel En 1284, le prince Philippe épouse Jeanne de Navarre, ce qui lui offre la couronne de Navarre. L'année suivante, il devient roi de France à la mort de son père. Fervent croyant, Philippe IV est également un grand amateur de chasse ; ce qui tient alors lieu de cour se déplace ainsi entre Vincennes, Fontainebleau et partout où la chasse appelle le souverain, tandis que Paris est la résidence hivernale du roi.
À l'époque de Philippe le Bel, le royaume compte au moins quinze millions de sujets, ce qui en fait de loin le royaume le plus peuplé d'Europe.
Paris sous Philippe le Bel Paris, avec 200 000 habitants, est la plus grande ville d'Europe (Londres n'en compte alors pas le quart). Peuplé, le royaume est également riche : les famines des siècles précédents sont oubliées, même si la situation agricole du royaume est parfois tendue, dans les régions céréalières du Nord notamment, du fait de printemps froids et humides. La gestion des affaires intérieuresLe Conseil du roi et les légistesLe règne de Philippe le Bel marque une importante étape dans le passage de la monarchie féodale fondée sur les seuls rapports vassaliques à une monarchie territoriale et administrative, employant notaires et secrétaires dont le rôle s'accroît. En son Conseil, le roi s'exprime peu, et laisse ses conseillers, les légistes, exposer la politique royale. Parmi les plus célèbres légistes figurent Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Guillaume de Plaisians, Gilles Aycelin (évêque de Narbonne) et Philippe de Villepreux (un juif converti), sans oublier le conseiller des dernières années du règne, Enguerrand de Marigny. Le roi s'entoure en outre des conseils de deux banquiers toscans, les frères Albizzo et Musciatto Guidi dei Franzesi – plus connus sous leurs noms francisés de Biche et Mouche –, dont la famille s'est installée en France durant le règne de son père Philippe III. ![]() Enguerrand de Marigny
Le roi réunit souvent des assemblées des barons et des représentants des principales villes du royaume, lorsqu'il a besoin de l'accord de tous. Inspirées de l'exemple des institutions méridionales, ces assemblées (préfiguration des états généraux) ne donnent cependant lieu ni à des négociations, ni à un vote ; l'accord de tous est implicite ; enfin, le roi les convoque quand il le veut et les compose à sa guise. L'accroissement du domaine royal et la soumission des fiefsPar son mariage avec Jeanne de Navarre, Philippe le Bel prépare l'annexion de la Champagne (les maisons de Champagne et de Navarre étant unies depuis 1195). Sous son règne, Lyon et la partie du Barrois située à l'ouest de la Meuse – appelé le Barrois mouvant car dépendant (« mouvant ») du Capétien – sont rattachées à la France, ainsi que le comté de Bourgogne (la Franche-Comté actuelle) qui est cédé au Capétien par le comte Otton IV lors du traité de Vincennes (mars 1295). Philippe le Bel réduit la marge d'autonomie des fiefs en les soumettant aux contrôles de la justice royale et en passant outre les prérogatives des barons. C'est en ce sens qu'après 1302 (et le désastre de la bataille de Courtrai), il impose un recours direct à ses arrière-vassaux (les vassaux de ses vassaux). D'une façon générale, Philippe le Bel cherche à imposer ses décisions, y compris en convoquant des assemblées du royaume pour s'assurer du soutien de ses sujets sans passer par l'intermédiaire de ses barons. Cette conception du pouvoir préfigure la monarchie telle qu'elle succédera au système féodal. La question de la GuyennePhilippe le Bel convoite les territoires anglais de Guyenne. Vassal du roi de France pour la Guyenne, le roi Édouard Ier d'Angleterre n'a rendu hommage à son suzerain qu'à contrecœur lors de son accession au trône. Aussi, Philippe le Bel profite-t-il d'escarmouches entre marins normands (relevant du Capétien) et bayonnais (relevant du Plantagenêt) pour citer à comparaître Édouard, le 27 octobre 1293. Comme le duc-roi ne se présente pas devant son suzerain le jour de la convocation, la confiscation de la Guyenne est prononcée le 19 mai 1293. Cependant, l'exécution de la sentence implique la conquête du duché. Les opérations militaires sont d'abord favorables aux Anglais. Mais, en 1295, les armées du Capétien, sous le commandement de Charles de Valois (frère du roi) occupent le duché. Édouard Ier demande une trêve en janvier 1296, tandis que le pape rend son arbitrage. Le roi d'Angleterre conserve la Guyenne – même si la question de l'hommage n'est pas résolue –, et une alliance entre la France et l'Angleterre est scellée par le mariage de Marguerite (sœur de Philippe le Bel) avec Édouard Ier, et la promesse de celui d'Isabelle de France (fille du Capétien) avec le futur Édouard II. En 1303, par le traité de Paris, Philippe le Bel rend à l'Angleterre l'ensemble des territoires de Guyenne. Les affaires de FlandreLa politique flamande de Philippe le Bel le conduit à rechercher l'appui des grands marchands, lesquels sont hostiles au pouvoir comtal trop prompt à s'immiscer dans leurs affaires, tandis que le comte, Guy de Dampierre, recherche le soutien du peuple des artisans. En 1297, le comte de Flandre, espérant l'alliance du roi d'Angleterre et celle de l'empereur germanique, Adolphe de Nassau, se déclare délié de ses liens de vassalité avec le roi de France. Les Français entrent aussitôt en guerre et prennent la plupart des villes flamandes. En 1300, Guy de Dampierre et ses fils sont pris par les Français et exilés dans l'intérieur du royaume. En mai-juin 1301, Philippe le Bel, accompagné de la reine, visite les villes flamandes et nomme Jacques de Châtillon gouverneur du comté. Les Brugeois se révoltent contre l'autorité de ce dernier, et massacrent une partie de la garnison occupant la ville (les « Mâtines de Bruges », 18 mai 1302). Afin de punir les rebelles flamands, Philippe le Bel envoie une armée, qui subit une défaite écrasante à la bataille de Courtrai, le 11 juillet suivant ; au terme de la bataille, les Flamands s'emparent des éperons dorés des dépouilles (d'où le nom de « bataille des Éperons d'or ») des nombreux chevaliers morts au combat, parmi lesquels figurent le chancelier Pierre Flote, Jacques de Châtillon et Robert d'Artois.
La bataille de Courtrai
Le désastre de Courtrai affaiblit considérablement la position de Philippe le Bel, à un moment où le conflit avec la papauté atteint son point culminant ; la défaite est cependant vengée par les victoires de Zierikzee et de Mons-en-Pévèle (18 août 1304) – au cours de cette dernière bataille, Philippe le Bel combat en personne –, et la Flandre est occupée. Par le traité d'Athis (1305), le comté de Flandre est soumis à des conditions draconiennes : destruction des enceintes fortifiées de Bruges, Gand, Ypres, Lille et Douai, ces deux dernières villes étant restituées à la Flandre ; indemnité de guerre de 400 000 livres ; obligation faite aux Brugeois d'envoyer trois mille d'entre eux en pèlerinage ; rente de 20 000 livres versée au roi de France par la famille de Dampierre. Les affaires de Flandre ne sont cependant pas réglées car les villes ne parviennent pas à payer l'indemnité. Par le traité de Pontoise (11 juillet 1312), le comte de Flandre cède à la couronne Lille, Douai et Béthune, en échange de Cassel. Durant l'été 1314, le légiste Enguerrand de Marigny – qui a succédé à Guillaume de Nogaret, mort quelques mois plus tôt – veut faire payer les bourgeois des villes de Flandre ; ce retournement de la politique royale a pour effet de dresser contre Philippe le Bel à la fois le comte et les habitants de Flandre. Un nouveau conflit armé est sur le point de s'engager lorsque, le 3 septembre, par la convention de Marquette, une nouvelle trêve est proclamée. Mécontentant les barons, Marigny est alors accusé d'avoir sacrifié les intérêts du royaume à des entreprises commerciales. Les affaires religieusesLe conflit avec le pape Boniface VIIIPhilippe le Bel entreprend de contrôler davantage le clergé français, aux dépens du pouvoir du pape. Le roi estime qu'évêques et abbés lui doivent hommage et ne doivent en aucun cas agir contre les intérêts du royaume ; de plus, en prévision d'une éventuelle croisade, le roi souhaite recevoir une aide financière substantielle du clergé de France. La définition de la place exacte du clergé français par rapport au roi et à Rome est ainsi au centre des affaires religieuses du règne. Les relations de Philippe le Bel avec la papauté s'enveniment notablement avec l'élection du pape Boniface VIII. Ce dernier, qui a succédé à Célestin V en décembre 1294 (à la suite de la renonciation de ce dernier), engage les hostilités à propos des contributions financières du clergé français (affaire de la décime, 1296-1297). La victoire du Capétien sur cette question amène Boniface VIII à calmer les tensions en canonisant le grand-père de Philippe le Bel, Louis IX (Saint Louis), en 1297. Le conflit est ravivé en 1301 par l'affaire de l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset. L'évêque, qui a entamé une campagne de dénonciation des abus royaux et cherche à attirer le comte de Foix dans une tentative de sécession, est arrêté par les agents du roi en 1301. L'affaire Saisset devient le point de départ d'une épreuve de force entre Philippe le Bel, qui souhaite pouvoir faire juger des clercs accusés de trahison, et une partie du clergé, hostile à ces empiétements du roi sur leurs prérogatives. L'affaire Saisset se clôt avec la bulle Ausculta fili (5 décembre 1301), adressée à Philippe le Bel, qui affirme la soumission du roi « au chef suprême de l'Église ».
Le Pape Boniface VIII En 1302, Boniface convoque l'Église de France à un concile qui doit se tenir à Rome à la Toussaint, dans le but de « discuter, diriger, statuer, procéder, faire et ordonner ce qui Nous semblera utile […] à la réforme du roi et du royaume, à la correction des abus et au bon gouvernement ». Le pape se pose ainsi en juge du roi et suspend, jusqu'à la tenue du concile, toutes les concessions antérieures, notamment en matière fiscale. En réponse, Philippe le Bel convoque aussitôt une assemblée du royaume, qui se tient le 10 avril 1302 à Notre-Dame de Paris devant un millier de représentants du clergé, des barons et des villes, au cours de laquelle les prétentions pontificales sont réfutées. Le roi réplique qu'aux « déraisonnables entreprises » de Boniface, il faut opposer une réforme de l'Église. C'est au cours de cette assemblée qu'est employé pour la première fois le qualificatif de « gallicane » appliqué à l'Église de France (gallicanisme) ; il s'agit déjà de faire reconnaître par le clergé français le pouvoir du roi sur les affaires temporelles du royaume, et de nier celui du pape dans ce domaine. À la suite de l'assemblée de Notre-Dame, Boniface menace de déposer Philippe le Bel. Le concile se tient à Rome en novembre 1302, tandis que la bulle Unam sanctam consacre le rôle du pape comme chef de la chrétienté. La stratégie royale, sous l'influence de Guillaume de Nogaret, s'attaque désormais à la personne même de Boniface VIII, accusé d'usurpation et d'hérésie. Selon le conseiller du roi, le pouvoir du Capétien ne dépend que de Dieu, ainsi qu'en atteste la cérémonie du sacre à Reims. Le pape doit être suspendu, et un nouveau concile doit être convoqué pour le déposer et élire son successeur. C'est en ce sens que Guillaume de Nogaret se rend en Italie pour notifier au pape sa comparution devant un concile. Pendant deux jours, sous la pression des Français, Boniface est prisonnier en son palais d'Anagni (c'est l'attentat d'Anagni de septembre 1303). Libéré par ses partisans, Boniface VIII meurt quelques semaines plus tard. Son successeur Benoît XI mène une politique favorable au roi de France, mais meurt à son tour en juillet 1304. Le nouveau pape, élu le 5 juin 1305, est un Français, qui règne sous le nom de Clément V. Par la bulle Rex gloriae (1311), il annule tous les actes de Boniface VIII contre Philippe le Bel. |
Les différents ordres de chevalerie
A l’époque... En 1300, première mention de la poudre à canon1304 fresques de Giotto à la chapelle de l'Arena de Padoue
Fresque de Giotto , chapelle de l'Arena à Padoue 1305 le candidat de Philippe le Bel à la papauté, le Français Clément V, s'installe à Avignon. Le pape n'est plus à Rome. 1306 expulsion des juifs de France
L'expulsion des juifs de France en 1306 1309 les Maures sont chassés de Gibraltar 1311 premier portulan (carte marine)
Le premier portulan 1312 rattachement de Lyon au Royaume de France 1315 création des premiers mécanismes d'horlogerie en Europe
Bon à savoir... Ces expressions qui nous viennent du Moyen-Âge
UNE POIRE D'ANGOISSE L'objet était à l'origine une poire de fer que l'on introduisait dans la bouche d'un prisonnier pour l'empêcher de parler. Mais cette sorte de bâillon, qui maintenait très écartées les mâchoires de la victime, était en fait un véritable instrument de torture et les malheureux étaient donc forcés d'obéir s'ils voulaient être délivrés et ne pas mourir de faim. De nos jours, heureusement, les poires d'angoisse ne sont plus utilisées que sous la forme d'image pour désigner de vives contrariétés. LA POMME D'ADAM Adam put résister à la tentation et mordit goulûment dans le fruit de l'Arbre du Bien et du Mal. Un morceau lui en resta en travers du gosier, et l'on peut encore le voir aujourd'hui chez tous ses descendants : c'est la pomme d'Adam, appelée de nos jours saillie du cartilage thyroïde. PRENDRE DES VESSIES POUR DES LANTERNES Quoique de forme voisine, une lanterne et une vessie sont néanmoins des objets fort différents et les confondre est depuis longtemps considéré comme la pire des méprises. (Les vessies dont il est question ici sont des vessies de porc: gonflées d'air, elles pouvaient servir de ballons ou bien, vides, de sacs étanches.) L'expression est ancienne, puisqu'on la trouve dès le XIIIème siècle. Il s'agissait d'un calembour : en ancien français, vessie et lanterne avaient à peu près le même sens figuré : une lanterne était un conte à dormir debout et une vessie une chose creuse, une bagatelle. La sottise de celui qui prend des vessies pour des lanternes n'est donc pas de confondre deux objets très différents, mais d'accepter une ânerie plutôt qu'une autre ! PROMETTRE MONTS ET MERVEILLES Faire des promesses mirifiques. Au cours du temps, on a dit aussi promettre la lune, chiens et oiseaux, plus de beurre que de pain... L'origine de cette expression n'est pas anecdotique. Aucun conquérant n'a jamais promis à ses troupes de merveilleux royaumes au-delà des monts. Comme le fit le général carthaginois Hannibal, qui fit espérer à ses soldats, du haut des Alpes, la possession de Rome. On disait, au Moyen Age, de quelqu'un qui promettait monts et merveilles, qu'il promettait les monts et les vaux (c'est-à-dire les vallées). Dans la suite des temps, par un goût pour la répétition, typique de l'ancien français, l'image a été oubliée et les merveilles ont pris la place des vaux, renforçant ainsi le sens du mot mont, au lieu de le compléter comme précédemment. L'ancien français adorait ces couples de mots, de sonorités voisines et de sens proches. Curieusement, beaucoup nous sont parvenus: bel et bien, sain et sauf, sans foi ni loi, sans feu ni lieu, tout feu tout flamme... PRUD'HOMMES ET PRUDES De nos jours, le prud'homme est membre d'un tribunal constitué de représentants des salariés et des employeurs et chargé de régler les conflits du travail. Le mot avait jadis une signification bien plus large. Un prud'homme était un homme preux, c'est-à-dire plein de valeur. Mais cette valeur n'était pas seulement militaire. Un ermite pieux, un bourgeois honnête et avisé, un vieux et sage chevalier étaient des prud'hommes. Un chevalier courageux mais écervelé ne méritait pas ce titre. DES QUERELLES BYZANTINES Ce sont des discussions animées, et aussi inutiles qu'interminables. On raconte en effet que, lorsque Byzance fut assiégée par le sultan Mehmet II le Conquérant, en 1453, les moines et les érudits de la ville débattaient de points théologiques, alors même qu'on se battait sur les remparts. Un de leurs sujets de discussion préférés a d'ailleurs donné naissance à une autre expression. On dit de personnes qui parlent de problèmes inutiles et insolubles qu'elles discutent du sexe des anges. REVENONS À NOS MOUTONS Expression que l'on utilise lorsqu'on souhaite ramener au vif du sujet une conversation qui s'égare. L'expression est empruntée à la Farce de Maître Pathelin, une comédie du XVème siècle qui connut un très grand succès. RONGER SON FREIN Ronger son mors, comme le fait un cheval impatient que l'on force au repos. L'expression, qui date du XIVème siècle, a sans doute été comprise aussi longtemps que le cheval a joué un rôle important dans la vie quotidienne. Puis, le mot mors ayant supplanté le mot frein dans l'usage courant, on ne perçut plus de l'expression que son sens figuré. Sens qui assimile curieusement l'homme au cheval: ronger son frein, c'est réprimer le dépit que l'on éprouve, contenir avec peine son impatience. LA ROUE DE LA FORTUNE Symbole de la destinée humaine, on représentait en effet la Fortune sous les traits d'une déesse actionnant une roue. Tout en haut de la roue, siègent les rois et les puissants du jour. Tout en bas, les mendiants sont précipités dans le vide. Entre, ceux à qui le destin est favorable s'élèvent peu à peu, tandis que de l'autre côté tombent les malchanceux en disgrâce. Cette image figure très souvent dans les enluminures des manuscrits. Beaucoup de chansons médiévales y font allusion. L'expression " la roue tourne " fait allusion aux vicissitudes de la vie et aux échecs qui suivent parfois les grands succès. C'est d'ailleurs le nom d'une association destinée à venir en aide aux artistes oubliés du public. TAILLABLE ET CORVÉABLE À MERCI Au Moyen Age, la condition des serfs était très dure. Les charges qui pesaient sur eux, quoique variables selon le siècle, la région et le seigneur, étaient le plus souvent lourdes. Parmi elles figuraient la taille, impôt exigé par le seigneur, et les corvées, travaux que les serfs réquisitionnés devaient effectuer gratuitement pour le compte de leur maître. Aujourd'hui, on dit de quelqu'un qu'il est taillable et corvéable à merci si, comme le serf du Moyen Age, il est sans recours bon pour toutes les corvées. TENIR LE HAUT DU PAVÉ Occuper une place de choix dans la société. Jadis, il n'y avait pas de trottoirs et les rues étaient légèrement en pente pour que les eaux sales puissent s'écouler au milieu. Les passants qui marchaient près de ce ruisseau risquaient toujours de se salir ou d'être éclaboussés jusqu'aux mollets. C'est pourquoi on laissait par politesse la meilleure place, le long des maisons, aux personnes de qualité. Le privilège n'était pas négligeable car, jusqu'à la fin du XIXème siècle, toute promenade en ville, surtout par temps de pluie, tournait à l'expédition. TOMBER EN QUENOUILLE Au Moyen Age, les femmes n'étaient pas exclues de la propriété. Elles pouvaient en particulier hériter de biens, mais elles se contentaient le plus souvent de les transmettre à leur époux sans les gérer elles-mêmes. Le suzerain se réservait même jalousement le droit de marier à son gré les héritières de ses vassaux, quand elles étaient orphelines. Il était donc assez rare qu'une femme puisse rester indépendante et s'occuper elle-même des biens dont elle avait hérité et que l'on disait " tombés en quenouille ". La quenouille, qui servait à filer, étant l'instrument féminin par excellence. Et comme les femmes passaient pour être de piètres gestionnaires, " tomber en quenouille " ne tarda pas à signifier " tomber à l'abandon, cesser d'être utilisé ". TRAVAIL DE BÉNÉDICTIN Cette expression, qui désigne un énorme travail intellectuel, fait référence aux gros ouvrages d'érudition écrits par les moines bénédictins de Saint-Maur au... XIXème siècle. On pense immédiatement aux moines du Moyen Age qui ont pendant des siècles, dans l'endroit des monastères appelé " scriptorium ", recopié et enluminé tant de manuscrits. Ils étaient eux aussi bénédictins (on les appelait souvent moines noirs, de la couleur de leur robe) et leur travail a permis aux grandes oeuvres de l'Antiquité de parvenir jusqu'à nous. Travailler au noir Au Moyen Âge, les associations de métier réglementaient le travail en exigeant qu'il ne soit effectué qu'à la lumière du jour. Or, certains maîtres, pour augmenter le rendement de leurs ouvriers, les faisaient travailler à la chandelle, une fois la nuit tombée, ce qui était interdit par les règles. D'où l'expression "travailler au noir" pour signifier travailler de façon illicite. UN VILAIN
A l'origine, habitant une " villa" (une ferme), le vilain est un paysan, que les nobles et les clercs imaginent aussi laid physiquement que moralement, capable de toutes les " vilenies ". En langue française, vilain peut donc se traduire en français moderne par " paysan " aussi bien que par " rustre " ou " ignoble individu ".
La première page des règles de l'Ordre du Temple |
18 mars 1314
| Le drame de l'exécution des dignitaires du Temple le 18 mars 1314 eut deux conséquences que le roi Philippe le bel n'avait certainement pas envisagé. Tout d'abord, le Temple était aussi une immense et tentaculaire organisation bancaire et thalassocratique. Son réel trésor était ses comptoirs et ses agents comptables répartis sur l'ensemble du bassin méditérranéen et dans toutes les villes européennes. Ses lettres de change valaient chèques. Sa marine faisait le lien et maintenait l'ordre. Le désastre fut comparable à la faillite des banques en 1929. La finance européenne se recentralisa en Italie du nord et les comptables du Temple devenus banquiers réactivèrent les réseaux à leur compte personnel. La banque lombarde était née. La Sérénissime République de Venise reprendra, à son profit bien sûr, le flambeau de la domination du commerce et des lignes maritimes en Méditerranée, et pour deux siècles l'orgueil d'un roi fera sombrer la France dans les guerres et la misère. La seconde conséquence catastrophique fut le départ de pratiquement l'ensemble des professionnels formés par le compagnonnage vers des horizons variés : Italie, Portugal, Moyen Orient ... |
![]() Jacques de Molay, … |
![]() ... exécuté le 18 mars 1314, île aux joncs, Paris |
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Le journal de Paris
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1200
Création de la première université
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Le Contexte
Nous sommes en 1200. C'est Philippe II, plus connu sous le nom qui l'a fait passer à la prospérité, Philippe Auguste, qui règne sur le royaume de France depuis maintenant vingt ans.Vingt ans qu'il a consacrés, entre autres, à agrandir le domaine royal, par une lutte sans merci contre ses grands vassaux et les Plantagenêt, dont le célèbre Richard Coeur de Lion. Paris, pour sa part, s'est affirmée tout au long du XIIè siècle, en tant que capitale administrative, religieuse et intellectuelle du royaume.Pierre Abélard voit les élèves affluer de tous les pays de la chrétienté pour écouter ses leçons, et le suivre losqu'il sera exilé de Paris. Mais les écoles, à l'époque, sont essentiellement consacrées à l'étude de la théologie et à la dialectique. C'est le chancelier de Notre-Dame de Paris qui délivre les autorisations d'enseigner. Mais c'est en 1200 que tout commence vraiment. Dès lors, les collèges se multiplient pour accueillir les étudiants; ce sera la Sorbonne en 1257, puis celui de Navarre en 1304. Entretemps, les les institutions universitaires se spécialisent, et les étudiants sont répartis selon leur nation d'origine. L'Université est divisée en quatre facultés: faculté préparatoire des arts, facultés supérieures de théologie, de décret et de médecine, dirigées par un doyen. Ce système est imité dans toute l'Europe septentrionale. Paris va étendre désormais son prestige et sa culture dans toute la chrétienté.
Paris sous Philippe Auguste
Philippe Auguste Né en 1165, mort en 1223, il a régné à partir de 1180.
Il part en croisade en 1190 et revient l'année suivante. Il envahit la Normandie en 1202, puis dans les deux années qui suivent il s'empare aussi de la Touraine, de l'Anjou, du Poitou. Il gagne la bataille de Bouvines en 1214 contre Jean SansTerre qui avait mené une coalition contre lui avec le comte de Flandre, le comte de Bologne et l'empereur Othon de Brunswick. Pendant son règne on constate un grand renforcement du contôle du royaume par la nomination des bailis et sénéchaux. Il épouse d'abord Isabelle de Hainaut, puis après la mort de celle-ci en 1190 , il épouse Ingeburge de Danemark en 1193, mais il la répudie aussitôt et se remarie en 1196 avec Agnès de Méranie. Il est condamné par le pape Innocent III et l'interdit est jeté sur le royaume. Après la mort de sa troisième femme, en 1213, il consent à rappeler Ingeburge.
La France de Philippe Auguste
Paris sous Philippe Auguste
Les maisons du Moyen Age se composaient d'un rez-de-chaussée en pierre de taille, et de poutres de bois, avec une charpente de poteaux de bois dite à colombage.
Boutique médiévale La surface enclose par le mur donne environ une superficie de 250 hectares, mais le calcul du nombre des habitants est plus difficile. Les rues étaient très étroites et enchevêtrées. quelques-unes ne permettaient le passage que d'un seul homme à la fois. Les plus larges étaient la rue Saint-Martin et Grande-Rue Saint Honoré. Une charte de 1222 fixa la largeur d'une de ces rues à un peu moins de 6 mètres pour que deux charrettes puissent se croiser. Apparurent alors des bornes de pierre en bordure de chaussée, afin que les charrettes n'endommagent pas les immeubles. Celles-ci servaient également aux cavaliers pour monter sur leurs chevaux. Philippe Auguste demanda à son prévôt de faire paver les rues principales de blocs de pierre à cause de l'odeur insupportable.
L'enceinte de Philippe Auguste La muraille de Philippe Auguste est plus qu'un rempart : c'est une structure de rêve, qui fait surgir au milieu du Paris d'aujourd'hui les fantômes des guerres moyenâgeuses, les bruits de bataille, la rudesse de temps révolus.
L'enceinte de Philippe Auguste
Elle est là, parmi nous, encore présente à de nombreux endroits pour qui sait la voir. Elle est totalement imbriquée dans notre quotidien et nous la côtoyons souvent sans le savoir.
Enceinte de Philippe Auguste Construite entre 1190 et 1220 sous le règne de Philippe Auguste, cet ouvrage fortifié est le second et dernier (après le mur Gallo Romain qui ceinturait l'île de la Cité) à avoir eu une fonction défensive globale. En effet, les murs ultérieurs étaient soit des ouvrages partiels (muraille de Charles V et Louis XIII) soit des murs "fiscaux" (mur d'octroi de Louis XIV) soit les lignes de fortifications modernes ("fortifs" de Thiers, érigées au milieu du 19e siècle). Le mur de Philippe Auguste, lui, est une "vraie" muraille avec un chemin de ronde, des créneaux, des portes fortifiées, des tours rondes régulièrement espacées. Il faisait tour le tour de la ville de l'époque. Le Paris de 1230 ressemblait un peu au Carcassonne d'aujourd'hui. 2800m sur la rive droite, 2600m sur la rive gauche, 3m d'épaisseur à la base, 9m de hauteur et une tour de 14m de haut tous les 70 m, le rempart était une fortification imposante. Pour le défendre à l'Ouest Philippe Auguste fit ériger sur ses deniers (le mur, lui, était financé par la ville) le Louvre féodal qui devait donner naissance au bâtiment que nous connaissons aujourd'hui. La structure du rempart s'avéra être un élément clé pour sa survie : composé de deux murs épais, solides et soigneusement appareillés, tout l'espace entre ces deux parois est rempli de petites pierres et de mortier que l'on peut assimiler à des quasi-débris. Cette conception "en sandwich" était connue des Parisiens. Quand, au fil des siècles, la muraille fut déclassée, au lieu d'être détruite (un sort commun à bon nombre de monuments de Paris qui terminèrent leur vie en servant de carrières), elle fit office d'assise à des constructions qui s'appuyèrent sur chacune de ses faces, permettant ainsi de notables économies aux entrepreneurs. Ainsi emprisonnée entre deux maisons sur une bonne partie de son parcours, la muraille survécut au fil des siècles. Les nouveaux îlots furent certes détruits quelques siècles plus tard, mais pas tous. Il subsiste ainsi des portions appréciables de la structure dont certaines furent mises à jour très tard. On "découvrit" après la deuxième guerre mondiale une cinquantaine de mètres de murs et deux tours très bien préservés, rue des Jardins St Paul, sur la rive droite. Une autre particularité intéressante de cet ouvrage réside dans le fait qu'il fut construit sur le sol géologique de la ville. Aujourd'hui, près de la Seine, le niveau actuel de circulation est à près de 7 mètres au-dessus du terrain "réel" de l'agglomération. La muraille se retrouve donc enterrée. Rue Mazarine, sur la rive gauche, il faut descendre dans un parc souterrain de stationnement pour l'apercevoir. Un peu plus loin, dans la cour du Commerce St André, c'est une tour intacte qui est emprisonnée dans un magasin : on l'aperçoit au travers de la vitrine ! A d'autres endroits, ce n'est pas la muraille qu'on voit, mais des constructions plus récentes qui l'entourèrent et en conservent la trace. Ainsi, rue du Louvre sur la rive droite, on peut observer depuis le trottoir un mur étrange qui forme un tiers de cercle : c'est la trace d'une des tours de la muraille. Rue du faubourg St Honoré et rue St André des Arts, si l'on regarde de près les entrées des immeubles, on se rend compte que les murs des immeubles forment un angle aigu avec la chaussée : c'est que ces maisons s'appuyaient sur la muraille qui elle même formait un angle avec la rue. Tels des dominos, ce sont tous les immeubles aux alentours qui adoptent ce plan peu banal Ansi, présente ou disparue, la muraille de Philippe Auguste évoque directement ou indirectement un Paris presque évanoui qui tente malgré tout de nous faire signe par-dessus les siècles. Et ce Paris là était à son époque au moins aussi ambitieux ou novateur que la ville qui abrite la Tour Eiffel, Beaubourg et le boulevard périphérique.
Le sceau de Philippe Auguste
Les Halles de Paris Avant Philippe Auguste, il y avait aux Champeaux un marché au blé en plein air. Philippe-Auguste y fit transférer en 1181 Les Halles (détail)
En 1137, Louis VI avait déjà transféré un marché depuis la place de Grève jusqu'à cet endroit. C'était une grande place traversée par les passants où l'on vendait des marchandises.
Foire marchande
Ainsi furent assainis le quartier et le marché. C'est sous Philippe Auguste, à cause de tous ces travaux et notamment de la construction de deux grands pavillons, que le marché commence à s'appeler "les Halles". Ce marché fut totalement compris dans l'enceinte de Philippe Auguste." En 1222 une foire avait été installée sur le parvis de Notre-Dame. Il s'agissait d'une foire aux lards, graisses et chairs de porc. Elle durait une seule journée. Rappelons l'importance des porcs au Moyen Age, animaux très prisés à cette époque.
Le dimanche de Bouvines, première victoire nationale C'est en août 1192 que Richard Cœur de Lion décide de rentrer de la troisième croisade (1189-1192). Il a l'imprudence de passer par les terres de Léopold d'Autriche, qui, "conseillé" par le roi de France Philippe Auguste, le capture et le livre à l'empereur Henri VI. Les forces en présence
Otton IV de Brunswick, roi de Germanie , Otton IV, attiré par les deniers du roi d'Angleterre et décidé à combattre le roi de France, principal obstacle à son triomphe, rejoint la coalition. Alors que Jean sans Terre est parti se faire battre à La roche aux Moines (2 Juillet 1214), Otton quitte Aix la Chapelle ; le 12, il est à Nivelle, puis se dirige vers Valenciennes. Le 23, l'armée française se rend de Péronne à Douai ; le 26, elle est à Tournai ... Philippe a résolu de prendre les coalisés à revers en les contournant par le Nord-Est, de manière à intercepter les communications entre l'Allemagne et la Flandre. La bataille de Bouvines peut commencer. La bataille Alors que le roi se repose à l'ombre d'un frêne, frère Guérin vient le trouver pour lui apprendre la nouvelle : Bien que ce jour soit celui du seigneur (Le 27 Juillet 1214 tombait un Dimanche et " Il est interdit d'assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu'à la première heure du lundi " a décrété le concile d'Elne en 1027), la bataille aura lieu.
La bataille de Bouvines (1214)
A sa droite, c'est Renaud de Dammartin qui s'occupe des fantassins brabançons et des chevaliers anglo-flamands de Guillaume Longue-Epée et d'Arnaud d'Audenarde.
Armes du Roi de France, Philippe Auguste Après quelque heures de bataille, Ferrand de Portugal se rend, exténué aux frères de Mareuil, Hugues et Jean ... Le flanc gauche d'Otton n'existe plus !!
Armes d'Eudes de Bourgogne, allié de Philippe Auguste
Armes de l'Evêque Guérin de Senlis Pendant ce temps, Robert de Dreux et l'évêque de Beauvais sont à la peine ; Renaud de Dammartin et Guillaume Longue-Epée ont enfoncé les lignes françaises et tentent de prendre le pont de Bouvines. Heureusement, ils se heurtent aux 400 massiers du roi. Ceux-ci les repoussent, Guillaume Longue Epée est capturé, ce qui provoque la fuite des anglais. Renaud de Dammartin est le dernier à résister ... Il a adopté un nouveau dispositif que même ses ennemis admirent : Le hérisson. Dès qu'il est fatigué, il vient se reposer avec ses chevaliers au centre d'une quadruple ellipse hérissée de piques et de crochets que forme son infanterie, et quand il a repris ses esprits, l"enceinte" s'ouvre et il peut alors charger ses ennemis.
Armes d'Othon de Brunswick, chef de la coalition contre Philippe Auguste
Armes d'Henri de Brabant, allié d'Othon En trois heures, tout est joué. La victoire est sans appel. Dans les rangs des chevaliers français, seuls dix sont morts. Le rex christiannissimus, le roi très chrétien Philippe II est victorieux ... seul, face à son créateur. Il prend alors le titre d' Augustus, Philippe II Auguste. A travers les images d'Épinal, on retrouve jusqu'au XIX ème siècle la célébration de cette victoire comme celle du nationalisme français face à ses adversaires ( dont en 1914, l'ennemi germanique )
Armes de Ferrand de Portugal, |
L'université
Les membres de l'université sont donc tous considérés comme des clercs, ce qui ne les empêche d'être très turbulents et de provoquer des incidents dans les tripôts parisiens. L'Université est reconnue par le pape Innocent III, qui y avait étudié, par une bulle de 1215, bulle confirmée par une autre de Grégoire IX de 1231. L'organisation de l'enseignement en quatre facultés, droit canon ou décret, médecine, théologie et « arts libéraux » (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), remonte à un arbitrage pontifical de 1213.
Un cours à la Sorbonne au XIIIe siècle
Le logement des étudiants et l'organisation des corps se fait au sein de fondations pieuses appelées collèges. L'université de Paris est un studium generale c'est-à-dire un centre d'enseignement de toutes les disciplines. Aux XIIe siècle et au XIIIe siècle, c'était l'une des premières universités d'Europe, avec Bologne, Oxford, Cambridge, Toulouse, Salamanque et Montpellier. L'Université de Paris ne tarde pas à devenir une véritable autorité morale. Les docteurs de l'université se prononcent sur des controverses fameuses comme la taxation des bénéfices ecclésiastiques par le Saint-Siège, et jouent un grand rôle au moment du Grand Schisme d'Occident. Jean de Gerson, anime le concile de Constance (1414-1418), qui met fin au schisme. Pendant la Guerre de Cent Ans, l'université soutient les Anglais et le parti bourguignon, et approuve l'exécution de Jeanne d'Arc (1431). Au XVe siècle, l'université est souvent en grève, notamment pendant trois mois en 1443, et pendant six mois de septembre 1444 à mars 1445, pour défendre son exemption fiscale. Jusqu'en 1446, les étudiants dépendent en matière pénale de l'université. Mais il arrive régulièrement que des écoliers soient arrêtés par le prévôt du roi. Dans ce cas-là, le recteur de l'université se rendait au Châtelet pour demander à ce que l'écolier soit jugé par l'official de l'université. Si le prévôt du roi refusait, l'université se mettait en grève. La fin du XVe siècle marque, pour l'Université de Paris, le début d'une période délicate. Charles VII la soumet, en 1446, à la juridiction du Parlement de Paris, ce qui suscite des émeutes étudiantes auxquelles participe, entre autres, le poète François Villon. En 1453, un écolier, Raymond de Mauregart, est tué par les sergents du Châtelet et l'université se met à nouveau en grève pendant plusieurs mois.
La faculté des arts La faculté des Arts de Paris est une des quatre facultés (Arts, Théologie, Décret (droit Canon), Médecine) qui composent l'université de Paris. Elle dispensait l'enseignement préalable à l'entrée dans les trois autres facultés, ce qu'on appelle aujourd'hui l'enseignement secondaire. Organisation des étudesLes arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, astronomie, arithmétique, géométrie, musique) sont dispensés à la faculté des Arts aux élèves dont l'âge est compris entre quatorze et vingt ans. Au terme des études, l'étudiant se voit récompenser d'une maîtrise ès arts, ce qui lui permet d'enseigner dans la faculté et d'aborder les autres disciplines dispensées à l'université : médecine, droit (la maîtrise ès arts n'étant cependant pas obligatoire) et théologie. L'ouvrage de référence des études à la création de la faculté est les Quatre livres de sentences de Pierre Lombard. L'enseignement dure généralement sept ou huit ans: classes de sixième à troisième (classes dites de grammaire), classe d'Humanités (seconde), classe de Rhétorique (première), classes de Philosophie (terminale) (logique, métaphysique et morale puis physique en 2e année facultative qui deviendra au XIXe siècle la classe de mathématique spéciale).
L'université au XIIIè siècle: cours de logique et de rhétorique
Après la Révolution française, l'enseignement artien a été pris en charge par les écoles centrales, puis le Consulat par les lycées et collège dont les classes ont conservé longtemps les mêmes appellations. Études, grades et examensLes étudiants commençaient ordinairement à suivre les leçons de la Faculté des arts avant l'âge de quinze ans. Au XIVe siècle, il fallait avoir quatorze ans pour passer l'examen de déterminance et être dans sa troisième année du cours de logique. Le candidat devait d'abord, avant Noël, soutenir une dispute contre un maître régent. Puis il devait réussir un examen devant un maître nommé par sa Nation. Les déterminances proprement dites commençaient avec le Carême, le déterminant devait disputer tous les jours jusqu'à la fin du Carême dans les écoles de sa Nation. Au XVe siècle, la dispute d'avant Noël devint la dispute de la déterminance, et l'examen devint l'examen pour le baccalauréat ès arts, qui dépendait de chaque Nation. Les disputes de Carême furent supprimés. Le schéma des examens est décrit comme le suivant par Durkheim: Après trois ou quatre ans d'études (autour de 17, 18 ans donc), le maître fait passer à l'élève un premier examen à Noel, la responsio. Si le maître juge que les connaissances ont été acquises, il passe lors du Carême un nouvel examen devant un jury (la determinance), soutient une dispute publique, à l'issue de laquelle se tient une cérémonie, l'inceptio, au cours de laquelle il obtient le baccalauréat ès arts. Durant un à trois ans, le bachelier s'engage dans une nouvelle période durant laquelle il assiste un maître pour l'enseignement. L'examen de licence à lieu au printemps et se déroule devant un jury de maître président par l'un des chancelier de l'Université. Six mois après l'examen de licence, le titulaire de la licence effectue une nouvelle inceptio pour obtenir la maîtrise ès arts sous la forme d'une leçon inaugurale devant le chancelier et six maîtres.
Le professeur (Paris-Musée de Cluny) La faculté de théologie
En 1253 sur douze chaires que comportait la faculté de théologie, neuf étaient dans des couvents. De 1373 à 1398, 198 bacheliers reçurent la licence, dont 102 mendiants, 17 moines de l'ordre de Cîteaux et 47 séculiers. On distingue en effet dans la faculté de théologie les étudiants des couvents, ou collèges de réguliers, et les étudiants séculiers des collèges qui, au début du XIVe siècle étaient déjà 76. Sur le modèle des Dominicains, en 1221 (collège des Dominicains, la plupart des ordres religieux fondèrent avant le XIVe siècle des couvents dans le quartier de l'Université. Ainsi furent fondés les couvents de Mineursdes Prémontrés en 1252, des Bernardins en 1256, des Carmes en 1259, des Augustins en 1261, de l'ordre de Cluny en 1269. Chacun de ces couvents avait une chaire de théologie. Les Mathurins et l'ordre du Val des Ecoliers avaient aussi, en 1253, des écoles de théologie. Les monastères de Saint-Denis et de Marmoutiers eurent également à Paris un couvent d'études, le premier en 1203 le second en 1329. Les plus importants de ces collèges de réguliers étaient ceux de Mendiants et des Bernardins. en 1230, Les couvents où l'on enseignait la philosophie (studia particularia) étaient d'abord distincts de ceux où l'on enseignait la théologie (studia generalia). Les studia particularia étaient situés en province. Le cours de logique durait trois ans, le cours de physique (naturalia) deux ans. Le corps enseignant était formé d'un lecteur et d'un répétiteur. Pour être admis dans un studium generale, il fallait avoir suivi en outre pendant deux ans un cours sur le Livre des sentences. Le corps enseignant des studia generalia de Paris était formé d'un à trois lecteurs principaux et d'autant de sous-lecteurs (ou cursor). Les lecteurs principaux étaient chargés de faire des leçons ordinaires sur les Sentences ou sur la Bible. Les sous-lecteurs étaient des bacheliers qui ne faisaient que des leçons extraordinaires. Chaque couvent comprenait en outre un maître des étudiants qui était chargé de la discipline. Les studia generalia formaient les futurs enseignants des studia generalia de province qui formaient eux-mêmes les enseignants des studia particularia. De nombreuses communautés furent fondées à Paris pour l'entretien des étudiants séculiers grâce à la bienfaisance individuelle. Elles étaient cependant généralement mal administrées. La plupart des collèges contenaient deux communautés, une d'artiens et une de théologiens, moins nombreuse. Les collèges séculiers fondés entre 1250 et 1300 (collège de Sorbonne, collège du trésorier, collège des Cholets et collège de Tournai), sont exclusivement composés de théologiens. 138 bourses étaient réservées exclusivement à la théologie, 97 ayant été fondées avant 1305 et 36 avant 1300. La Nation de Normandie possédait 47 bourses et celle de Picardie 47. Les 20 bourses du collège de Navarre étaient en outre indivises entre toutes les provinces de France. Les deux autres Nations n'étaient pratiquement pas représentées dans le faculté de théologie. Les grades dans l'ancienne faculté de théologie de Paris A Paris, pour passer bachelier en théologie, il faut avoir étudié deux ans en Philosophie, trois en Théologie (quinquennium), avoir soutenu deux examens de quatre heures chacun, l'un sur la Philosophie, l'autre sur la première partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, qui comprend les traités de Dieu, des divins attributs de la Trinité et des anges. Ces deux examens doivent se faire à un mois l'un de l'autre, devant quatre docteurs de la faculté de Théologie, tirés au sort, avec droit de suffrage. Un seul mauvais billet ne laisse au candidat que la voie de l'examen public qu'il peut demander à la faculté. S'il se trouve deux suffrages défavorables, il est refusé sans retour. Lorsque les examinateurs sont unanimement contents de sa capacité, ils choisissent un président à qui ils font signer ses thèses; quand le syndic les a visées, et lui a donné jour, il doit les soutenir dans l'année à compter du jour de son second examen. Dans quelqu'une des écoles de la faculté, c'est-à-dire, des collèges ou des communautés qui sont de son corps, cette thèse roule sur les mêmes traités théologiques, qui ont servi de matière à ce second examen, on la nomme tentative. Le président, quatre bacheliers en licence, deux bacheliers amis, y disputent contre le répondant; dix docteurs qu'on nomme censeurs y assistent avec droit de suffrage; les bacheliers de licence l'ont aussi, mais pour la forme, leurs voix n'étant comptées pour rien. Chaque censeur a deux billets, l'un qui porte sufficiens, l'autre incapax. Un seul suffrage contraire suffit pour être refusé. Si le candidat répond d'une manière satisfaisante, il va à l'assemblée du premier du mois, qu'on nomme prim mensis, se présenter à la faculté devant laquelle il prête serment. Ensuite le bedeau lui délivre ses lettres de baccalauréat, il peut se préparer à la licence." "On distingue dans la faculté de Théologie de Paris deux sortes de bacheliers : savoir bachelier du premier ordre, baccalaurei primi ordinis, ce sont ceux qui font leur cours de licence; ceux du second ordre, baccalaurei secundi ordinis, c'est-à-dire les simples bacheliers qui aspirent à faire leur licence, ou qui demeurent simplement bacheliers. L'habit des uns et des autres est la soutane, le manteau long et la fourrure d'hermine doublée de soie noire." "Dans l'université de Paris, avant la fondation des chaires de Théologie, ceux qui avaient étudié six ans en Théologie, étaient admis à donner des cours, d'où ils étaient nommés baccalarii cursore : comme il y avait deux cours, le premier pour expliquer la bible pendant trois années consécutives; le second, pour expliquer le maître des sentences (Pierre Lombard) pendant une année; ceux qui faisaient leur cours de la bible étaient appelés baccalarii biblici; ceux qui étaient arrivés aux Livres de sentences, baccalarii sententiarii. Ceux enfin qui avaient achevé l'un et l'autre étaient qualifiés baccalarii formati ou bacheliers formés." La licence en théologie s'ouvre de deux ans en deux ans, et est précédée de deux examens pour chaque candidat sur la seconde et la troisième partie de la Somme théologiqueThomas d'Aquin, l'Ecriture sainte, l'histoire ecclésiastique. Dans le cours de ces deux ans, chaque bachelier est obligé d'assister à toutes les thèses sous peine d'amende, d'y argumenter souvent, d'en soutenir trois, dont l'une se nomme mineure ordinaire: elle roule sur les sacrements, dure six heures. La seconde, qu'on appelle majeure ordinaire, dure dix heures; sa matière est la religion, l'écriture - sainte, l'église, les conciles, divers points de critique de l'histoire ecclésiastique. La troisième, qu'on nomme sorbonique, parce qu'on la soutient toujours en Sorbonne, traite des péchés, des vertus, des lois, de l'incarnation, de la grâce; elle dure depuis six heures du matin jusqu'à six du soir. Ceux qui ont soutenu ces trois actes et disputé aux thèses pendant ces deux années, pourvu qu'ils aient d'ailleurs les suffrages des docteurs préposés à l'examen de leurs mœurs et de leur capacité, sont licenciés, c'est-à-dire renvoyés du cours d'études, reçoivent la bénédiction apostolique du chancelier de l'église de Paris.
Faculté de décretD’après les statuts de 1600, le baccalauréat en droit canonique peut être obtenu après deux années d’études. Le candidat passe un examen sur la décrétale devant deux docteurs, puis prête serement et reçoit la bénédiction du doyen. Faculté de médecinePour être bachelier en Medecine, il faut, après avoir été quatre ans maître ès Arts dans l’université, faire deux ans d’étude en Medecine et subir un examen, après quoi on est revêtu de la fourrure pour entrer en licence. D’après les statuts de 1600, on ne reçoit les bacheliers en médecine que de deux ans en deux ans. Cette reception se fait vers la mi-carême. Les aspirants doivent justifier qu’ils sont maîtres ès arts de l’université de Paris depuis quatre ans ou huit pour une autre université. Le candidat passe un examen puis prête serment. La clause de célibat a été retirée depuis 1600. Les bacheliers en médecine ne peuvent exercer dans la ville ou les fauxbourgs de Paris qu’avec l’assistance d’un docteur. D’après un édit de 1707, pour les autres facultés de France, il faut être licencié pour exercer la médecine. A Paris, la médecine ne formait pas une faculté indépendante; elle était réunie à la faculté des arts, ce qui fut une des raisons de son infériorité à l'égard de la faculté de Montpellier. Paris et l'Italie (Bologne, Padoue, Pavie, Naples, etc.), dit Haeser, formaient des scolastiques; Montpellier formait des praticiens. Du reste, l'université parisienne était surtout importante par l'enseignement de la théologie et de la philosophie. La faculté de médecine n'y acquit une importance réelle qu'au début du XVIe siècle. On peut en dire autant des vieilles facultés espagnoles, portugaises et anglaises, de Valence, Salamanque, Lerida, Lisbonne, Coïmbre, Oxford, Cambridge, etc. En Allemagne, l'université de Prague, la plus ancienne, quoique relativement récente (1348), fut le centre scientifique le plus important; la médecine n'y occupait également qu'un rang très secondaire, et il en fut de même, à plus forte raison, des universités telles que Vienne, Heidelberg, et plus tard Tubingen (1477), Greifswald (1456), etc. Cet état de choses ne changea guère avant la Renaissance. D'ailleurs, toutes les universités étaient placées sous la juridiction de l'Eglise, et la plupart de leurs membres étaient clercs; l'enseignement ne se faisant que sur les textes prescrits et en latin, il perdit presque partout son caractère pratique pour devenir exclusivement traditionnel et dogmatique. Les écoles de Montpellier et de Paris furent malgré font les plus importantes de cette période; leur histoire mérite quelques détails de plus que les vagues généralités qui précèdent. La Sorbonne
L'origine de la maison de Sorbonne était fort ancienne. Ce fut le premier Collège fondé dans le quartier de l'Université ; il faut s'entendre sur la valeur de ce mot pris au sens purement latin de société, compagnie, réunion de gens exerçant la même profession. Héloïse et Abélard Comment évoquer l’un en ignorant l’autre ? Ces deux figures illustres du Moyen Age sont intimement liées. Leur histoire commune avait ému en son temps et leur liaison tragique a traversé les siècles pour nous parvenir sans perdre la fraîcheur d’un amour impossible qui les entraîna dans d’horribles souffrances physiques, morales et spirituelles.
Le tombeau d'Héloïse et Abélard au Père Lachaise. Les deux amants sont unis pour l'éternité.
Bon à savoir... Ces expressions qui nous viennent du Moyen-Âge
Un garnement A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen-Age, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent. Graisser la patte Sens : donner illégalement de l'argent à quelqu'un pour obtenir quelque chose. Un gringalet Sens : homme ou garçon un peu chétif. Jeter aux oubliettes Les oubliettes étaient les cachots souvent aménagés dans le sous-sol des donjons. Les seigneurs peu scrupuleux oubliaient parfois ceux dont ils voulaient se débarrasser. Jeter le gant Au Moyen Age, le gant avait une forte valeur symbolique. Il représentait le seigneur lui-même et son pouvoir. Le vassal remettait en signe d'hommage son gant droit à son suzerain. Un chevalier qui en défiait un autre au combat lui jetait son gant. Le relever signifiait que l'on acceptait de se battre. Aujourd'hui, l'expression signifie lancer, accepter un défi. Jurer comme un Templier Employer une verdeur de langage. Laid comme les sept pêchés capitaux Les sept péchés capitaux sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise, la luxure, la colère et la paresse ainsi nommés parce que sources de tous les autres péchés. Ils étaient souvent représentés par des figures contrefaites sur les murs des cathédrales. L’habit ne fait pas le moine Un des plus anciens proverbes de la langue française. Les loups-garous Présents déjà dans l'Antiquité, (voir Pétrone et son Satiricon), la croyance arriva jusqu'au Moyen Age et se répandit d'autant plus que les loups devinrent très nombreux. Les versipelles prirent le nom de loups-garous, garou signifiant à lui seul homme-loup. Il apparaît dans de nombreux contes modernes, signataire d'un pacte avec le diable, et profitant de l'impunité que lui assure son apparence animale pour assouvir ses mauvais instincts. Malin comme un singe Au Moyen Age, malin signifiait " mauvais, méchant ", c'était, comme aujourd'hui encore, un des noms du diable. Le singe que l'on trouvait très laid passait pour un animal diabolique. Vers la fin du XVIIIème siècle, l'adjectif malin prit le sens que nous lui connaissons : astucieux, futé, réhabilitant ainsi les pauvres singes. Merci Au Moyen Age, merci signifiait " grâce, pitié " de là les expressions : Mettre flamberge au vent Invitation ironique à tirer l'épée et à se jeter dans la bataille sans réfléchir. À l'époque des chansons de geste, il y avait quatre vaillants chevaliers : les Quatre Fils Aymon. L'aîné des quatre frères s'appelait Renaud de Montauban. Il possédait une épée prestigieuse, Froberge, aussi redoutable que Durandal, celle de Roland. Au cours des siècles, le nom de Froberge devint un nom commun et s'altéra en flamberge, sans doute sous l'influence des mots flamme, flamboyer, etc. L'expression n'est plus utilisée aujourd'hui qu'ironiquement principalement pour se moquer des démonstrations spectaculaires d'héroïsme. Mettre la table Expression quotidienne qui nous est familière mais incorrecte. Il faudrait dire " mettre le couvert ", puisque nos tables ne voyagent plus dans la maison. Au Moyen Age, les pièces n'avaient pas, comme aujourd'hui, des fonctions très distinctes et la même salle pouvait servir de pièce commune, de salle à manger et de chambre. Aussi, le plus souvent, on " mettait la table " à l'heure des repas, c'est-à-dire que l'on apportait une grande planche et des tréteaux. D'où l'usage, chez les seigneurs, de belles nappes destinées à cacher la pauvreté du mobilier. Mettre sa main au feu Affirmer énergiquement quelque chose, au point d'y risquer sa main rappelant les lointains jugements de Dieu de l'époque médiévale. Lorsqu'un accusé ne pouvait faire la preuve de son innocence, il pouvait être plongé dans l'eau, pieds et poings liés. S'il surnageait, c'était que l'eau - élément pur et béni de Dieu - le rejetait. S'il coulait comme une pierre, il était innocent... mais parfois noyé! On pouvait également lui plonger la main dans l'eau bouillante, ou le faire saisir un fer rouge. Innocent, Dieu le protégeait et il sortait indemne de l'épreuve. Le plus souvent, il suffisait que la victime guérisse vite ou survive quelques jours pour qu'elle soit - un peu tard! -innocentée. Mi-figue, mi-raisin D'un air à la fois satisfait et mécontent ou à la fois sérieux et plaisant. A l'origine, il devait s'agir de "mêlé de bon et de mauvais". Monter sur ses grands chevaux Se mettre en colère et parler avec autorité, prétention. C'et être prêt à se faire faire raison avec l'épée et la lance. Partir en croisade Le Moyen Age a vu de nombreuses croisades, les départs furent presque ininterrompus pendant plus de deux siècles. Une foule immense, composées de chevaliers et d'hommes de guerre, d'artisans, de paysans, de moines et de pèlerins de toutes conditions se mirent en route, poussées par la foi et l'enthousiasme. Parfois aussi par l'attrait du pillage! Aujourd'hui, ceux qui partent en croisade n'ont plus à parcourir des milliers de kilomètres. Payer en monnaie de singe Jadis, le pont qui relie l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques, dit Petit Pont (il porte encore ce nom aujourd'hui), était payant. Mais les jongleurs qui exhibaient des singes savants étaient dispensés du péage à condition qu'ils fassent leur numéro devant le péager. Aujourd'hui, payer en monnaie de singe (on dit aussi payer en gambades) signifie payer en plaisanteries et grimaces, payer de paroles, voire en fausse monnaie. La réputation du singe, habile imitateur de l'homme, n'est sans doute pas étrangère à ce dernier sens. |
A l’époque... En 1190, utilisation du premier compas de marine en Occident..
La cathédrale de Chartres
Début, en l'an 1194, de la construction de la cathédrale de Chartres. De 1190 à 1209, construction de la muraille de Philippe Auguste.
Richard Coeur de Lion bat Saladin à Arsuf en 1191, et rétablit un royaume franc à Acre.
Richard Coeur de Lion et Saladin à Arsuf (1191)
Construction du pont St Bénézet à Avignon (1185), le célèbre "Pont d'Avignon". Première utilisation d'un arc dans la construction d'un pont.
Le pont d'Avignon
Richard Coeur de Lion construit Château-Gaillard en Normandie (1197). Philippe Auguste s'en emparera en 1204.
Phase finale de la construction du temple d'Angkor.
La Flotte de l'amiral Zheng
Notre histoire océanographique ne serait pas complète sans mentionner les contributions apportées par les Chinois à l'exploration maritime. Ces apports ne sont pas aussi connues que ceux qu'ils ont faits dans les domaines scientifiques et technologiques, les Chinois n'en se distinguaient pas moins par la construction de la plus grande flotte à la conquête de l'océan.
Compas de marine chinois
Elle était constituée au début par un aimant en forme de baguette, remplacée plus tard par un barreau de fer et enfin par une aiguille aimantée, qui a vu le jour au 6ème siècle ap. J-C. Mais la première mention de la boussole de navigation était faite en 1117 dans le livre de Zhu Yu « P'ingchow Table Talk » : par un temps sombre, les marins regardent l'aiguille indiquant le sud. Cet instrument a été introduit en Europe aux environs de 1190, sûrement en provenance de la Chine. (On connaissait alors si mal sa force que le capitaine interdisait son équipage de manger l'oignon à bord, car il croyait que ce légume pouvait troubler le magnétisme.) Pour les marins méditerranéens, qui naviguaient souvent difficilement par le temps assombri, cet outil signifie la libération. Il fallait attendre 15ème siècle pour que les Européens eussent été prêts de s'aventurer dans la conquête de l'autre côté de la mer qui leur était familière.
Château-Gaillard, la Normandie devient française
Le château de Richard Coeur-de-Lion
(reconstitution en 3D)
Vous rappelez-vous la vie extraordinaire de Richard Coeur de Lion, l'ami de Robin des Bois, telle que Walter Scott la raconte dans Ivanhoé ? Château-Gaillard est le lieu où ces récits romanesques rejoignent l'Histoire. Car cette forteresse a été désirée, conçue et bâtie par le bouillant Richard, duc de Normandie et Roi d'Angleterre, plus connu sous le surnom de "Richard Coeur-de-Lion". Un surnom qu'il a gagné à la croisade grâce à sa bravoure. Château-Gaillard est le témoin, 800 ans plus tard, de l'existence réelle de ce personnage de légende. Dans ses pierres, on peut encore lire certains traits de caractère de Richard. Comme son créateur, le château-fort des Andelys donne une image de force et de puissance, d'invincibilité. La forteresse réputée imprenable n'a pourtant connu qu'une vie très brève, tout comme Richard, trop confiant dans ses talents de guerrier. Construit en un an
Il est difficile de croire, quand on contemple l'imposante forteresse, que sa construction n'a duré qu'un an. C'est pourtant un fait historique. On imagine le site grouillant de milliers d'ouvriers, (plus de 6000 !) obligés de travailler d'arrache-pied pour parvenir à un tel exploit. Les travaux débutés en 1197 sont achevés en 1198. Richard, qui y a consacré une somme colossale, peut alors s'exclamer : "Qu'elle est belle, ma fille d'un an ! Que voilà un château gaillard !"(bien fortifié). En effet, la bastille a de quoi impressionner celui à qui elle doit faire obstacle, le roi de France Philippe-Auguste, dont les terres s'étendent jusqu'à Gaillon, à une dizaine de kilomètres seulement. Château-Gaillard est le verrou qui doit l'empêcher de prendre la Normandie. L'emplacementRichard a soigneusement choisi le site où bâtir sa place-forte. Aux Andelys, la Seine décrit un méandre assez serré. Dans la courbe, face à la presqu'île, une falaise d'une centaine de mètres de haut s'avance comme la proue d'un navire au-dessus du fleuve. Une langue de terre rattache cet éperon au plateau qui s'étend par derrière. Richard va tirer le meilleur parti de cette position stratégique. Le seul côté par lequel on peut attaquer le château, c'est le côté du plateau. Tout un système de défenses successives qui s'emboîtent à la manière des poupées russes est donc mis en place de ce côté. Le donjon, l'ultime retraite, est retranché au-dessus de l'à-pic qui domine le fleuve. Les fortificationsFace au plateau, un ouvrage avancé de forme triangulaire, hérissé de cinq tours, constitue la première défense de la forteresse. Un large fossé de 12 mètres de profondeur l'entoure. Si l'ennemi parvient à se rendre maître de cette bastille, il se heurtera à de hautes murailles d'enceinte. Il lui faudra franchir ce rempart crénelé pour arriver dans la basse-cour, puis devant le château proprement dit, protégé par une seconde enceinte entourée d'un second fossé. Une nouveauté architecturaleCette deuxième enceinte, c'est la partie la plus originale de Château-Gaillard. Richard Coeur-de-Lion a eu l'idée de faire un mur non pas lisse, mais festonné. Le rempart est composé de 19 arcs de cercle percés de meurtrières. La forme arrondie donne une moindre prise aux projectiles qui ne trouvent pas d'angle saillant à accrocher. Elle permet aussi de tirer de biais par les meurtrières depuis n'importe quel point de l'enceinte, si bien que celle-ci ne présente pas d'angle mort. Cette disposition était tout à fait inédite en France au 12ème siècle. Les puitsUne seule porte est aménagée dans l'enceinte festonnée. Elle n'est pas dans l'axe du plateau, mais sur le côté, il faut donc que l'ennemi longe une partie de l'enceinte avant de se présenter devant la porte, à laquelle on accède par un pont protégé par une herse. La visite de l'intérieur du château permet de découvrir un autre tour de force de ses bâtisseurs : les deux puits. L'un est situé dans la basse-cour, l'autre s'ouvre non loin du donjon et plonge à travers la roche jusqu'à la nappe phréatique, plus de 100 mètres plus bas. Il a fallu que les puisatiers creusent la pierre à la lumière des torches, consommatrices du peu d'oxygène disponible au fond du trou, puis qu'ils évacuent avec des cordes des tonnes de déblais. L'exploit force l'admiration. Le donjonA l'intérieur de l'enceinte bossuée se dresse le donjon. Richard lui a donné des murs de cinq mètres d'épaisseur et des mâchicoulis redoutables, copiés sur ceux qu'il a vus en Orient. Ils n'auront pas l'occasion de servir. Tout contre le donjon s'élève le logis du Gouverneur. On peut encore y voir des fenêtres à meneaux bordées de banquettes, d'où les occupants avaient vue sur le merveilleux panorama. La mort de RichardRichard a vu son château fini, mais il ne l'a pas vu vaincu. En effet l'intrépide guerrier meurt un an plus tard, le 6 avril 1199, alors qu'en plein Carême, il attaque le château de Châlus, près de Limoges. La petite histoire raconte que c'est parce que son vassal ne voulait pas lui remettre un bas-relief en or trouvé sur ses terres. Richard est atteint à l'épaule par une flèche tirée par un défenseur du château de Châlus. Le duc-roi succombe à sa blessure 13 jours plus tard.
La mort de Richard Coeur de Lion
C'est Jean sans Terre, son frère, qui prend sa succession. Il signe d'abord un traité avec Philippe-Auguste, où il se reconnaît vassal du roi de France pour tous ses fiefs sauf l'Angleterre. Le rusé Philippe-Auguste voit loin : il pourra confisquer les terres si son vassal se comporte mal. Ce que Jean ne manque pas de faire dès 1202. Jugé par contumace par les nobles de France pour désobéissance au roi, il est condamné à la confiscation de tous ses biens. Il ne reste plus qu'à appliquer la sentence : Philippe-Auguste se lance à la conquête de la Normandie. Le siège de Château-GaillardIl ne faut pas longtemps à l'armée du roi de France pour se rendre maître des défenses avancées de Château-Gaillard, dans la boucle de la Seine, sur l'île au pied de l'éperon et à Andely. Les 1700 habitants et défenseurs du bourg courent se réfugier au château. Jugeant que la forteresse est trop difficile à prendre d'assaut, Philippe-Auguste décide d'en faire le siège. Il installe ses troupes tout autour. Jean sans Terre, qui se trouve à Rouen, ne réagit pas. Dans la forteresse, le gouverneur Roger de Lascy fait de son mieux. Il compte ses vivres : de quoi tenir un an, à condition de ne pas garder toute la population qui s'est entassée dans le château. Les Français laissent s'enfuir mille personnes, mais Philippe-Auguste se met en colère. Les derniers réfugiés, chassés du château, ne peuvent pas franchir les lignes des assiégeants. Ils errent pendant des jours entre les deux camps, jusqu'à y mourir de faim et de froid. C'est l'épisode tragique des "bouches inutiles". L'attaque finaleAprès sept mois de siège, Philippe-Auguste décide de tenter un assaut. Il fait bâtir une chaussée couverte entre le plateau et le bastion avancé du château. Abrités, ses hommes apportent des matériaux pour combler le premier fossé. Ils arrivent ainsi au pied du châtelet. Là, ils attaquent la base du mur en la minant. Quand le trou est assez grand, ils y entretiennent un feu. Les pierres surchauffées finissent par se fendre. Une partie de la tour s'effondre dans un nuage de poussière. Les défenseurs du château doivent se replier derrière la première enceinte. Si l'on en croit la chronique rédigée à la gloire de Philippe-Auguste, le roi de France victorieux, les assiégeants n'ont pas eu de mal à se rendre maîtres de la première enceinte. En en faisant le tour, l'un d'eux remarque une petite fenêtre à trois ou quatre mètres de haut. Les Normands ne songent pas à la défendre : c'est celle des latrines. Le 6 mars 1204, quelques Français se font la courte échelle et entrent dans l'édifice. Au bruit qu'ils font, les Normands les imaginent très nombreux, ils se dépêchent d'allumer un feu pour leur barrer le passage. Mais le vent rabat la fumée sur eux. Les défenseurs sont obligés de s'enfermer derrière la deuxième enceinte. Les historiens sont sceptiques quant à la véracité de ce récit. Ils pensent plus vraisemblable que les assaillants aient pénétré dans le château par la chapelle. Cette chapelle mal protégée, c'est Jean sans Terre qui l'a fait rajouter, sans tenir compte des règles de défense que son frère appliquait si bien. Comme les Français ne pouvaient pas se vanter d'avoir profané un lieu saint, ils auraient inventé cet épisode des latrines. Philippe-Auguste attaque le second rempart à la catapulte le jour-même. D'énormes blocs s'abattent sur les murailles et finissent par y faire une brèche. Les défenseurs n'ont pas le temps de se réfugier dans le donjon. Trop occupés à défendre la brèche, ils succombent sous le nombre des assiégeants. La cour intérieure, trop étroite, les empêche de se déployer. Roger de Lascy et ses 129 chevaliers sont faits prisonniers. Les vaillants défenseurs seront libérés contre rançon quelque temps plus tard. La Normandie devient françaiseAvec la chute de Château-Gaillard, le roi de France Philippe Auguste a le champ libre pour envahir les fiefs du Plantagenêt, qui s'étendent au sud jusqu'aux Pyrénées et à l'Auvergne. En 1204, la Normandie est rattachée au royaume de France. Réparé, le château a continué à jouer un rôle défensif, notamment pendant la guerre de Cent Ans, où il passe d'un camp à l'autre à plusieurs reprises. C'est Henri IV qui le fait démolir à la fin du 16ème siècle, après deux ans de siège. Le roi autorise les moines du voisinage à y prélever des matériaux de construction pour réparer leurs couvents. Aujourd'hui, les ruines du château fort le plus célèbre de France gardent un fort pouvoir évocateur. Les visiteurs botanistes remarqueront la flore particulière qui pousse sur le site. Certaines plantes rapportées de Palestine par les Croisés s'y sont acclimatées et s'y reproduisent depuis des siècles.
L'hygiène au Moyen-Âge L'hygiène n'est pas un bienfait des temps modernes. C'est un art qui connut ses heurs et malheurs. Un art que le siècle de Louis XIV méprisa mais que le Moyen Age, en dépit de sa mauvaise réputation, cultivait avec amour. L'eau était alors un élément sacré, un remède, et surtout, un immense plaisir.
Fiole de parfum On pourrait imaginer, à en juger par le manque de propreté corporelle qui caractérisait les moeurs, il n'y a pas si longtemps encore, que les hommes et les femmes du Moyen Age ne prenaient guère soin de leur corps ; et on pourrait croire que l'hygiène - l'art de bien se porter est une notion récente.C'est injuste ! Le Moyen Age avait inventé l'hygiène, et bien d'autres civilisations avant lui... Mais là n'est pas notre sujet. Les enluminures des manuscrits nous permettent également de saisir le geste de l'homme en son environnement et en son temps. L'enluminure, ou miniature, reste le document irremplaçable, dans la mesure où la gestuelle correspond bien souvent au climat psychique ou moral de l'époque qu'elle dépeint ; elle nous livre ainsi une clef parmi d'autres des mentalités de ces hommes et de ces femmes du passé. Le petit d'homme est lavé plusieurs fois par jour, ce qui ne sera plus le cas à partir du 16e siècle. Des milliers de manuscrits illustrent ce bain et de nombreux textes en parlent. Ainsi, Barthélemy l'Anglais, Vincent de Beauvais, Aldébrandin de Sienne, au 13e siècle, par leurs traités de médecine et d'éducation, instaurent une véritable obsession de la propreté infantile. Le bain est donné "quand l'enfant aura assez dormi, ci le doit-on laver trois fois par jour". Les cuviers sont bâtis aux dimensions d'un nouveau-né allongé ; généralement ils sont ovales ou circulaires, faits de douelles de bois. Dans les milieux princiers, ils peuvent être métalliques. Ainsi, dans les Chroniques de Froissart, en 1382, il est écrit que, en pillant le mobilier du comte de Flandres, on trouva une "cuvelette où on l'avait d'enfance baigné, qui était d'or et d'argent". Certains cuviers possèdent un dais, sorte de pavillon de toile nouée au sommet d'une perche de bois qui surmonte la cuve, afin de protéger l'enfant des courants d'air ; ce raffinement est réservé aux milieux aristocratiques. Dans la plupart des miniatures, on voit toujours la mère ou la servante tâter l'eau avant d'y tremper l'enfant car elle doit être "douce et de moyenne chaleur". On ne donne pas le bain à l'enfant sans prendre quelques précautions : le cuvier est placé devant la cheminée où flambe un bon feu ; la sortie de bain est assez grande pour bien envelopper le bambin. Elle est toujours à fond blanc même si, parfois, des rayures et des franges l'agrémentent.Moyen Age a mauvaise réputation du point de vue de l'hygiène. Pourtant, héritier de l'époque romaine, il connaissait également le bain, les latrines (wc) et parfois même le tout-à-l'égout. Se laver, se baigner était une habitude dans les villes du Moyen Age. Les plus pauvres citadins se contentaient des bains publics. On sait par exemple que Paris en comptait 26 en 1292. Ces bains étaient ouverts tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes. La peste noire , en treize ans, a coûté la vie à une personne sur trois en Asie et en Europe. La peste noire a fait disparaître des familles et des villages entiers. Comme le savon ne sentait pas très bon, ils
L'enfant au bain Mais, au fur et à mesure que les croisés reviennent de leurs lointaines expéditions en Orient, ils en rapportent cosmétiques et senteurs (en particulier, l’eau de rose). On attribue aux Arabes, héritiers des connaissances antiques en la matière, un rôle déterminant dans l’évolution de la parfumerie grâce à la mise au point de l’alambic et du serpentin. Ces instruments permettent la distillation de l’alcool, technique qui ouvre la voie aux parfums modernes. On les trouve sous des formes très diverses. Poudres, lotions, sirops, boîtes de senteurs, "oiselets de chypre" (pâte parfumée moulée en forme d’oiseau), sont censés faire barrage à la pénétration de l’air putride. L’accessoire le plus sophistiqué de cette arômathérapie est sans doute la pomme d’ambre. D’origine orientale, c’est une boule en or ou en argent, souvent incrustée de perles et de pierres précieuses. Elle contient, comme son nom l’indique, de l’ambre, substance parfumée provenant des concrétions intestinales du cachalot. Mais la pomme d’ambre, en raison de son prix, est réservée aux rois, aux princes et aux plus fortunés. Les personnes de condition plus modeste se contentent de pommes de senteurs garnies d’ingrédients moins rares (aloès, camphre, basilic, menthe sèche), ou même d’une simple éponge imbibée de vinaigre. Se laver la tête ne pose pas plus de problème.
Etuves publiques Avec la croissance des villes, due à la reprise économiqueEurope, les étuves deviennent de grands établissements et les coutumes changent. La ville attire de plus en plus d'étrangers et de vagabonds, et la prostitution se développe. Les bains sont mis sous la surveillance de chirurgiens-barbiers. |
La Faculté de théologie de Paris est une des quatre facultés de l'ancienne Université de Paris. Fermée en 1793, elle renaît en 1808 comme faculté de théologie catholique de Paris au sein de l'Académie de Paris de l'Université de France. En 1877, fut créée également une faculté de théologie protestante suite à la perte de l'Alsace-Lorraine et de la faculté de théologie de Strasbourg. Elle est supprimée en 1885 et remplacée par une nouvelle section de l'École pratique des hautes études. Elle siégeait à la Sorbonne et c'est l'École nationale des chartes qui hérita de ses locaux.
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La Faculté de théologie de l'université de Paris du XIIe siècle à 1793 [modifier]
Au XIVe et XVe siècles [modifier]
En 1253 sur douze chaires que comportait la faculté de théologie, neuf étaient dans des couvents. De 1373 à 1398, 198 bacheliers reçurent la licence, dont 102 mendiants, 17 moines de l'ordre de Cîteaux et 47 séculiers. On distingue en effet dans la faculté de théologie les étudiants des couvents, ou collèges de réguliers, et les étudiants séculiers des collèges qui, au début du XIVe siècle étaient déjà 76.
Sur le modèle des Dominicains, en 1221 (collège des Dominicains, la plupart des ordres religieux fondèrent avant le XIVe siècle des couvents dans le quartier de l'Université. Ainsi furent fondés les couvents de Mineurs en 1230, des Prémontrés en 1252, des Bernardins en 1256, des Carmes en 1259, des Augustins en 1261, de l'ordre de Cluny en 1269. Chacun de ces couvents avait une chaire de théologie. Les Mathurins et l'ordre du Val des Ecoliers avaient aussi, en 1253, des écoles de théologie. Les monastères de Saint-Denis et de Marmoutiers eurent également à Paris un couvent d'études, le premier en 1203 le second en 1329. Les plus importants de ces collèges de réguliers étaient ceux de Mendiants et des Bernardins.
Les couvents où l'on enseignait la philosophie (studia particularia) étaient d'abord distincts de ceux où l'on enseignait la théologie (studia generalia). Les studia particularia étaient situés en province. Le cours de logique durait trois ans, le cours de physique (naturalia) deux ans. Le corps enseignant était formé d'un lecteur et d'un répétiteur. Pour être admis dans un studium generale, il fallait avoir suivi en outre pendant deux ans un cours sur le Livre des sentences. Le corps enseignant des studia generalia de Paris était formé d'un à trois lecteurs principaux et d'autant de sous-lecteurs (ou cursor). Les lecteurs principaux étaient chargés de faire des leçons ordinaires sur les Sentences ou sur la Bible. Les sous-lecteurs étaient des bacheliers qui ne faisaient que des leçons extraordinaires. Chaque couvent comprenait en outre un maître des étudiants qui était chargé de la discipline. Les studia generalia formaient les futurs enseignants des studia generalia de province qui formaient eux-mêmes les enseignants des studia particularia.
De nombreuses communautés furent fondées à Paris pour l'entretien des étudiants séculiers grâce à la bienfaisance individuelle. Elles étaient cependant généralement mal administrées. La plupart des collèges contenaient deux communautés, une d'artiens et une de théologiens, moins nombreuse. Les collèges séculiers fondés entre 1250 et 1300 (collège de Sorbonne, collège du trésorier, collège des Cholets et collège de Tournai), sont exclusivement composés de théologiens. 138 bourses étaient réservées exclusivement à la théologie, 97 ayant été fondées avant 1305 et 36 avant 1300. La Nation de Normandie possédait 47 bourses et celle de Picardie 47. Les 20 bourses du collège de Navarre étaient en outre indivises entre toutes les provinces de France. Les deux autres Nations n'étaient pratiquement pas représentées dans le faculté de théologie.
XVIIIe siècle [modifier]
En 1769, la faculté de théologie ne comprend plus que deux collèges, le collège de Sorbonne et le collège de Navarre. Le collège de Sorbonne est habité par trente-cinq docteurs et il possède onze professeurs de théologie[1] et une chaire d'hébreux fondée par le duc d'Orléans. Le collège de Navarre a quatre professeurs royaux de théologie[2].[3]
Les grades dans l'ancienne faculté de théologie de Paris [modifier]
(d'après l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) "A Paris, pour passer bachelier en théologie, il faut avoir étudié deux ans en Philosophie, trois en Théologie (quinquennium), avoir soutenu deux examens de quatre heures chacun, l'un sur la Philosophie, l'autre sur la première partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, qui comprend les traités de Dieu, des divins attributs de la Trinité et des anges. Ces deux examens doivent se faire à un mois l'un de l'autre, devant quatre docteurs de la faculté de Théologie, tirés au sort, avec droit de suffrage. Un seul mauvais billet ne laisse au candidat que la voie de l'examen public qu'il peut demander à la faculté. S'il se trouve deux suffrages défavorables, il est refusé sans retour.
Lorsque les examinateurs sont unanimement contents de sa capacité, il choisit un président à qui il fait signer ses thèses; quand le syndic les a visées, et lui a donné jour, il doit les soutenir dans l'année à compter du jour de son second examen. Dans quelqu'une des écoles de la faculté, c'est-à-dire, des collèges ou des communautés qui sont de son corps, cette thèse roule sur les mêmes traités théologiques, qui ont servi de matière à ce second examen, on la nomme tentative. Le président, quatre bacheliers en licence, deux bacheliers amis, y disputent contre le répondant; dix docteurs qu'on nomme censeurs y assistent avec droit de suffrage; les bacheliers de licence l'ont aussi, mais pour la forme, leurs voix n'étant comptées pour rien. Chaque censeur a deux billets, l'un qui porte sufficiens, l'autre incapax. Un seul suffrage contraire suffit pour être refusé. Si le candidat répond d'une manière satisfaisante, il va à l'assemblée du premier du mois, qu'on nomme prim mensis, se présenter à la faculté devant laquelle il prête serment. Ensuite le bedeau lui délivre ses lettres de baccalauréat, il peut se préparer à la licence."
"On distingue dans la faculté de Théologie de Paris deux sortes de bacheliers : savoir bachelier du premier ordre, baccalaurei primi ordinis, ce sont ceux qui font leur cours de licence; ceux du second ordre, baccalaurei secundi ordinis, c'est-à-dire les simples bacheliers qui aspirent à faire leur licence, ou qui demeurent simplement bacheliers. L'habit des uns et des autres est la soutane, le manteau long et la fourrure d'hermine doublée de soie noire."
"Dans l'université de Paris, avant la fondation des chaires de Théologie, ceux qui avaient étudié six ans en Théologie, étaient admis à donner des cours, d'où ils étaient nommés baccalarii cursore : comme il y avait deux cours, le premier pour expliquer la bible pendant trois années consécutives; le second, pour expliquer le maître des sentences (Pierre Lombard) pendant une année; ceux qui faisaient leur cours de la bible étaient appelés baccalarii biblici; ceux qui étaient arrivés aux Livres de sentences, baccalarii sententiarii. Ceux enfin qui avaient achevé l'un et l'autre étaient qualifiés baccalarii formati ou bacheliers formés."
"La licence en théologie s'ouvre de deux ans en deux ans, et est précédée de deux examens pour chaque candidat sur la seconde et la troisième partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, l'Ecriture sainte, l'histoire ecclésiastique. Dans le cours de ces deux ans, chaque bachelier est obligé d'assister à toutes les thèses sous peine d'amende, d'y argumenter souvent, d'en soutenir trois, dont l'une se nomme mineure ordinaire: elle roule sur les sacrements, dure six heures. La seconde, qu'on appelle majeure ordinaire, dure dix heures; sa matière est la religion, l'écriture - sainte, l'église, les conciles, divers points de critique de l'histoire ecclésiastique. La troisième, qu'on nomme sorbonique, parce qu'on la soutient toujours en Sorbonne, traite des péchés, des vertus, des lois, de l'incarnation, de la grâce; elle dure depuis six heures du matin jusqu'à six du soir. Ceux qui ont soutenu ces trois actes et disputé aux thèses pendant ces deux années, pourvu qu'ils aient d'ailleurs les suffrages des docteurs préposés à l'examen de leurs mœurs et de leur capacité, sont licenciés, c'est-à-dire renvoyés du cours d'études, reçoivent la bénédiction apostolique du chancelier de l'église de Paris. "































Dès lors, l'opinion européenne commence à s'interroger sur la légitimité du Temple. Le roi Philippe le Bel lui-même a souvenance que les Templiers avaient refusé de contribuer à la rançon de Saint Louis lorsqu'il avait été fait prisonnier au cours de la septième croisade !
L'affaire est mise à l'ordre du jour de plusieurs conciles et l'on élabore même un projet dans lequel Louis de Navarre aurait été grand maître du nouvel ordre. Son dramatique échec résulte de l'entêtement et de l'étroitesse d'esprit du grand maître Jacques de Molay ainsi que de l'agressivité du ministre du roi, Guillaume de Nogaret.

































