Actualités
Actualités
Ça s'est passé à Paris un 2 septembre

Écrit le vendredi 1 septembre 2017 14:00

vendredi, 01 septembre 2017 14:00

Ça s'est passé à Paris un 2 septembre

Le 2 septembre 1715

Le Parlement casse le testament de Louis XIV

 


Le lendemain de la mort du roi, le parlement s’assembla pour décider de la régence. Le duc d’Orléans, les princes et les pairs, s’y rendirent ; et, dès huit heures, tous étaient en place. On sait que Louis XIV nommait, par son testament, au lieu d’un régent, un conseil de régence, dont le duc d’Orléans ne serait que le chef, et que le duc du Maine devait avoir le commandement des troupes de la maison du roi.

Le duc d’Orléans était également occupé et inquiet d’un jour si décisif. Le premier président s’étant vendu au duc du Maine, le duc d’Orléans acheta le colonel des gardes françaises, le duc de Guiche-Grammont. En conséquence, le régiment occupa sourdement les avenues du palais ; et les officiers, avec des soldats d’élite, mais sans l’uniforme, se répandirent dans les salles. L’abbé Dubois affecta de mener, dans une des lanternes, Stairs, ambassadeur d’Angleterre, pour insinuer que la cour de Londres, en cas d’événement, appuierait le duc d’Orléans. Ces différentes mesures furent superflues : le personnel des concurrents décida de tout.
Le duc d’Orléans, en réclamant les droits de sa naissance, n’oublia pas de dire des choses flatteuses pour le parlement. Sa contenance ne fut pas d’abord bien libre, mais il se raffermit par degrés, à mesure que les esprits paraissaient lui devenir favorables. Enfin, la régence lui ayant été déférée, il y eut encore, sur la tutelle du jeune roi, et sur le commandement des troupes de sa maison, quelques discussions, qui donnaient au régent et au duc du Maine un air de clients aux pieds de la cour.

Les amis du premier, sentant que la seule égalité du rôle le dégradait, lui conseillaient de remettre la séance à l’après-midi, pour régler le reste. Ce conseil fut un coup de parti. Le régent leva la séance et se rendit chez lui, où il eut le temps de reprendre ses esprits. Il fit venir le procureur-général, d’Aguesseau, et le premier avocat-général, Joly de Fleury, les deux magistrats les plus éclairés du parlement.

L’un et l’autre comprirent également qu’il ne s’agissait plus d’examiner si l’exécution du testament eût été préférable ou non à la régence déjà déférée au duc d’Orléans ; ils sentirent le danger de séparer l’autorité militaire d’avec l’administration politique. Le régent, appuyé des princes et des pairs contre les légitimés, se serait bientôt servi de l’autorité qu’il avait déjà obtenue pour s’emparer de celle qui lui serait refusée, ce qui ne pouvait se faire sans troubler l’Etat, au lieu que le duc du Maine, étant dépouillé de tout, sa timidité répondait de la paix.

Les choses, ainsi disposées au Palais-Royal, ne trouvèrent plus de difficulté dans la séance de l’après-midi. Le parlement aima mieux faire un régent, que de risquer qu’il ne se fît de lui-même. Quelques-uns, en annulant le testament de Louis XIV, n’étaient pas fâchés d’insulter au lion mort, et de paraître accorder librement ce qui ne manquerait pas de leur échapper.

Le duc du Maine qui, si le testament eût subsisté devait jouer un rôle principal, en fit un bien misérable. Ce n’était pas un Dunois que son mérite légitimât. Il ne sut ni retenir, ni remettre l’autorité et s’en laissa dépouiller. La duchesse du Maine, espèce de petit monstre par la figure vive, ambitieuse avec de l’esprit et ce qui peut rester de jugement à un vieil enfant gâté par les louanges de sa petite cour, entreprit dans la suite de relever son mari, et pensa le perdre.

Le régent, au sortir du parlement, se rendit à Versailles, auprès du roi, et passa ensuite chez Madame, qui lui dit : « Mon fils, je ne désire que le bien de l’Etat et votre gloire ; je n’ai qu’une chose à vous demander pour votre honneur, et j’ose exiger votre parole (il la donna) : c’est de ne jamais employer ce fripon d’abbé Dubois, le plus grand coquin qu’il y ait au monde, et qui sacrifierait l’Etat et vous au plus léger intérêt. » Madame avait plus de jugement que son fils n’avait de fidélité à sa parole.c’est l’espérance que nous nous rejoindrons bientôt dans l’éternité. » Elle ne répondit rien à cet adieu, qui parut lui répugner beaucoup.

« Bolduc, premier apothicaire, m’a assuré, dit Duclos, qu’elle avait dit en sortant : Voyez le rendez-vous qu’il me donne ; cet homme n’a jamais aimé que lui. » Ce propos, qu’on ne peut garantir puisque les principaux domestiques ne l’aimaient point, serait plus de la veuve de Scarron que d’une reine. Quoi qu’il en soit, madame de Maintenon alla tout de suite à Saint-Cyr, comptant y rester.

Un empirique de Marseille, nommé Lebrun, se présenta avec un élixir qu’il annonçait comme un remède contre la gangrène, qui faisait beaucoup de progrès à la jambe du roi. Les médecins, n’espérant plus rien de son état, lui laissèrent prendre quelques gouttes de cet élixir, qui parut le ranimer ; mais il retomba bientôt : on lui en présenta une seconde prise, en lui disant que c’était pour le rappeler à la vie. « A la vie, ou à la mort, dit-il en prenant le verre, tout ce qu’il plaira à Dieu. » Il demanda ensuite une absolution générale à son confesseur.

Depuis que le roi s’était alité, la cour se rapprochait sensiblement du duc d’Orléans : bientôt la foule avait rempli son appartement ; mais le jeudi le roi ayant paru se ranimer, ce mieux apparent fut si exagéré, que le duc d’Orléans se trouva seul. Le roi s’étant aperçu de l’absence de madame de Maintenon, en montra du chagrin, et la demanda plusieurs fois : elle revint aussitôt, et lui dit qu’elle était allée unir ses prières à celles de ses filles de Saint-Cyr. Le lendemain 30, elle demeura auprès du roi jusqu’au soir, que, lui voyant la tête embarrassée, elle passa dans son appartement, partagea ses meubles entre ses domestiques, et retourna à Saint-Cyr d’où elle ne sortit plus.

Depuis ce moment le roi n’eut que de légers instants de connaissance, et passa ainsi la journée du samedi 31. Sur les onze heures du soir, le curé, le cardinal de Rohan et les ecclésiastiques du château vinrent dire les prières des agonisants. Cet appareil rappela le mourant à lui-même ; il répondit d’une voix forte aux prières ; et reconnaissant encore le cardinal de Rohan, il lui dit : « Ce sont les dernières grâces de l’Eglise. » Il répéta plusieurs fois : « Mon Dieu, venez à mon aide, hâtez-vous de me secourir », et tomba dans une agonie qui se termina par la mort, le dimanche 1er septembre, à huit heures du matin.

« Quoique la vie et la mort de Louis XIV aient été glorieuses, dit Voltaire, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité où chacun se figurait une fortune, la querelle de la constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indifférence. Nous avons vu ce même peuple, qui en 1686 avait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes...

« Quoiqu’on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse pour plusieurs femmes, de trop grandes sévérités dans les choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, l’embrasement du Palatinat, les persécutions contre les réformés, cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, l’ont emporté sur ses fautes : le temps qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation ; et, malgré tout ce qu’on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respect, et sans concevoir à ce nom l’idée d’un siècle éternellement mémorable.

« Si l’on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit, il est vrai, trop plein de sa grandeur, mais affable ; ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d’un fils, et observant avec son épouse tous les dehors de la bienséance ; bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité. »

Connectez-vous pour commenter