La bataille de Paris qui s'est déroulée le 30 mars 1814 a opposé l'armée française aux forces européennes alliées contre l'Empire de Napoléon. La défaite française marque la fin des opérations militaires de la Campagne de France et conduit à la première abdication de Napoléon puis la Restauration des Bourbons.
Au terme d'une brillante mais désespérée Campagne de France, Napoléon Ier ne parvient pas à repousser les coalisés hors de Paris. Après la bataille indécise d'Arcis sur Aube, Napoléon décide d'abandonner la défense de la capitale pour marcher plein Est afin de rallier les nombreuses troupes en garnison dans les places alsaciennes mais aussi pour couper la route de la Suisse à la grande armée coalisée et celle de Mayence à l'armée de Silésie. Mais contrairement aux plans de Napoléon, les coalisés ne le poursuivent pas dans sa marche vers l'est. Au contraire, ils marchent droit sur Paris et franchissent la Marne à Meaux. Car il leur reste la ligne de Belgique par laquelle est venue l'armée de Suède.
Face aux armées coalisées réunies, Napoléon a laissé les faibles corps des maréchaux Marmont et Mortier pour couvrir la capitale. Il y a aussi les troupes en formation dans les dépôts de Meaux, Paris, Fontainebleau et Versailles. Et enfin la garde nationale parisienne est là en dernier recours. Mais la défaite de Fère-Champenoise va précipiter la retraite des maréchaux sur Paris qui n'a pas été mis en état de défense.
S'étant aperçu de la marche des coalisés sur Paris à la bataille de Saint-Dizier, Napoléon accourt à marches forcées par la rive gauche de la Seine. Mais il a trois journées de marche de retard sur les troupes coalisées. Paris doit tenir sans lui jusqu'au 1er avril.
Les coalisés n’ont qu’un seul objectif : entrer dans Paris au plus tôt. Ils ont pour cela deux méthodes : forcer les portes de la ville et prendre la ville d’assaut, ou alors battre l’armée française en dehors des remparts puis bloquer les portes afin d’obtenir la reddition de la capitale. Les souverains coalisés, pour des raisons politiques, choisissent la deuxième option, tout en n’écartant pas la première si nécessaire. Delà, Schwarzenberg met en place un plan d’attaque relativement simple puisqu’il repose essentiellement sur l’énorme disproportion des forces. Il veut envelopper Paris par la rive droite sous ses immenses armées. Blücher, dont les troupes sont au Bourget, est chargé de mener l’attaque par la droite. Langeron doit marcher sur Saint-Denis, Clichy puis sur Montmartre et le Bois de Boulogne. Yorck et Kleist doivent prendre Aubervilliers, puis La Villette et La Chapelle. Vorontsov reste en réserve pour appuyer l’une des deux colonnes en cas de besoin. Au centre, Rajewski, appuyé par les réserves des gardes russe et prussienne, doit s’emparer des hauteurs de Romainville puis marcher sur Belleville. À gauche enfin, Wurtemberg et Giulay doivent marcher sur Nogent puis se séparer pour l’un marcher sur Saint-Maur et Charenton, l’autre sur Vincennes et Charonne.
Schwarzenberg espère ainsi qu’avant la tombée de la nuit, il aura contraint l’armée française à se replier dans la capitale, à l’abri des murs. Il est persuadé que la ville se rendra à la première sommation. Il compte lancer ces deux ailes en avant aux alentours de 9 heures, de façon à pouvoir commencer le combat vers les 11 heures sur l’ensemble du front. La pression concentrique des coalisés devrait amener les Français à se replier après quelques heures de combat.
La veille de la bataille, au matin du 29 mars 1814, deux émissaires alliés (un aide de camp du Maréchal Blücher et un officier d'état major du Tsar de Russie) se présentent aux avant-postes du général Vincent (de la division Compans) dans les environs de Ville-Parisis. Ils se disent chargés par le Tsar et le Roi de Prusse de porter des propositions de paix au gouvernement à Paris. Ils ont également plusieurs courriers privés d'officiers émigrés français servant dans l'armée russe à destination de leurs famille. Soupçonnant ces émissaires de préparer un complot royaliste, le général Vincent, sur ordre du général Compans, fait renvoyer les émissaires et saisir les dépêches.
En fin d'après midi, apprenant la venue des émissaires aux avant postes, le Roi Joseph, Lieutenant Général de l'Empire et à ce titre commandant en chef de toutes les armées françaises, décide, après en avoir référé au conseil de Régence et au Conseil de la Défense de Paris, d'envoyer le Capitaine Ingénieur Peyre comme émissaire auprès des alliés afin d'écouter leurs propositions. Arrivé à Pantin, Peyre est arrêté comme espion par les cosaques car il n'a ni trompette, ni ordre écrit prouvant son statut de parlementaire. Il passe la nuit en détention et ce n'est qu'au petit matin du 30 mars qu'il est conduit directement auprès du Tsar Alexandre. Ce dernier charge Peyre de réclamer aux autorités françaises la capitulation de la ville de Paris : "N'oubliez pas de dire, puisque [Paris] veut se défendre, que je serais toujours disposé à traiter lors même que l'on se battrait dans les faubourgs mais que si l'enceinte de la ville était forcée l'épée à la main, nous ne serions plus maîtres d'arrêter nos troupes et de préserver Paris du pillage".
Peyre, accompagné cette fois de deux trompettes russes, passe à travers les lignes alliés puis françaises dans les environs de 9 heures, alors que la bataille fait déjà rage. Il se rend directement à Montmartre pour y faire son rapport au Roi Joseph. Celui-ci, qui ne croyait pas avoir devant lui toute l'armée coalisée et le Tsar en personne, est effrayé par la perspective du pillage de Paris. À 10 heures, après consultation du Conseil de la Défense, il décide de rédiger une autorisation pour les maréchaux Mortier et Marmont d'entrer en pourparlers avec l'ennemi. Cette autorisation sera envoyée aux alentours de midi. Le Maréchal Mortier affirmera même ne pas l'avoir reçue. Vers 11 heures, Joseph et le Conseil de la Défense décident d'évacuer la capitale.
Vers 15 heures, un nouvel émissaire envoyé cette fois par le Prince Schwarzenberg se présente aux avant-postes du général Drouot qui refuse de laisser passer l'émissaire (de peur que celui-ci ne s'aperçoive de la faiblesse de l'armée française) mais donne l'assurance à l'autrichien de transmettre son offre de paix.
Comme vu dans le récit de la bataille, c'est vers 17 heures que Marmont et Mortier se résignent à faire usage de l'autorisation du Roi Joseph pour entrer en négociation avec l'ennemi. C'est à une table du Cabaret Le Petit Jardinet à La Vilette que fut conclu un armistice d'une durée de 4 heures pour l'évacuation de la capitale par les troupes de l'armée active française, c'est-à-dire les corps de Marmont, Mortier et Compans. Les maréchaux, en tant que militaires, n'ont pas la compétence et la légitimité de traiter du sort de la garde nationale parisienne, ni de celui de la ville (occupation militaire, réquisitions, logement des troupes...) et encore moins de celui de la France.
Et c'est précisément ce qui effraya le Conseil de Paris (ancêtre du Conseil Municipal), chargé de défendre les intérêts des parisiens. Une délégation de huit membres (maires, conseillers municipaux, le préfet de la Seine Chabrol, le préfet de Police Pasquier, les généraux de la Garde Nationale Laborde et Tourton) est envoyée au château de Bondy, où le Tsar de Russie et le roi de Prusse ont pris leurs quartiers. Ils n'y arrivèrent qu'à quatre heures du matin en raison des difficultés pour traverser les lignes françaises puis alliés.
Pendant ce temps, une autre délégation est envoyée à l'hôtel particulier du Maréchal Marmont, rue de Paradis Poissonière, où le Maréchal s'est retiré après la signature de l'armistice pour y passer la nuit. Arguant l'absence d'autorité civile ou militaire pour négocier une capitulation, la délégation parvient à convaincre le Maréchal de prendre la responsabilité de signer une capitulation générale pour Paris. Marmont charge son chef d'état-major, le colonel Baron Fabvier, ainsi que son premier aide de camp, le colonel Denys, de négocier la capitulation qu'ils signent à deux heures du matin avec le représentant du Tsar, le comte Orloff et celui du Prince-Maréchal Schwarzenberg, le comte Paar.
Le 31 mars, à 7 h, les armées alliées prennent le contrôle des barrières de Paris, qu'ils assurent conjointement avec la Garde nationale.
En même temps, de petits groupes de royalistes français sillonnent les rues désertes de Paris en criant Vive le Roi. Ils sont quelques dizaines mais leur audace et l'absence de réaction de la police font forte impression sur la population parisienne. Sur la place Louis XV, les royalistes font même lire la proclamation de Schwarzenberg aux habitants de Paris, datée de Bondy le 29 mars. Cette déclaration du commandant en chef des forces alliées appelle le peuple de Paris à se soulever contre Napoléon et, implicitement, à rallier les Bourbons.
Vers 8h, le Tsar reçoit, aux environs de Pantin, l'ensemble des maires d'arrondissement de Paris qui lui remettent les clefs de la ville.
Ce n'est que vers 10h que, depuis la porte Saint-Martin, l'armée alliée fait son entrée dans Paris, en grande tenue. Les Cosaques de la garde impériale russe en tête, suivis des hussards et des cuirassiers prussiens, ouvrent la marche. Derrière, le Tsar, avec à sa droite le général Schwarzenberg (en tant que représentant de l'Empereur d'Autriche) et à sa gauche le Roi de Prusse. Ensuite vient une cohorte de généraux des états-majors du Tsar et du roi de Prusse. Puis l'infanterie des gardes russe et prussienne et enfin les réserves. Longeant les boulevards, le cortège est séparé de la cohue parisienne par des rangées de Gardes Nationaux, l'armée régulière ayant quitté la ville pendant la nuit.
Bien que l’accueil réservé aux troupes alliées fût prudent dans les faubourgs, il en va autrement à partir de la porte Saint-Denis. En effet, les Parisiens, dont certains essayèrent de voir la scène du haut des arbres ou des toits, applaudissent et souhaitent la bienvenue aux Alliés. Mais, le cortège étant précédé par des royalistes à cheval et les troupes alliées, arborant un brassard blanc, non pas en signe de considération envers les Bourbons, mais simplement pour se reconnaître, en vue de la multitude de nationalités, les légitimistes croient en un retour rapide et certain de la monarchie, si bien qu'aux fenêtres, quelques cocardes blanches sont accrochées. Les royalistes, en passant devant la place Vendôme, tentent même de mettre à bas la statue de Napoléon, sans y parvenir.
Enfin la tête du cortège arrive aux Champs-Élysées vers 15h, où les souverains mettent pied à terre et s'installent pour voir défiler leur troupes et les passer en revue, jusque vers 17h, avant qu'elles ne ressortent de Paris par la porte de Neuilly. Certains régiments resteront camper sur les Champs-Élysées qui, à l'époque, ne formaient qu'une prairie déserte traversée par l'avenue, tels que les 20 000 Cosaques et Kalmouks, éveillant ainsi la curiosité des Parisiens.
Puis le Roi de Prusse prit ses quartiers dans l'hôtel particulier du Prince Eugène, au 82, rue de Lille, tandis que le tsar Alexandre se rendit chez Talleyrand au no 2 de la rue Saint-Florentin (aujourd'hui l’Hôtel Salomon de Rothschild).