Jadis, chaque parlement de France avait un genre de question plus habituellement employé. Au parlement de Paris, on donnait la question en faisant souffrir aux membres une extension douloureuse, ou en froissant les jambes avec des brodequins : l’estrapade n’avait été défendue qu’en 1697.
Aux parlements de Rennes, de Besançon ou de Toulouse, par exemple, la question était plus raffinée.
Mais les deux genres de question le plus généralement employés au moment de la suppression de tous les supplices préalables étaient la question à l’eau et les brodequins. Toutes deux se divisaient en ordinaire et extraordinaire.
Après avoir mis le corps du malheureux dans un état de tension extrême au moyen de cordes attachées à ses poignets et à ses pieds et retenues par des anneaux de fer, on lui passait sous les reins un tréteau qui empêchait le corps de retomber. Alors le questionnaire (c’était l’homme destiné à ce triste ministère) faisait avaler au patient, au moyen d’une corne creuse de bœuf qu’on lui mettait dans la bouche, quatre pintes d’eau pour la question ordinaire et huit pour l’extraordinaire.
Il s’arrêtait, sur l’avis du chirurgien présent, si la victime faiblissait, et, dans ces intervalles, le juge interrogeait l’accusé pour obtenir l’aveu de son crime et la révélation de ses complices. Le patient ressemblait à un cétacé, rendant l’eau par toutes les ouvertures de son corps, nous dit un vieux procès-verbal de torture. La question ordinaire par l’eau s’employait avant la condamnation.
Celle des brodequins et des coins était réservée aux condamnés avant de leur faire subir le dernier supplice. Elle était usitée en Angleterre comme en France. On faisait asseoir le patient, on lui plaçait chaque jambe entre deux planches, que l’on serrait sous le genou et au-dessus de la cheville. Les jambes étaient rapprochées et liées ensemble avec des courroies ; alors des coins étaient placés entre les deux planches intérieures, à l’endroit des genoux et des pieds, et enfoncés à coups de maillet au point de faire craquer les os. La question ordinaire était de quatre coins ; l’extraordinaire, de huit. Plus d’un condamné était ainsi estropié et brisé avant d’être livré à l’exécuteur des hautes œuvres.
La question des coins fut appliquée à Ravaillac et à Damiens, avant leur exécution.
Il y eut longtemps à Paris deux chambres de question, l’une au Châtelet, l’autre au grand Palais de Justice ; celle-ci était placée au rez-de-chaussée de l’une des tours donnant sur la rivière. Elle était en communication directe avec la tournelle. Au XVe siècle, cette chambre sans fenêtre s’éclairait (selon un auteur quelquefois cité pour l’étude qu’il a faite du vieux Paris) par le brasier qui servait à chauffer les instruments de la torture. On posait le patient sur un matelas, ou lit de cuir, qui était presque au niveau du sol, et on l’attachait au milieu du corps par une courroie à boucle, munie d’un anneau de cuivre, lequel était retenu par un crochet encastré dans la clef de voûte.
Dès le début de son règne, Louis XVI s’occupa d’améliorations publiques. En parcourant le recueil des arrêts du conseil, les registres du parlement pour l’enregistrement des édits, on doit se faire une idée étendue de toutes les mesures d’administration durant cette période.
Ce serait à tort qu’on attribuerait aux ministres du roi l’initiative des mesures de bienfaisance et de réforme ; la plupart des préambules des ordonnances ou des édits sont écrits de la main de Louis XVI, et l’un des plus beaux monuments de ce règne, la déclaration, en date du 24 août 1780, qui abolit la question préparatoire — employée au cours de l’instruction dans le but de provoquer des aveux, elle s’appliquait donc à des prévenus, peut-être innocents, à la différence de la question préalable, imposée seulement aux individus reconnus coupables —, est entièrement rédigée par le roi, avec des vues admirables de raison, d’humanité et de bien public.
On trouve des édits sur le régime des prisons, sur les hôpitaux, sur l’amélioration des procédures, sur les dépôts de mendicité, sur le sort du pauvre et de l’ouvrier. La question préalable, torture infligée aux condamnés à mort peu de temps avant l’exécution dans le but de leur faire dénoncer leurs complices, fut abolie par déclaration de Louis XVI en date du 15 février 1788.