Dans la soirée du 29 janvier 1916, deux zeppelins prennent leur envol pour mener un raid sur Paris. L’un fait demi-tour en raison de problèmes mécaniques. L’autre poursuit la mission et largue 18 bombes sur la capitale. On dénombre 26 morts et 32 blessés. Les bombes sont surtout tombées dans le XXe arrondissement, dans les quartiers de Belleville et de Ménilmontant.
À la une du Petit Parisien du 30 janvier 1916 (numéro 14237), on pouvait lire ce compte rendu des événements de la veille, abondamment caviardé des détails géographiques par la censure :
"Les Boches ont renouvelé, hier soir, leur criminel attentat de mars 1914 sur Paris. Cette fois, malheureusement, il y a plusieurs morts et d’assez nombreux blessés.
L’alerte. Il était dix heures, exactement.
Depuis quelques minutes, les promeneurs, nombreux sur les boulevards, sollicités par la température exceptionnellement printanière, se montraient surpris de voir que des équipes d’agents éteignaient, rapidement, les becs de gaz et coupaient l’allumage des lampes électriques.
— Les zeppelins ! Les zeppelins !…
La foule, rapidement, comprit qu’il y avait une alerte et, presque ironiquement, poussa des cris divers.
— Non ! disaient les uns, ce ne sont pas des zeppelins, ce sont des “taubes” qui sont signalés.
[Taube : (Mot allemand qui signifie pigeon) Avion allemand monoplan dont la forme générale rappelle celle d’un oiseau en plein vol.]
Et les yeux fouillaient le ciel, mais on n’y voyait, au milieu de nuages noirs, que quelques étoiles tranquilles.
Cependant bientôt les pompiers, en vitesse, firent leur apparition. Ils dévalaient les rues principales de la grande ville, juchés sur leurs autos rapides, et jetaient l’alarme de leurs clairons sonnant le “Garde à vous !”.
Au lieu de se disperser, les Parisiens qui se trouvaient dans les principales artères se groupèrent et, narguant le danger, lancèrent, vers le firmament, des injures et des menaces :
— À mort ! À mort les Boches, tous les Boches !…
Comme, après le passage des pompiers, on n’entendait aucune détonation de la défense de Paris, le public manifestait déjà sa déception. D’aucuns parlaient de s’aller coucher.
— Fausse alerte !
— Il n’y a rien de fait !
Hélas l’alerte n’était que trop justifiée. À neuf heures vingt, deux aéronats allemands — des zeppelins, disait-on — avaient été signalés de la Ferté-Milon, se dirigeant sur Paris.
Ils s’avançaient toujours, résistaient aux attaques dont ils étaient l’objet de la part de nos avions.
Détonations successives. Soudain deux sourdes, et pourtant formidables détonations se firent entendre C’étaient, assurément des bombes. On ne s’y pouvait tromper au son mat qu’elles avaient rendu.
Cependant, aucune panique ne s’empara des curieux qui continuèrent de se montrer, dans le ciel, les projecteurs dont la lumière nébuleuse cherchait toujours à déceler les appareils ennemis et éclairait nos avions qui partaient en chasse.
Successivement retentirent plusieurs autres détonations.
Dix bombes sont tombées."
Ce ne seront pas les dernières. La Grande Guerre devait durer encore plus de deux longues années.