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Ça s'est passé à Paris un 24 décembre

Écrit le vendredi 23 décembre 2016 16:04

vendredi, 23 décembre 2016 16:04

Ça s'est passé à Paris un 24 décembre

Le 24 décembre 1800

Quand un grand destin ne tient qu'à un fil...

 

Devant les succès extérieurs de Bonaparte contre la Deuxième Coalition et l'affaiblissement de la cause royaliste dans les campagnes de l'Ouest, lassées de la guerre et satisfaites des mesures de conciliation du nouveau régime, qui a amnistié les rebelles qui déposent les armes, tout en organisant des colonnes mobiles qui mettent à mal la tactique de guérilla de la Chouannerie, les agents royalistes en France décident de déstabiliser le gouvernement en frappant à la tête. La tentative d'assassinat contre Bonaparte est planifiée par des Chouans bretons royalistes.

Dans l'Ouest, les différents chefs chouans et vendéens ont déposé les armes entre décembre 1799 et février 1800. Cependant dans le Morbihan, Georges Cadoudal, général de l'armée catholique et royale de Bretagne a refusé toutes les propositions du premier Consul, y compris un grade de général de brigade dans l'armée républicaine, et continue de maintenir ses troupes sous les armes. En contact avec les Britanniques, il espère provoquer un débarquement en Bretagne afin de relancer la Chouannerie.

Si aucune action d'envergure n'est menée, des violences et des exécutions sommaires continuent d'être commises par les deux camps. Joseph Fouché, ministre de la police, tente alors de faire assassiner Georges Cadoudal. Dans les premiers jours de décembre, deux de ses agents, Gabriel-Antoine de Becdelièvre et Louis Lainé, sont capturés par les Chouans près de Sarzeau. Ils sont fouillés et du poison est découvert sur eux, Cadoudal les fait alors fusiller.

La haine de Cadoudal envers le Premier Consul Napoléon Bonaparte est alors à son comble. Il décide de l'éliminer.

Le 26 frimaire an IX (17 décembre 1800), les Chouans Carbon, Limoëlan et Saint-Régeant achètent une charrette et un cheval à un négociant en grains parisien nommé Lambel. Carbon se présente comme un colporteur ayant acheté une provision de sucre brun qu'il doit transporter à Laval, afin de l'échanger contre du tissu ; pour y parvenir, il a besoin de la charrette et de la jument de Lambel. Lambel lui vend l'une et l'autre pour 200 francs. Carbon et ses compagnons les conduisent 19 rue de Paradis, près de Saint-Lazare, où ils ont loué un logement. Là, ils passent cinq jours à fixer un grand tonneau de vin à la charrette avec dix gros cercles en fer. L'idée est de remplir le tonneau de poudre, afin de le transformer en machine infernale et de le faire éclater sur le passage de Bonaparte, quand il se rend à l'Opéra.

Le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800), en fin d'après-midi, Carbon, celui qui a réalisé la « machine infernale », harnache la jument à la charrette et la conduit, avec Limoëlan Porte Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris. Dans un immeuble abandonné, les deux hommes chargent la poudre dans le tonneau.

Puis ils se rendent avec leur chargement rue Saint-Nicaise, au nord des Tuileries. Limoëlan traverse la place du Carrousel et rejoint son poste, d'où il pourra lancer à ses compagnons le signal convenu pour la mise à feu. Saint-Régeant aperçoit une fillette de quatorze ans du nom de Marianne Peusol, dont la mère est marchande de quatre saisons près de la rue du Bac. Il lui donne douze sous pour tenir la jument quelques minutes.

À 19 heures, inconscient du danger qui le menace, certain que sa police a neutralisé tous les complots contre sa personne, Bonaparte détendu mais fatigué se laisse convaincre par Joséphine à contrecœur, de se rendre à l'Opéra pour assister à la première représentation en France, de l'oratorio Die Schöpfung (La Création) de Joseph Haydn. Le carrosse de Bonaparte est précédé par une escorte de cavaliers de la Garde consulaire. Le ministre de la Guerre Berthier, le général Lannes et Lauriston, aide-de-camp de Bonaparte, accompagnent le Premier Consul. Se fondant sur leurs Mémoires, un psychologue français du xixe siècle, Garnier, pense que, sur la route, Bonaparte, épuisé, s'est endormi. Un second carrosse emmène son épouse, sa belle-fille et sa sœur.

À propos de ce sommeil, Bonaparte aurait dit avoir fait un cauchemar, revivant la bataille du fleuve Tagliamento face aux Autrichiens, le 16 mars 1797. Pendant ce temps, le carrosse de Bonaparte, conduit par son chauffeur, César, légèrement alcoolisé, passe la rue Saint-Nicaise et entre dans la rue Saint-Honoré. Limoëlan, posté sur la place du Carrousel, panique et oublie de lancer le signal à Saint-Régeant, dans la rue Saint-Nicaise, qui perd ainsi une ou deux précieuses minutes. Quand le chef des grenadiers de la Garde de Bonaparte passe devant lui, Saint-Régeant allume la mèche et s'enfuit.

La « machine infernale » explose, pulvérisant la jeune Peusol et la jument. Au total, l’attentat fait 22 morts et une centaine de blessés, 46 maisons de la rue Saint-Nicaise sont détruites ou rendues inhabitables.

Profitant d'une confusion de Bonaparte, qui croyait que l'attentat était dû aux jacobins, Cadoudal réussira à s'échapper, ainsi que Limoëlan, mais Saint-Régeant sera arrêté et exécuté en place de Grève.
Une nouvelle conjuration royaliste est découverte à Paris en 1804, menée par Georges Cadoudal lui-même. Arrêté le 9 mars 1804, il reconnait avoir été à l'origine de l'attentat contre Bonaparte mais affirme qu'il en désapprouva la méthode. Jugé, il est condamné à mort et guillotiné le 25 juin 1804 avec onze de ses hommes.

Sa bonne étoile veillait toujours sur lui. Dans neuf mois, le 2 décembre 1804, le Premier Consul deviendra Empereur sous le nom de Napoléon 1er. L'Histoire était en marche...

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