En mourant, Napoléon Ier avait manifesté le désir d’être inhumé « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français [qu’il avait] tant aimé » dans un codicille de son testament écrit le 16 avril 1821 à Longwood House.
Le 5 mai 1821, l'aigle s'envola.
Dès le 14 juillet 1821, Gaspard Gourgaud fut le premier (avec les colonels Fabvier et de Bricqueville) à adresser en vain une pétition à la Chambre des députés, pour la prier d'inviter le gouvernement à réclamer de l'Angleterre, au nom de la France, les restes de l'empereur.
Après de nombreuses demandes, et devant l'impatience des Français, Le roi Louis-Philippe, la mort dans l'âme, se résolut à réclamer la dépouille de Napoléon aux Anglais. le 10 mai 1840, François Guizot, alors ambassadeur à Londres, fit, à son corps défendant, une demande officielle au gouvernement britannique, qui fut aussitôt agréée.
Le 7 juillet 1840, à sept heures du soir, la frégate "La Belle Poule" appareillait à Toulon, escortée de la corvette La Favorite et de l'Oreste.
A l'arrivée à Ste Hélène, on alla en pèlerinage à Longwood, la dernière maison habitée par l'empereur. Celle-ci se trouvait dans un grand état de délabrement : les meubles avaient disparu, des inscriptions étaient sur plusieurs murs, la chambre de Napoléon était devenue une écurie où un fermier faisait paître ses bêtes. Les marins de L’Oreste se jetèrent sur le billard, qui avait été épargné par les chèvres et les moutons, et en arrachèrent la tapisserie et tout ce qu’ils purent emporter, sous les vociférations du fermier qui arrondissait son revenu en faisant visiter l’endroit et réclamait à grands cris une indemnité.
Les militaires anglais auraient rougi de honte devant le peu de respect de mémoire du lieu. On en n'attendait pourtant pas moins d'eux...
Le dimanche 18 octobre, à huit heures du matin, la Belle Poule, la Favorite et l’Oreste appareillèrent. L’Oreste alla rejoindre la division du Levant, tandis que les deux navires voguaient vers la France à tout allure par crainte d'être attaqués. Aucun accident remarquable ne signala, pendant les treize premiers jours la marche de la Belle-Poule et de la Favorite ; mais elles rencontrèrent, le 31 octobre, un navire de commerce, le Hambourg, dont le capitaine fit part au prince de Joinville d'inquiétantes nouvelles venues d’Europe: la guerre menaçait d'éclater entre l'Angleterre et la France, au sujet de l'Egypte. L'Angleterre voyant d'un très mauvais oeil le rapprochement de ce pays avec la France, qui menaçait la route des Indes. L'Empereur, même mort, allait-il encore subir l'agression britannique ?
Ces bruits de guerre furent confirmés par le bâtiment hollandais l’Egmont, qui faisait route pour Batavia. Le prince de Joinville s’empressa de former un conseil de guerre où furent appelés les officiers de la Belle-Poule et de la Favorite ; il s’agissait d’arrêter les dispositions nécessaires pour éviter que la précieuse cargaison ne soit mise en péril en cas de rencontre avec des navires britanniques. Joinville fit préparer la Belle Poule pour un éventuel combat, ce qui était un enfantillage, mais il ordonna surtout à la Favorite de s’éloigner aussitôt et de gagner le premier port français. Le prince n’ignorait pas qu’un navire britannique n’aurait pas attaqué le vaisseau funéraire, mais que la Favorite n’eût pas bénéficié de la même magnanimité et il redoutait avec raison d’avoir à lui porter secours si elle devait être prise dans les lignes d’un vaisseau ennemi, au risque d’y perdre la frégate et son chargement. Une autre hypothèse est que la Favorite est plus lente et qu'elle ne peut que retarder la Belle Poule.
Le 27 novembre, la Belle-Poule n’était plus qu’à cent lieues des côtes de France ; elle n’avait rencontré aucune croisière britannique ; mais elle n’en persista pas moins dans les précautions que commande la prudence en temps de guerre; bien que ces précautions étaient inutiles puisque les tensions avaient cessé au détriment de la France qui avait dû abandonner son allié égyptien. Thiers avait été contraint à démissionner.
Le 30 novembre, la Belle-Poule entra dans la rade de Cherbourg, et six jours plus tard les restes furent transférés sur le bateau à vapeur la Normandie. Après avoir gagné Le Havre, le cercueil fut placé au Val-de-la-Haye, près de Rouen, sur le bateau la Dorade pour remonter la Seine, sur les berges de laquelle la population rendit hommage à l'Empereur. Le 14 décembre, la Dorade vint s’amarrer au quai de Courbevoie à l'endroit duquel se trouve aujourd'hui une stèle commémorative qui marque l’emplacement où elles ont reposé avant leur transfert aux Invalides.
L'inhumation avait été fixée au 15 décembre. Victor Hugo évoque cette journée dans Les Rayons et les Ombres :
Ciel glacé ! soleil pur ! Oh ! brille dans l’histoire !
Du funèbre triomphe, impérial flambeau !
Que le peuple à jamais te garde en sa mémoire
Jour beau comme la gloire,
Froid comme le tombeau.
Malgré un froid soutenu de - 10 degrés, la foule des spectateurs depuis le pont de Neuilly jusqu’aux Invalides était prodigieuse. Il y avait des maisons dont les toits en étaient couverts. Le respect et la curiosité l’emportaient sur l’énervement et le froid pénétrant achevait de glacer les velléités d’agitation de la foule. Sous le pâle soleil qui avait succédé à la neige, les statues de plâtre et les ornements de carton doré produisaient un effet ambigu : « le mesquin habillant le grandiose ».
La légende impériale venait de commencer. Elle n'était pas près de finir...