La guerre hispano-américaine, commencée le 25 avril 1898, à la suite d'une « escalade » des différends opposant les États-Unis et l'Espagne, s'achève le 10 décembre 1898 avec les négociations du Traité de Paris, qui marque la perte par l'Espagne de ce qui lui restait de son empire d'outre-mer.
Le début du XIXème siècle avait vu l'émancipation des anciennes colonies espagnoles d'Amérique, sous l'impulsion de Simon Bolivar et de Sucre.
Les jeunes Etats-Unis d'Amérique saisirent cette occasion pour tester leur puissance militaire et diplomatique naissante.
La cible choisie était l'Espagne, puissance en déclin. Les débris de son ancien empire colonial attisaient depuis des années la convoitise des Etats-Unis, essentiellement pour des raisons stratégiques. Les îles des Caraïbes (Cuba, Porto-Rico), mais aussi les Philippines et Guam, archipels asiatiques, représentent de formidables points d'appui, des bases avancées remarquablement situées en cas de conflit ultérieur.
Malgré les journaux — si l’on met à part le Journal et le World —, les politiciens, les hommes d’affaires et les membres du clergé qui appelaient au calme, l’opinion publique fut atteinte, suivant l’expression d’un diplomate européen, « d’une sorte de furie belliqueuse ». Des manifestations brûlaient des Espagnols en effigie dans les rues : un enthousiasme guerrier déferla d’un bout à l’autre du pays. Devant l’inaction du gouvernement, on commença à siffler McKinley dans les rues et dans les théâtres.
Devant la montée de cette marée de bellicisme, les avocats de la paix commencèrent à faiblir. Le Chicago Times Herald écrivait le 9 mars 1898 : « L’intervention à Cuba est maintenant inévitable. Nos conditions politiques internes ne permettent pas de la repousser. » D’autres journaux emboîtèrent le pas. Le 19, un sénateur républicain du Vermont, modéré et respecté, Redfield Proctor, déclara devant le Sénat qu’un récent voyage à Cuba l’avait convaincu du bien-fondé d’une intervention. De nombreux hommes d’affaires, des organismes économiques, divers groupes religieux qui s’étaient montrés modérés commencèrent à changer d’avis. De nombreux dirigeants politiques décidèrent qu’il n’était désormais plus raisonnable de s’opposer à la demande générale en faveur de la guerre. Chez les Démocrates, par exemple, Bryan, qui avait manifesté jusque-là beaucoup de prudence, se prononça à la fin de mars pour l’intervention. De leur côté, de nombreux républicains firent pression sur le gouvernement qu’ils menacèrent de ne plus soutenir s’il ne tenait pas davantage compte de la volonté populaire.
La guerre débuta à cause d'un incident, encore inexpliqué à ce jour.
En janvier 1898, l'USS Maine est détaché de Key West en Floride à La Havane à Cuba, où il arrive le 25 janvier.
Six jours plus tard, dans la soirée du 15 février 1898, le cuirassé américain USS Maine explosait dans la rade de la Havane et coula rapidement, entraînant la mort de 266 hommes. Les preuves quant à la cause de l'explosion étaient peu concluantes car contradictoires, néanmoins, la presse américaine, menée par les deux journaux new-yorkais, proclama que c'était certainement un ignoble acte de sabotage commis par les Espagnols. La presse poussa le public à réclamer la guerre avec ce slogan : « Rappelez-vous du Maine ! L'Espagne en enfer ! ».
La plus populaire de toutes les guerres américaines, la « splendid little war », selon l’expression de John Hay, s’organise aux États-Unis dans la pire confusion. L’US Army ne comptant que 28 183 hommes, on fit appel à des volontaires qui ne recevaient que des fusils démodés et manquaient de tentes et de couvertures. N’ayant pas d’uniformes d’été, ils partirent pour les tropiques avec le lourd uniforme bleu en laine...
Les premiers combats se déroulèrent non pas à Cuba mais aux Philippines, également possessions espagnoles. L’escadre américaine du Pacifique composée de sept navires de guerre, commandée par le commodore George Dewey, envoya par le fond ou captura, à l’aube du 1er mai 1898, la flotte espagnole de huit navires de l’amiral Patricio Montojo en perdant un seul homme (d'une crise cardiaque) au cours de la bataille de la baie de Manille (ou bataille de Cavite) dans la baie de Manille.
À Cuba même, un corps expéditionnaire de 17 000 hommes débarqua le 20 juin 1898. Parmi eux, il y avait une unité de volontaires - le régiment de cavalerie des Rough Riders - commandés en titre par le colonel Leonard Wood et en fait par le lieutenant-colonel Theodore Roosevelt qui avait démissionné de son poste d’adjoint au Secrétaire à la Marine le 7 mai 1898 pour se joindre à l’expédition. L’armée espagnole ne sut pas profiter de sa supériorité numérique. Il est vrai qu’ils n’avaient que 13 000 hommes sur les lieux du débarquement et qu’ils étaient très mal organisés pour le transport de leurs troupes. Dans les combats qui se déroulèrent pour la prise des hauteurs des collines San Juan près de Santiago de Cuba, Théodore Roosevelt établit sa réputation de soldat téméraire et de héros. Ces combats furent d’ailleurs durs et sanglants, et les Américains, mal commandés, manquant de renforts, de nourriture et de munitions, étaient « au bord d’un désastre militaire », selon l’avis même de Roosevelt, mais remportèrent une bataille décisive pour le contrôle de l'île.
C’est encore sur mer que se joua le sort des armes : la flotte américaine coula en quelques heures les navires espagnols de l’amiral Cervera qui tentaient de sortir du port de Santiago de Cuba le 13 juillet. Privées de tout appui naval, les forces espagnoles de Cuba capitulèrent le 17 juillet. Porto Rico fut occupé sans résistance le 25 juillet par un contingent de 500 hommes.
Finalement, pendant cette guerre de dix semaines, les forces américaines avaient perdu 5 462 hommes dont seulement 379 sur les champs de bataille, tandis que les forces espagnoles déploraient la perte de deux généraux, 581 officiers et de 55 078 soldats et marins.
Le traité de paix de Paris est signé le 10 décembre 1898.
Il se conclut par la perte par l'Espagne de :
- ses dernières colonies d'Amérique,
- l'indépendance de Cuba (dans les faits instauration d'un protectorat américain avec l'amendement Platt),
- la cession de Porto Rico aux États-Unis,
- la perte de ses principales colonies du Pacifique: cession des Philippines (contre 20 millions de dollars) et de Guam aux États-Unis.
Une nouvelle puissance mondiale était née.