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Ça s'est passé à Paris un 9 décembre

Écrit le jeudi 8 décembre 2016 08:21

jeudi, 08 décembre 2016 08:21

Ça s'est passé à Paris un 9 décembre

Le 9 décembre 1893

Mort à la république bourgeoise ! Vive l'anarchie !


C'est en ces termes qu'Edouard Vaillant invectiva les députés réunis au Palis-Bourbon, le 9 décembre 1893, sous la IIIème République triomphante.

Né dans les Ardennes en 1861, Vaillant connaît une enfance misérable. À 12 ans, il vit seul à Paris où il sera plusieurs fois condamné : à l'âge de 13 ans pour avoir pris le train sans billet ou encore à 17 ans pour avoir mangé dans un restaurant et être parti sans payer, ce qui lui vaut six jours de prison.

Il exerce divers emplois manuels en tant qu'apprenti et se passionne pour l'astronomie et la philosophie. Préoccupé par sa propre misère et celle qui règne à Paris, il est séduit par les milieux anarchistes et commence à fréquenter certains de ces groupes. Il militera d'ailleurs aux Indépendants de Montmartre. Il se marie et vit dans le dénuement avec sa femme et leur fille Sidonie qui sera recueillie plus tard par Sébastien Faure.

Il décide alors de tenter sa chance en Argentine dans la région du Chaco, mais c'est un échec. Après trois ans d'exil, il revient en France où il ne trouve que des emplois occasionnels et a du mal à nourrir sa famille.

Il renoue alors avec le milieu des « compagnons » anarchistes, qui préconisent « la propagande par le fait ». Les vagues d'actes anarchistes se multiplient alors en France dans les années 1892-1894 à l'initiative de plusieurs activistes, parmi lesquels Ravachol, Sante Geronimo Caserio ou encore Émile Henry. Leurs actions visent la bourgeoisie, qu'ils jugent responsable de la misère en cette période de crise économique, et surtout les premiers responsables à leurs yeux des inégalités sociales, c'est-à-dire les parlementaires, au lendemain du scandale de Panama de 1892 qui révèle la corruption du personnel politique.

Ce contexte motive Auguste Vaillant, qui veut également venger la mort de Ravachol. Vaillant entend aussi dénoncer la répression du gouvernement de Jean Casimir-Perier contre les activistes anarchistes.

Il passe à l'acte le 9 décembre 1893. Vers 16 heures, il lance une bombe d'une grande puissance dans l'hémicycle de la chambre des députés au Palais Bourbon, présidée par Charles Dupuy. C'est une bombe chargée de clous, de morceaux de zinc et de plomb qui s'abat sur les députés et sur les spectateurs assistant aux délibérations. Une cinquantaine de personnes sont blessées, dont Auguste Vaillant lui-même.

Arrêté avec vingt autres personnes, Vaillant avoue dans la nuit qu'il est l'auteur de l'attentat. Lors de son procès, il fait remarquer que son geste était destiné à blesser et non à tuer, raison pour laquelle il a rempli sa bombe avec des clous et non avec des balles.

Avant le verdict, Vaillant s'exprime devant les jurés :

« Messieurs, dans quelques minutes vous allez me frapper, mais en recevant votre verdict, j'aurai la satisfaction d'avoir blessé la société actuelle, cette société maudite où l'on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d'accaparer la richesse sociale (…) Las de mener cette vie de souffrance et de lâcheté, j'ai porté cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales ».

Auguste Vaillant est condamné à mort. Malgré une pétition lancée en sa faveur par l'abbé Lemire, blessé durant l'attentat, et l'intervention de sa fille Sidonie auprès de l'épouse du président, Sadi Carnot refuse d'accorder sa grâce à Vaillant qui est guillotiné le 5 février 1894. Il avait 33 ans.

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