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Ça s'est passé à Paris un 7 décembre

Écrit le lundi 5 décembre 2016 12:14

lundi, 05 décembre 2016 12:14

Ça s'est passé à Paris un 7 décembre

Le 7 décembre 1815

On a fusillé un maréchal !

D'origine modeste, Michel Ney naît à Sarrelouis en Lorraine le 10 janvier 1769.

Il débute comme clerc de notaire, avant de devenir contremaître des mines et des forges. Il abandonne un travail de bureau pour entrer au service à l'âge de 18 ans comme hussard, dans le régiment Colonel-Général à Metz en 1787, contre l'avis de son père. Après être passé par tous les grades inférieurs, il devient sous-officier à la Révolution française.

Sa voie était trouvée. Il ne la quittera plus et se couvrira de gloire.

Le général Kléber le fait nommer lieutenant de l'armée du Rhin en 1792, capitaine en 1794, puis chef d'escadron, et adjudant-général chef de brigade le 15 octobre 1794. C'est un des premiers généraux à repérer ses talents. Ses hommes lui ont déjà donné un surnom : « l’Infatigable ». Comme il est roux, ses hommes l'appellent affectueusement le « rougeaud », le « rouquin » ou « crâne de tomate »; il n'est pas facile, orgueilleux, susceptible mais n'a peur de rien.

Général de division en l’an IV, il signe avec les symboles maçonniques, car, comme beaucoup de militaires, il est franc-maçon. En septembre 1799, il commande provisoirement l'armée du Rhin.

Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de la République helvétique en 1802, il parvient à imposer le gouvernement unitaire voulu par le Premier Consul et pacifier ce pays menacé de guerre civile, ce qui lui vaut l’estime de Talleyrand. Il y fera également la connaissance d’un historien curieux de stratégie, Jomini, qui va l’impressionner et aura sur lui une influence.

Il fera partie de la première fournée de nominations de Maréchaux d'Empire et jurera fidélité à l'Empereur.

La capitulation d’Ulm n'est que le prélude d’Austerlitz. Pendant que Napoléon Ier frappe ce grand coup, Ney, détaché vers le Tyrol avec la droite de la grande armée, termine la campagne en chassant du Tyrol l’archiduc Jean, en s’emparant d’Innsbruck et de la Carinthie.

Bientôt s’ouvre la campagne de Prusse. Présent à Iéna le 14 octobre 1806, Ney emmène ses divisions à l’assaut des lignes prussiennes. Mais, emporté par son élan, il se retrouve encerclé. Lannes le tire de ce mauvais pas. Le lendemain, il prend Erfurt et quelques jours plus tard entame le siège de Magdebourg, siège qui dure moins de 24 heures.

La bataille d'Eylau (8 février 1807), si elle n’est pas perdue grâce aux charges du maréchal Murat, est gagnée grâce à l’arrivée propice et inespérée du 6e corps commandé par le maréchal Ney. Avec seulement 14 000 soldats, il contraint les 70 000 soldats russes à se replier, à Guttstadt.

Le 6e corps était chargé de poursuivre le Prussien L’Estocq au nord. Mais le contact avec L’Estocq n’étant pas établi, Ney décide, en entendant les bruits de canon, de rejoindre le combat, parcourant 80 kilomètres en une seule journée !

La victoire de Friedland peut aussi être mise en partie à son crédit. En Espagne, il est moins heureux à cause de son caractère jaloux, de ses disputes avec Jomini, son chef d’état-major, et surtout à cause de la haine qu'il entretient à l'égard du maréchal Soult. Il commande les troupes françaises qui occupent la Galice.

Mais l’image d'Épinal représente à tout jamais le maréchal Ney lors de son héroïque campagne de Russie en 1812. Il y dirige le 3e corps d’armée. Pendant la phase offensive de la campagne, il occupe le centre du front de l’armée, et participe à des combats sanglants et frontaux tels que Smolensk ou Moskowa, le 6 septembre 1812, où il reçoit une balle dans le cou. Ce dernier combat lui vaut le titre de prince de la Moskowa le 25 mars 1813.

Pendant la retraite, il se dévoue à l’arrière-garde de l’armée, et, durant quarante jours, il protège les débris de l’armée, permettant ainsi aux civils et aux blessés de disposer de plus de temps pour suivre la retraite.

Viendra ensuite la campagne de Saxe, puis la magnifique campagne de France en 1814. Napoléon, avec les débris de son armée, se battra comme un lion à un contre dix contre les armées coalisées qu'il battra à plusieurs reprises. Mais, ployant sous le nombre, l'Empereur devra capituler.

Ce sera la première abdication et les adieux de Fontainebleau à l'occasion desquels il presse l'Empereur d'abdiquer et se rallie aux Bourbons, ce qui lui vaut d'être nommé pair de France par Louis XVIII. Il est le premier des maréchaux à abandonner Napoléon après la capitulation de Paris, ce qui restera à jamais une tache indélébile dans son superbe parcours. Couvert de titres et d'honneurs par celui qu'il avait si bien servi pendant dix ans, il n'hésitera pas, pour conserver son train de vie, à trahir celui qui lui avait tout donné.

Napoléon s'évade de l'île d'Elbe, et joue son avenir sur un coup de dés. Quel sort vont lui réserver les Français, alors qu'il débarque le 1er mars 1815 avec quelques fidèles à Golfe Juan, avec l'objectif de gagner Paris au plus vite, et en chasser le roi Louis XVIII ?

Ney propose au roi Louis XVIII de ramener Napoléon « dans une cage de fer » mais, finalement, se rallie à l’Empereur.
Sa décision prise, le maréchal Ney fait afficher sa proclamation de Lons-le-Saunier :

"Soldats ! La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie légitime, que la nation française a adoptée, va remonter sur le trône. C’est à l’empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient de régner sur notre beau pays…"

La rencontre d’Auxerre entre le maréchal Ney et Napoléon est en fait une rencontre à huis clos. Les témoignages divergent. Il semble que les deux hommes aient fortement haussé le ton. Certains prétendent que Napoléon aurait fortement tancé son maréchal pour sa « défection » de 1814.

Le 18 juin suivant, ce sera la dernière bataille. A Waterloo, en Belgique, les Français affrontent des Anglo/Hollando/Prussiens deux fois plus nombreux.
Une fois de plus, le Maréchal Ney fait preuve de la plus grande bravoure. Sans ordre de Napoléon, il décide de lui-même de charger l'armée anglaise, avec toute la cavalerie.

La charge est énorme. Une des plus grosses charges de cavalerie de l'histoire. Napoléon déplore cette charge, mais la soutient néanmoins avec la cavalerie de la Garde sous ses ordres. La cavalerie est trop nombreuse, d'autant plus que des bataillons suivent spontanément ce mouvement d'ampleur. Mais malgré cela, la charge réussit. Wellington donne des ordres pour préparer un embarquement. La ferme de la Haie Sainte passe aux Français. Les Anglais sont au bord de la rupture.

Le maréchal Ney fait demander un renfort d'infanterie à Napoléon qui refuse, alors qu’il dispose du corps de Mouton-Duvernet.

En quelques instants la bataille bascule, les carrés britanniques se reforment et, peu après, la cavalerie prussienne arrive au contact. Le maréchal Ney repart à l'attaque, à pied, à la tête de l'infanterie restante, à la tête de la division Durutte, en s'écriant : « Venez voir comment meurt un maréchal de France ! » Mais sans réussite. Son entêtement échoue, entraînant davantage de pertes françaises.

Il a eu, ce jour-là, cinq chevaux tués sous lui. Tous les témoins diront qu'il cherchait la mort, mais que la mort ne voulut pas de lui.

La bataille est terminée. C'est la seconde abdication, et Napoléon est exilé à Ste Hélène.

La monarchie restaurée, Louis XVIII revient à Paris.
Pendant cette période dite de la seconde Restauration, le maréchal Ney est détesté de tous les partis, sauf des républicains qui sont alors trop minoritaires.

Le maréchal arrive à Paris sous escorte le 19 août. Il est aussitôt incarcéré à la Conciergerie. Il est transféré à la prison du Luxembourg. En chemin, le général Exelmans lui propose de le délivrer et de l'escorter où il le souhaite, mais il refuse. On dit que des officiers seraient venus le libérer à la prison du Luxembourg, mais qu'il aurait refusé aussi.

Le conseil de la Guerre qui doit juger le maréchal Ney comprend d'autres maréchaux de France, et la présidence en revient de droit à leur doyen, le maréchal Moncey, duc de Conegliano. Celui-ci se récuse dans une lettre adressée au roi, refusant de siéger au procès et de juger son ancien compagnon d'armes. Mécontent, le roi destitue Moncey le 29 août par ordonnance royale. Il lui inflige également trois mois d'arrêt à la forteresse de Ham. Le maréchal Jourdan, également membre du Conseil de guerre, est alors désigné pour le présider. Ney est défendu par Berryer père et André Dupin.

Le maréchal Ney ne souhaite pas être jugé par ses anciens camarades dont il craint la rancune à la suite d'incidents passés.
La Chambre des pairs juge donc le maréchal Ney. Plusieurs éminents personnages se font dispenser, dont Talleyrand, qui dit ne pas vouloir participer à un tel crime. Le débat est à sens unique, la Chambre des pairs étant à forte majorité monarchiste.

Il sera condamné à mort. Il fallait en finir avec ces symboles bonapartistes, dont les Français avaient encore la nostalgie.

À 8 h 30 le 7 décembre 1815, une voiture vient chercher Ney. Il porte un simple costume bourgeois. Le cortège s'arrête avenue de l'Observatoire. Le maréchal refuse qu'on lui bande les yeux et, s'adresse aux soldats : « Camarades, tirez sur moi et visez juste ! » La phrase qu'on lui prête : « Soldats, visez droit au cœur ! » semble plus romanesque que véridique.

Une statue commémore l'événement à l'endroit où ce grand soldat fut exécuté.
Quelle époque, et quels hommes !

 

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