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Exposition universelle de 1900: le Paris médiéval reconstitué

Écrit le dimanche 18 mars 2018 05:38

dimanche, 18 mars 2018 05:38

Exposition universelle de 1900: le Paris médiéval reconstitué

Exposition universelle de 1900: le Paris médiéval reconstitué


C’est à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900 se déroulant à Paris que Robida se voit confier la reconstitution d’un « vieux Paris », ensemble construit sur une plate-forme surplombant la Seine et destiné à réunir les monuments et l’architecture, l’objectif étant de ressusciter la vie d’autrefois de cette capitale chargée d’une Histoire que l’on croise à chaque pas...
Ressusciter devant les yeux étonnés des Parisiens d’aujourd’hui le vieux Paris d’autrefois ; élever en face des monuments de pierre et de fer, synthèse de l’architecture moderne, les toits à poivrière, les tours massives, les campaniles élégants, les larges escaliers, les églises, les maisons à pignons élevés, les quais, les chemins de ronde, les remparts, toute cette splendide efflorescence architecturale qui va du XIIIe au XVIIIe siècle ; obliger les visiteurs de l’Exposition à jeter un regard sur les constructions de ces époques disparues ; leur montrer qu’elles n’étaient ni sans charme, ni sans beauté ; leur en faire admirer tout le pittoresque, et, au milieu de ces vieilles pierres dont chacune évoque un souvenir, leur faire revivre le passé tragique, grandiose et merveilleux de la « Ville Lumière, » tel fut le rêve qu’un artiste mit en oeuvre et créa de toutes pièces. Cet évocateur, ce magicien plutôt, est Robida.

Il choisit son emplacement sur les berges de la Seine, à mi-chemin entre les ombrages des Champs-Elysées et les hauteurs du Trocadéro, dans un endroit déjà par lui-même historique, et à l’histoire des plus intéressantes. C’était au Moyen Age une berge broussailleuse, située non loin des jardins de l’ancien village de Chaillot qui appartint d’abord à la grande abbaye parisienne de Saint-Martin-des-Champs, puis, en partie, au seigneur de Marly-le-Roi et à messire Philippe de Commines, le chroniqueur, qui possédait là un manoir surmonté d’une grosse tour servant de prison.

C’était jadis la pleine campagne couverte de cultures et de vignes où, plus tard, Boileau et Molière devaient venir se reposer, tandis que La Fontaine y rimait ses fables exquises. Sous Louis XVI, Chaillot, de village devint quartier de Paris, et fut englobé dans l’enceinte des fermiers généraux. Le quai, sous l’Empire, prit le nom de Billy, un général tué à Essling, et dans la maison portant anciennement le numéro 10, Georges Cadoudal régla ses dernières dispositions pour tâcher d’enlever ou de supprimer Bonaparte.

Enfin, c’est de ce creux de la rivière que Fulton lança, en 1804, son étrange bateau, qui marchait sans rames et sans voiles, point de départ bien modeste des immenses flottes et des gigantesques maisons flottantes actuelles qui, bravant les tempêtes, sillonneront plus tard les mers les plus lointaines.

Pendant plus de dix-huit mois, les Parisiens assistèrent à une série de travaux qui les intriguèrent fort. Une fourmilière d’ouvriers circulait dans un chantier énorme ; des fardiers amenaient des troncs de sapins gigantesques, une véritable forêt. Ils étaient étayés dans l’eau, puis peu à peu enfoncés dans le limon du fleuve à l’aide d’une haute sonnette qui, semblable à quelque engin de guerre d’autrefois, haletante, sifflante, laissait retomber sur l’arbre, avec un bruit sourd, un poids de 1 000 kilos ; des scaphandriers émergeaient parfois de l’eau, pareils, avec leur gros casque de cuivre, à quelque bête fantastique ; des charpentiers juchés, suspendus sur les pilotis entre lesquels clapotait le flot de la Seine, les reliaient entre eux au moyen de moises d’acier ; des batelets circulaient, une forge rougeoyait au milieu des arbres, effarouchant des bandes de corbeaux tournoyantes.

Ces fondations peu ordinaires établies, on constitua un plancher formé d’épais madriers. C’était le sol, désormais stable et solide, sur lequel s’élevèrent peu à peu une série de charmantes constructions : ville du passé peu à peu renaissante.

Sous le règne de Charles V, Paris se développant considérablement, l’enceinte de Philippe-Auguste, qui renfermait déjà l’Université et l’abbaye Sainte-Geneviève, devint trop étroite. Il fallut construire une autre muraille, enceinte composée d’une courtine flanquée de tours demi-circulaires, très rapprochées sur la rive gauche, plus espacées sur la rive droite. De nombreuses portes — il y en avait une vingtaine — donnaient accès à l’intérieur de la ville.

C’est sous l’une d’elle, la porte Saint-Michel, que le visiteur passe pour entrer dans le Vieux Paris. C’est un très gros pavillon, flanqué de tours et de tourelles, avec, de l’autre côté du fossé, une barbacane maçonnée. Elle s’appuie à un rempart en partie couvert de bâtiments, débris de fortifications, reste d’enceinte désaffectée dont les gros murs étaient utilisés comme appui aux maisons qui s’accrochaient le long de ses bords.

Nous sommes à la veille d’une entrée princière ou royale. La porte n’a plus l’aspect militaire et rébarbatif. Bien au contraire, les émaux et les écussons miroitent au soleil ; dans le haut, on aperçoit des eschaffauds (tribunes), où des musiques sonneront en l’honneur des puissants seigneurs et des nobles dames. Des sentinelles du guet de Paris, en casaque de buffle, la bourguignotte en tête, la vouge sur l’épaule, se promènent de long en large et gardent l’entrée.

Après avoir passé sous la voûte, on découvre une petite place encadrée par le pignon de la Maison aux Piliers et la haute tour du Louvre, la place du Pré aux Clercs. Derrière soi, c’est la face intérieure du portail d’entrée de la Chartreuse du Luxembourg. Par devant, deux voies s’enfoncent, sinueuses : à gauche, la rue des Vieilles Ecoles, à droite, la rue des Remparts, abritée parles verdures d’une ligne de grands arbres.

Ce portail date du XVe siècle. Il se divise en cinq arcades, dont celle du milieu, plus élevée, est semée de fleurs de lis de France, sur fond d’azur, et encadre une statue de la Vierge. Les Chartreux furent appelés à Paris par saint Louis, qui leur donna les terrains situés au pied de la montagne Sainte-Geneviève. C’est là, à cet endroit qui devait devenir plus tard les jardins du Luxembourg et le grand bassin de l’Observatoire, que son architecte, Eudes de Montreuil, leur construisit une grande église. Ceux-ci édifièrent à l’entour de petites maisonnettes où ils vivaient solitaires et reclus. Entourée petit à petit par les faubourgs grandissants, la Chartreuse disparut sous la Révolution.

Dominant toute la place de son épi à girouettes, situé à 40 mètres de haut, élancée, svelte, avec sa tourelle d’escalier montant sur le côté, ses toits en poivrière, sa plate-forme crénelée, la tour du Louvre se dresse. C’étaient des tours semblables à celle-ci qui terminaient les angles du château proprement dit, tour de la Taillerie, tour de la Chapelle, tour du Bois, aux fenêtres en ogive, à l’escalier à vis ourlé de sculptures et de statues, aux marches taillées dans les vieilles dalles funéraires du cimetière des Innocents. C’est devant l’une d’elles, qui subsistait encore sous Louis XIII, que l’on assassina le maréchal d’Ancre.

En face, s’élève un fragment de l’antique berceau des franchises municipales, du premier Hôtel de Ville, l’antique Maison aux Piliers de la place de Grève. Du haut de ses fenêtres, Etienne Marcel harangua les Parisiens après le meurtre des maréchaux de Champagne et de Normandie ; elle fut témoin des batailles et des massacres des Maillotins, des Cabochiens, des Armagnacs et des Bourguignons, et évoque ces multiples événements, séditions, drames et révolutions qui sont l’histoire de Paris. Elle renferme, en outre, d’immenses salles à voûtes de bois, à charpentes décorées et sculptées, prenant jour sur des terrasses qui surplombent le fleuve.

Sous le pignon de la Maison aux Piliers débouche la rue des Vieilles Écoles. Ah ! l’aspect délicieux de cette étroite ruelle d’autrefois avec sa suite de pignons en charpente à grand arc ogival aux poinçons sculptés, d’encadrements de fenêtres, de poteaux corniers, d’abouts de poutres, de solives terminées en figures grotesques, merveilleuses imayges de pierre et de bois, figures de saints, scènes de fabliaux décorant logis nobles ou bourgeois, hôtels princiers, échoppes et boutiques de marchands. Tout cela peint de couleurs vives, à l’aspect gai et joyeux, les vieilles enseignes naïvement enluminées grinçant au bout de leur potence, les artisans sur le pas de leur porte, bavardant, humant l’air frais, heureux de vivre.

C’est la maison natale de Molière, rue des Étuves Saint-Honoré, ou maître Poquelin passa son enfance, à l’enseigne du pavillon des Singes, ornée d’un poteau cornier où une dizaine de ces animaux sont représentés cueillant et croquant des pommes. Le président Mole faillit y être écharpé par des furieux alors qu’il revenait d’essayer de négocier avec la reine Anne d’Autriche.

C’est la maison de Nicolas Flamel, le célèbre enlumineur et miniaturiste, et de dame Pernelle, son épouse. Sur la façade ils sont représentés, agenouillés tous deux et mains jointes, lui, habillé du long manteau des bourgeois de l’époque ; elle, coiffée du hennin aux longs plis retombants, l’aumônière pendue au côté. Au milieu, Dieu le Père avec son Fils en croix et des anges qui volent autour d’eux. N’est-ce pas ce Nicolas Flamel, fournisseur du roi, qui réservait dans sa maison des chambres données pour rien aux pauvres artisans ?

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