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La plus grande opération immobilière du siècle

Écrit le dimanche 14 janvier 2018 03:35

dimanche, 14 janvier 2018 03:35

La plus grande opération immobilière du siècle

La plus grande opération immobilière du siècle

(place Vendôme, 75001)

 

En 1685, Louis XIV charge Jules Hardouin-Mansart de créer sur les terrains de l'hôtel de Vendôme, tout près du cours de la Madeleine alors fort mal famé, une vaste place faisant pendant à celle des Victoires, récemment créée. Pour en orner le centre, Louvois surintendant des Bâtiments, commande à François Girardon une statue équestre du roi vêtu à l'antique. La statue de 40 tonnes, fondue d'un seul jet par Keller en 1692 est inaugurée en grande pompe en 1699 place Vendôme, appelée aussi à cette époque place des Conquêtes et devenue aussi à cette occasion place Louis le Grand. Les façades, faute de preneurs, furent démolies aussitôt après.

On bâtira alors une seconde place, plus petite, mais dont les hôtels qui la bordent seront plus vastes car bâtis en profondeur, le tout aux frais de la Ville et toujours sur les plans d'Hardouin-Mansart. Rectangulaire avec des pans coupés aux angles, la place s'ouvre sur les rues Neuve St Honoré et Neuve des Petits Champs. Six financiers passent un accord avec la Ville pour une impressionante opération immobilière: démolition des anciennes façades, construction des nouvelles et des hôtels destinés à la vente. En 1718, le célèbre banquier John Law acquiert près de la moitié de la place, dont les hôtels des numéros 3 et 5, construits par le non moins célèbre architecte Jacques Gabriel. Deux ans plus tard, il connaît une faillite retentissante et échappe de justesse, sur cette place, à un lynchage en règle de la part des agioteurs qu'il avait ruinés. Mais c'est surtout Hardouin-Mansart qui fit les affaires les plus lucratives, en acquérant les hôtels des numéros 7 et 9, et plus tard le numéro 11, le plus vaste de la place. Cet hôtel deviendra en 1717 la Chancellerie, actuel Ministère de la Justice.

C'est des fenêtres de l'hôtel de Gramont, au numéro 15, que le petit Louis XV vint regarder incognito en 1721, l'étincelant cortège des envoyés de la Sublime Porte, c'est à dire de l'Empire Ottoman; depuis 1896, il est remplacé par le Ritz.

Le 8 août 1792, menées par Théroigne de Méricourt, des femmes massacrent à coups de sabre neuf prisonniers royalistes, avant de promener leurs têtes au bout de piques sur la place qu'on appellera bientôt la place des Piques. Le lendemain, Danton installe à la Chancellerie le premier gouvernement de la République, tandis que le numéro 5 est occupé par la section révolutionnaire des Piques, dont le marquis de Sade était le secrétaire. La statue royale est abattue, écrasant sous elle une vendeuse de l'Ami du Peuple, le journal du criminel Marat. Seul vestige de ce vandalisme imbécile, le pied du roi, actuellement au musée Carnavalet.

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