L' Histoire en chansons
Malbrough s'en va t'en guerre

Parisenchansons
Auteur : INCONNU Année : 1722

 

MALBROUGH S'EN VA T'EN GUERRE

Analyse

Peu de chansons ont été aussi populaires que celle-ci. L'air a fait le tour du monde: en Piémont, en Castille, en Catalogne, en Arabie, en Angleterre, en Russie et aux Etats-Unis.
Châteaubriand, qui l'a entendue en Egypte, pense qu'il s'agit du chant que les croisés de Godefroy de Bouillon avaient entonné devant les murs de Jérusalem !

Il s'agit, en réalité, d'une ronde du Poitou, remontant à 1709, date de la bataille de Malplaquet. Lors de cette bataille, le capitaine John Churchill (un ancêtre de Winston Churchill, premier ministre britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale), premier duc de Malborough, allait passer pour mort.
Ce n'est cependant pas sur le champ de bataille qu'il devait rendre l'âme, mais dans son château de Windsorlodge, le 22 juin 1722, âgé de 72 ans.

Le "bel anglais", vainqueur du Maréchal de Villars, n'était en fait qu'un capitaine ambitieux et sans scrupules, auquel la rumeur publique reprochait de prolonger la guerre, alors que la France était réduite à la famine.

 

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C'est dans cet état d'esprit que le parolier français fut inspiré par ce personnage peu recommandable. Il se borna à utiliser l'idée de celle du duc de Guise, assassiné en 1563 par Poltrot du Méré. La similitude est frappante de l'une à l'autre, et le démarquage ne fait aucun doute, sans qu'on puisse préciser la raison pour laquelle, à l'aube du XVIIIè siècle, on pouvait se rappeler cette ancienne complainte:

Qui veut ouïr chanson
C'est du grand duc de Guise
Qu'est mort et enterré.
Aux quatre coins du poële
Quatre gentilhommes y avait

Dont l'un portait son casque
L'autre ses pistolets.

Et l'autre son épée,
Qui tant d'huguenots a tués

La cérémonie faite,
Chacun s'alla coucher.

Mais la célébrité de la chanson de Malborough ne survint que plus tard. Geneviève Barbier, vint à Versailles comme nourrice après la naissance, en 1781, du premier Dauphin. Elle la chanta devant la reine Marie-Antoinette, qui fut conquise par la mélodie.

La Reine la reprit à son tour, en s'accompagnant au clavecin, et toute la cour la fredonna bientôt.Devant ce succès, Beaumarchais l'a introduite dans le Mariage de Figaro, avec un refrain différent ("Que mon coeur a de peine !"), et sa vogue ne connut plus de limites.

La vogue en fut immense, et de nombreux objets furent dès lors décorés d'illustrations reprenant ce thème. On trouve ainsi divers éventails imprimés comportant les épisodes de la chanson, ses couplets et quelques portées de la musique.

 

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On trouve aussi des rubans, coiffures, gilets et surtout chapeaux "à la Marlborough". Une tour du Hameau de la Reine fut aussi dénommée "tour de Marlborough".

Dans une description du Carnaval de Paris 1783, on trouve cette musique interprétée par des instruments à vent accompagnant le cortège de la Promenade du Bœuf Gras.

"Eût-il fait voile pour Smyrne, Malborough, l'éternelle chanson l'eût accueilli au port." (Goethe)

Enfin, pour revenir un instant à Châteaubriand, il est probable que si les égyptiens connaissaient cette chanson, c'est sans doute parce que les soldats français de l'expédition d'Egypte la chantaient à toute occasion.

Et leur chef, un petit général corse, appelé à un grand avenir, en avait fait sa chanson favorite. Il chantait faux, mais la connaissait par coeur, et lui et la Grande armée allaient la propager dans toute l'Europe. Mais ça, c'est une autre histoire...

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