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Auteur : Philippe Année : ANNÉE

 

HISTOIRE INSOLITE DU 16ème Arrdt

Un quartier pas si sage que cela...

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Arrondissement le plus huppé de Paris avec le 7ème, le 16ème a la réputation non usurpée d'être le plus tranquille de Paris. La proximité du Bois de Boulogne, les nombreux espaces verts et les riches hôtels particuliers qui abritent une grande partie des ambassades de tous les pays du monde dans la capitale n'y sont pas étrangers.

Mais en y regardant de plus près, si la quiétude et le calme semblent généralement régner dans ses rues, on se rend très vite compte qu'ils ne sont bien souvent
qu'apparents. En réalité, un vent de folie et d'insolite a soufflé, depuis le rattachement des villages s'Auteuil et Passy à Paris, en 1860. Et il souffle encore aujourd'hui...

Petit tour d'horizon des anecdotes ayant marqué cet arrondissement:

Un asile d'aliénés pour célébrités !

L'ambassade de Turquie, au 17 rue d'Ankara, occupe l'ancien Hôtel de Lamballe. En 1845, le docteur Blanche vint y installer sa maison de santé pour aliénés.
Cette célèbre maison accueillit deux illustres pensionnaires: Gérard de Nerval, qui promenait un hareng saur et un hoamrd au bout d'une laisse dans la rue Berton, avant de se suicider près du Châtelet et Guy de Maupassant, qui y mourut le 6 juillet 1893.


Gérard de Nerval promenant un homard
Gérard de Nerval romenant son homard
(gravure d'époque)


Issue de secours
 

Rue Berton, au numéro 24, un portail rustique ferme la cour de la maison de Balzac. Il utilisait fréquemment cette issue dérobée pour fuir les créanciers qui se pressaient à son domicile. Bâti à flanc de colline, l'accès se fait par l'escalier qui dégringole de la rue Raynouard. Balzac disait "qu'on y
entre par le haut comme le vin dans une bouteille".
Rue Berton, Maurice Leblanc fit vivre Arsène Lupin dans son roman "Le triangle d'or".

Drôle d'endroit pour ce musée

Rue des Eaux, se trouve le Musée ... du vin ! En fait, cette rue tient son nom des multiples sources qui y jaillissaient et qui avaient la réputation de guérir de l'anémie.
Boileau (évidemment!), mais aussi Condorcet, d'Alembert, Malesherbes, Turgot, Lavoisier, et Benjamin Franklin les fréquentaient assidûment.
Le musée est abrité dans d'anciennes carrières de calcaire.

Une rue de son vivant 

Victor Hugo vécut et mourut au 124 de l'avenue du même nom. Elle portait son nom de son vivant, ce qui est  tout à fait exceptionnel. Pas étonnant, pour un écrivain aussi exceptionnel...

L'ancêtre du tennis était français

Sur la façade cossue du 74 ter, rue Lauriston, vous verrez deux raquettes entrecroisées; derrière se trouve l'emplacement de la dernière salle de jeu de paume de Paris . Cet ancêtre du tennis date du 11è siècle; 12 courts existaient dans le Paris du 13è siècle. Au 19è siècle, une salle sera détruite pour faire place à l'Opéra Garnier. Les spectateurs des parties acharnées qui se jouaient autrefois faisaient partie de la "galerie".
Les exploits des sportifs "épataient la galerie".
Tout comme "les enfants de la balle" étaient les tenanciers des jeux de paume et enfin l'expression "jeu de mains, jeu de vilains" vient du fait que les "vilains" (les pauvres) n'avaient pas les moyens de se payer une raquette, et jouaient donc...avec les mains!

Un grand policier

5, avenue du Président Wilson, a vécu et est mort Alphonse Bertillon, le 13 février 1914.
Obscur fonctionnaire de la Préfecture de Police, il eut l'idée, révolutionnaire pour l'époque, de photographier les délinquants, de prendre les mesures de leur crâne et de leurs doigts, afin de confondre les récidivistes. C'étaient les prémices du fichier anthropométrique.

Le cinéma des Mexicains de la Perforation

En 2005, la police des catacombes a fait une découverte étonnante: patrouillant sous le Palais de Chaillot, dans une ancienne carrière, les aboiements d'un chien leur interdisent l'accès à une galerie. Après vérification, il ne s'agissait que d'un système d'alarme rudimentaire, destiné à éloigner les curieux: un enregistrement qui se déclenchait lorsque l'on touchait à la bâche qui protégeait une découverte encore plus stupéfiante. En effet, c'est une salle de cinéma clandestine, avec "fauteuils" taillés dans la pierre, chaises mobiles, et écran de projection. Une fausse bombe menaçant les intrus fut "désamorcée" par les services de déminage.
Revenant le lendemain avec des techniciens de France Telecom et d'EDF pour expertiser l'installation téléphonique et électrique, les policiers furent stupéfaits de constater...que la salle avait entièrement été vidée et nettoyée durant la nuit! L'aménagement de cette salle de cinéma insolite fut revendiqué par un groupe d'explorateurs urbains: "La Mexicaine de Perforation".
A ne pas imiter, bien sûr.


Un musée très contrefait

16 rue de la Faisanderie, le musée de la Contrefaçon rend hommage à l'une des plus anciennes activités de l'homme: la contrefaçon. Les plagieurs, copieurs et autres imitateurs de tout poil, qui ont contrefait tout et n'importe quoi au cours des siècles, avec plus ou moins de talent, ont ainsi leur Panthéon. C'est sous l'égide de l'Union des Fabricants que fut érigé ce musée, en 1951.
Mais le comble, c'est que l'hôtel particulier qui l'abrite est lui-même l'imitation d'un hôtel du Marais, aujourd'hui disparu...


Gentleman cambrioleur

Vous connaissez certainement le célèbre héros de Maurice Leblanc: Arsène Lupin, le fameux gentleman-cambrioleur. Mais connaissez vous son adresse? Eh bien, il habitait au 8 rue Creveaux. Au 4è étage, sous le nom de Félix Davey, et son numéro de téléphone était le 648-73. En réalité, c'étaient le numéro et l'adresse de...Maurice Leblanc lui-même ! On n'est jamais si bien servi que par soi-même...


arsenelupin et le bouchon de cristal
Arsène Lupin


Encore un souvenir de l'Expo !

Villa Beauséjour, se trouvent quelques isbas russes. C'est plutôt insolite à Paris, sauf si on se souvient de l'Exposition Universelle de 1867. Ces isbas sont les vestiges du pavillon de la Russie impériale.

 

Pas de commerces ici !

L'avenue Foch, autrefois appelée avenue de l'Impératrice, puis avenue du Bois, est interdite au commerce (du moins ceux ayant pignon sur rue...). C'est également la seule rue ou le trottoir situé entre la chaussée et les espaces verts, n’est pas goudronné. Historiquement, l’avenue était utilisée par les cavaliers et leur monture pour rejoindre le Bois de Boulogne situé au bout de l’Avenue. Enfin, elle est certainemenet l’une des artères de la capitale où le prix de l’immobilier est le plus cher.
On leur a préféré la construction d'hôtels particuliers et d'immeubles cossus. Qui s'en plaindra ?
Large de 120m (c'est la plus large de Paris), elle répond à des impératifs sécuritaires autant qu'esthétiques. En effet, le trajet de Napoléon III des Tuileries au château de St Cloud évite ainsi la traversée de tout village, et donc de tout problème éventuel.

Un explorateur bien casanier...

Le Musée Dapper, 50 avenue Victor Hugo, propose régulièrement des expositions sur l'art Africain. Ah oui, au fait, petite anecdote: Dapper, qui a donné son nom au Musée, était un géographe hollandais qui vécut au 17è siècle. Sa particularité ?
Oh, pas grand-chose en vérité. Il fut simplement l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'Afrique, dont "Description de l'Afrique et de ses îles (1678)", qu'il écrivit sans jamais avoir quitté son pays !
Etonnant, non ?

Un étrange cauchemar

Le château de Madrid, situé dans le Bois de Boulogne, est un magnifique spécimen de l’art de la Renaissance. Sa somptueuse façade de faïence fut décorée par Bernard Palissy. Le roi Henri III voulait bénéficier en cet endroit du calme qu’il avait pu apprécier lors de son séjour en Espagne, d’où le nom de ce château. Pour se divertir, il l’affecta aux jeux du cirque. Des lions se combattaient entre eux, ainsi que des taureaux et d’autres animaux sauvages. Puis, un beau jour, ou plutôt une nuit, près d’un lac où il s’était endormi, il fit un terrible cauchemar : il se vit dévorer par les lions qu’il aimait à voir s’entretuer. Le choc fut tel qu’il les fit tous abattre, ce qui mit un terme définitif à ces combats animaliers. Son successeur, Henri IV, avait, lui, des mœurs moins violentes. Il fit aménager l’édifice en magnanerie, après avoir planté dans le bois quinze mille mûriers pour l’élevage du ver à soie.

Une bien belle (mais dramatique) légende

La Croix Catelan rappelle le lieu où fut assassiné Arnaud Catelan. Ce jeune troubadour de la cour de Provence, émissaire de Béatrice de Savoie, apportait au roi Philippe le Bel des plantes aromatiques. Les soldats de l’escorte venus à sa rencontre croyaient qu’il transportait de l’or. Vous connaissez la suite, dramatique pour le troubadour. Mais le véritable Théophile Catelan, connu de l’histoire, était, lui, capitaine des chasses de Boulogne. Plus plausible.

L'immeuble de guinguois

Au 25 rue de la Pompe, vous trouverez un immeuble qui présente une particularité peu commune. Le rez-de-chaussée est aligné sur la rue, mais...les étages sont orientés différemment et "regardent" dans une autre direction ! Le souhait de l'architecte était de limiter les vis-à-vis.


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L'immeuble du 25, rue de la Pompe

 

Moi Tarzan, toi Jane

La piscine Molitor, 14 avenue de la Porte Molitor, a été inaugurée en 1929 par un plongeon du plus illustre Tarzan de l'histoire du cinéma: Johnny Weissmuller, champion olympique de natation. Le superbe ensemble Art Déco, à l'abandon depuis 1970, a heureusement fait l'objet d'une superbe réhabilitation.


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La piscine Molitor en 1955


La secte des naturistes

Au 48 de la rue du Général Delestraint, dans un immeuble cossu, une secte étrange avait son siège. De 1958 à 1961, les "Chevaliers du Cosmos" s'y réunissaient et même y vivaient ensemble, sous forme d'une véritable communauté. Déclarée le plus régulièrement du monde à la Préfecture de Police sous le nom plus anodin de "Ralliement des chercheurs de bonne volonté", cette secte avait la particularité de regrouper des adeptes, qui, sous l'autorité du mage Alfred Belmonte, vivaient nus et ne se nourrissaient que de fruits...

Trois hommes et six femmes composaient la communauté. La fin de l'histoire est plus cruelle: souffrant de malnutrition, une des femmes ne pesant plus que 29 kg (qui refusa de se faire hospitaliser), et des enfants étant mêlés à ses agissements, la secte finit par inquiéter la Préfecture de Police.

Le "mage" à la barbe blanche et aux longs cheveux bouclés se fut inculpé de non-assistance à personne en danger. Les plus surpris furent les voisins, qui n'avaient jamais soupçonné ce qui se passait à leur porte.

Quand le Palais des Congrès était plus ludique

Le Palais des Congrès de la Porte Maillot, tous les Parisiens et les étrangers le connaissent. 
Mais savez-vous que pendant près d'un demi-siècle, de 1909 à 1948, c'était l'emplacement de Luna Park, chanté par Yves Montand ? Ce parc d'attractions devait son nom au mot anglais "lunatic" (aliéné), car il fallait être quelque peu fou pour goûter ce genre de jeux. Sa principale attraction était le Scenic Railway, une montagne russe de près de deux kilomètres, parcourue à une vitesse folle. Sa fabrication avait nécessité 270 ouvriers pendant deux mois, et utilisé 270 kilomètres de câbles!

Lunapark1920

Lunapark en 1925

 

 

 

 

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Le saviez-vous ?

Si les anecdotes recensées dans la page précédente sont pour la plupart insolites et inoffensives, un monstre s'installa plusieurs années dans l'arrondissement, pour y pratiqua ses terribles activités.
C'était l'un des criminels les plus terrifiants du XXè siècle: le docteur Petiot. 

Le diable de la rue Le Sueur

Marcel Petiot naît à Auxerre le 17 janvier 1897. Abandonnant ses études de médecine pendant la Première Guerre mondiale, il devance l'appel et s'enrôle dans l'armée le 11 janvier 1916. Il est blessé au pied d'un éclat de grenade le 20 mars 1917. Accusé de vol de couverture à l'hôpital où il est soigné, il fait un premier séjour à la prison militaire d'Orléans avant d'être transféré dans le service psychiatrique de l'hôpital de Fleury-les-Aubrais où les psychiatres le déclarent neurasthénique, déséquilibré mental, dépressif paranoïaque et sujet à des phobies. Il est tout de même renvoyé au front en 1918, blessé une nouvelle fois, et réformé pour troubles psychiatriques.

En 1922, il ouvre un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne, où il devient rapidement populaire en offrant aux indigents consultations et vaccinations. Mais il se fait aussi remarquer par des tendances à la cleptomanie. Poursuivi par la justice pour divers délits, il part s'installer à Paris en 1933.

 

Portraitpetiot


Marcel Petiot

À son arrivée dans la capitale, Petiot ouvre un cabinet médical au premier étage du 66 rue de Caumartin - au-dessus d'un magasin d'objets de piété... Son entreprise est d'autant plus florissante qu'il organise une grande publicité, digne d'un charlatan, pour s'attirer des patients souffrant des maux les plus divers. Il vante sa pratique de l'électrothérapie.

Il se prétend aussi spécialiste en désintoxication, ce qui lui permet de délivrer des ordonnances de complaisance à des toxicomanes ou morphinomanes sans risquer d'être interpellé pour trafic de stupéfiants.

En 1936, il est arrêté pour vol à l'étalage à la librairie Joseph Gibert, dans le Quartier latin. Il affirme à ses juges qu' « un génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ». Déclaré aliéné mental, il échappe à la prison mais est interné d'office à la Maison de santé d'Ivry pendant sept mois.
La question de son état mental se pose alors : est-il fou ou a t-il simulé la folie pour éviter la prison ? Un premier expert psychiatre le déclare « délirant et irresponsable » mais un second conclut à « un individu sans scrupules, dépourvu de tout sens moral ».

Rendu à la liberté le 20 février 1937, il reprend tranquillement ses consultations.

Le 11 août 1941, il acquiert un hôtel particulier, à Paris, au 21 rue Le Sueur. Il y réalise d'importants travaux : il fait surélever le mur mitoyen pour empêcher toute vue sur la cour et transforme les communs en cabinet médical.
Lors de fouilles ultérieures, la police découvrira une cave intégralement aménagée comportant :

-   des doubles portes ;
- une pièce triangulaire équipée d'un judas permettant d'observer l'agonie des victimes après leur avoir administré une dose mortelle de gaz ou de poison, sous prétexte d'un vaccin; un puits rempli de chaux vive.

À partir de 1942, il propose un passage clandestin en Argentine à des personnes craignant d'être poursuivies par la Gestapo. Les candidats à l'évasion sont invités à se présenter chez lui, de nuit, munies d'une valise contenant bijoux, espèces et argenterie. Sous le nom de « docteur Eugène », il recrute deux rabatteurs : un coiffeur, Raoul Fourrier, et un artiste de music-hall, Edmond Pintard.
Les prétendants au voyage disparaissent mystérieusement sans atteindre l'Amérique du Sud - pas même Yvan Dreyfus, un prisonnier envoyé par la Gestapo pour infiltrer le réseau.

Une première victime disparaît le 2 janvier 1942. Il s'agit de Joachim Guschinow, un fourreur juif voisin de Petiot. Il aurait apporté l'équivalent de 300 000 euros en diamants. Visant d'abord les personnes seules, Petiot s'en prend bientôt à des familles entières, en leur proposant des « tarifs de groupe ». 

Les victimes sont essentiellement des Juifs, mais aussi des malfrats désireux de se faire oublier. Parallèlement à ces disparitions, d'autres individus connaissant le docteur, et risquant de le dénoncer, s'évanouissent dans la nature.

Les services allemands découvrent le réseau grâce à un second indicateur, un Français nommé Beretta. Petiot est arrêté et torturé pendant huit mois à la prison de Fresnes mais il n'avoue rien car il n'entretient aucun lien avec la Résistance. Il est libéré le 13 janvier 1944, faute de preuves.
Il décide alors de faire disparaître des indices compromettants.

Le 11 mars 1944, les pompiers sont alertés par des voisins qu'incommodent, depuis plusieurs jours, les odeurs pestilentielles provenant d'une cheminée de la maison à l'abandon située 21 rue Le Sueur.
Ils fracturent une fenêtre et pénètrent dans l'immeuble et sont vite alertés par les émanations et le ronflement d'une chaudière.
Descendus dans la cave, ils découvrent des corps humains dépecés, prêts à être incinérés dans deux calorifères à bois d'où provient la fumée.

 

Ensuite, il existe plusieurs versions des faits :

- une première prétend que Petiot, qui ne demeure plus sur place, serait arrivé à bicyclette tirant une remorque recouverte d'une toile, se serait fait passer pour son frère Maurice, aurait constaté les faits puis quitté les lieux ;

- une autre rapporte que, présent, il se serait justifié en affirmant que tous les corps étaient ceux de nazis qu'il avait tués lui-même, mystifiant ainsi les policiers qui l'auraient laissé partir.

Une autre version relate que Petiot ne serait jamais venu et que le commissaire Georges Massu, accompagné des inspecteurs principaux Schmitt et Battut, se serait présenté à son cabinet du 66 rue Caumartin, dont il était absent;

- une troisième, avancée par Henry Sergg, suppose que Petiot se serait rendu 93 rue Lauriston, au siège de la Gestapo française. Son chef, Henri Lafont, avait découvert ses crimes et, par chantage, le contraignait à travailler pour son compte. Il lui aurait conseillé de disparaître.

Quoi qu'il en soit, Petiot s'est volatilisé.

Lors de perquisitions ultérieures, on découvrira rue Le Sueur un débarras contenant 72 valises et 655 kilos d'objets divers dont 1 760 pièces d'habillement.

En fuite, Petiot s'engage dans les Forces françaises de l'intérieur sous le nom de « Capitaine Valeri ». Lors de son procès, il expliquera que son propre réseau, nommé « Fly Tox » – marque alors très connue d'une pompe à main insecticide et allusion ironique à la chasse aux mouchards – avait été démantelé par les Allemands.

Devenu médecin-capitaine, il est affecté à la caserne de Reuilly où il est devenu le Dr Wetterwald, officier de Sécurité Militaire chargé de l'épuration des traîtres et des collaborateurs24.

À la Libération, un mandat d'arrêt est lancé contre lui mais il reste introuvable25.

En septembre 1944, Jacques Yonnet, lieutenant à la DGER, publie dans le journal Résistance un article provocateur intitulé « Petiot, soldat du Reich ». Imprudent, Petiot utilise son droit de réponse. En adressant au journal une lettre manuscrite, il tombe dans un piège. Le journal n'étant diffusé que dans la capitale et en banlieue, la police en déduit qu'il se cache à proximité, au sein de la Résistance. Elle compare son écriture – facilement identifiable – à celle de tous les officiers FFI parisiens. Finalement, l'inspecteur Henri Soutif (qui a remplacé Georges Massu, alors emprisonné) l'arrête le 31 octobre 1944 à la station de métro Saint-Mandé - Tourelle.

On trouve dans ses poches un revolver 9 mm, une carte des Milices Patriotiques et plusieurs cartes d'identité. L'enquête met au jour la complicité de son frère Maurice, commerçant rue du Pont à Auxerre; de sa femme Georgette; de sa belle-fille et maîtresse Léonie Arnaux; d'Albert Neuhausen, marchand de cycles à Courson-les-Carrières, chez qui ont été retrouvées des valises.

Avant l'ouverture du procès, on inculpe son épouse et Albert Neuhausen de recel et son frère d'homicide involontaire.
Ils bénéficient finalement d’un non-lieu. Petiot, que la presse baptise « docteur Satan », est jugé du 18 mars au 4 avril 1946, par la Cour d'Assises de la Seine, pour vingt-sept assassinats, dont ceux de douze Israélites et de quatre proxénètes accompagnés chacun de leur prostituée.

Dès le deuxième jour du procès, par fanfaronnade, Petiot revendique soixante-trois meurtres. Il affirme qu'il s'agit de cadavres de traîtres, de collaborateurs et d'Allemands. Jusqu'au bout, il prétend avoir tué « pour la France ». Toutefois, il reste incapable d'expliquer pourquoi un pyjama d'enfant figure dans les affaires dérobées à ses victimes, ni comment les corps retrouvés sont ceux d'innocents.

Durant les auditions, il montre une attitude désinvolte et va même jusqu'à s'endormir.

Malgré la plaidoirie de six heures prononcée par son avocat, maître René Floriot, il est condamné à mort pour vingt-quatre meurtres.

Au matin de l'exécution, quand l'avocat général Pierre Dupin le réveille en lui disant : « Ayez du courage, Petiot, c'est l'heure », il rétorque : « Tu me fais chier ». Et quand, au dernier moment, il lui demande s'il a quelque chose à déclarer, il répond : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages ».
Ces paroles rappellent étrangement celles de Landru à son avocat, qui le pressait d'avouer ses crimes : « Cela, Maître, c'est mon petit bagage... ».

Soucieux de laisser une bonne image à maître Floriot, il lui demande de ne pas regarder l'exécution, affirmant : « Ça ne va pas être beau ! ».

Le 25 mai 1946, à 5 heures 07, il est guillotiné dans la cour de la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris. Le bourreau est Jules-Henri Desfourneaux. D'après les témoins, il meurt avec détachement, un sourire aux lèvres.

En marge de son acte de naissance, la mention de décès est erronée quant à l'arrondissement (il est inscrit: « décédé le 25.5.46 à Paris 18e).

Il est inhumé au Cimetière parisien d'Ivry, dans le carré des suppliciés.
Le terrain ayant été repris par l'administration après l'abolition de la peine de mort en 1981, les corps sont relevés à la fin des années 1990 si bien qu'on ignore ce que sont devenus ses restes.

La fortune indûment amassée par Petiot est restée introuvable. Selon certaines estimations, elle aurait atteint quelque 30 millions d'euros.
Plusieurs personnes rachetèrent son hôtel particulier du 21 rue Le Sueur et le démontèrent pierre par pierre pour y trouver un magot - en vain... Le bâtiment sera détruit et remplacé par un immeuble neuf dans les années 1950.

Sa femme Georgette tenta de refaire sa vie en travaillant dans une boulangerie. D'après des sources incertaines, elle serait partie rejoindre son fils Gérard en Amérique du Sud à la fin des années 1940.

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