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24 mai 1670: Louis XIV crée l'Hôtel Royal des Invalides par décret

Écrit le vendredi 13 avril 2018 03:53

vendredi, 13 avril 2018 03:53

24 mai 1670: Louis XIV crée l'Hôtel Royal des Invalides par décret

24 mai 1670: Louis XIV crée l'Hôtel Royal des Invalides par décret

 


Destiné à recevoir des soldats blessés, estropiés de la guerre ou vieillis dans le service qui jusque-là trop souvent s’adonnaient au vagabondage, l’Hôtel des Invalides est créé par Louis XIV, la construction de l’édifice étant confiée à l’architecte Libéral Bruant entre 1671 et 1676
Tout le monde le connaît ; c’est un des monuments les plus populaires de Paris et un des plus beaux qu’ait créés l’architecture du grand roi. Son dôme majestueux, ses cours largement taillées, sa façade austère parlent éloquemment en faveur de l’art français du XVIIe siècle et répondent magnifiquement à l’idée généreuse qui guida Louis XIV. « J’aimerais autant avoir fait cet établissement, si j’étais prince, que d’avoir gagné trois batailles », disait le Persan de Montesquieu.

C’était, en effet, une nouveauté que cette institution en faveur des invalides. De tous temps, les nations civilisées s’étaient préoccupées du sort des mutilés de la guerre. Athènes nourrissait ses vieux soldats aux frais du Trésor ; en Macédoine, ils devenaient colons ; Rome leur attribuait des bénéfices. « De curieux documents montrent que, dès le XIIIe siècle, Philippe-Auguste avait fait le plan d’une retraite pour ses invalides », explique Louis Dimier dans L’Hôtel des Invalides ; mais ce plan fut quatre siècles en état de projet.

Louis XI continuait à accorder des pensions à ses soldats ; sous Henri III s’organisèrent des établissements charitables que dota Henri IV, mais cette répartition des invalides dans les monastères présentait de sérieux inconvénients. Pour y remédier, Louis XIII songeait à les réunir à Bicêtre ; des questions d’ordre budgétaire entravèrent ce dessein, que les économies de Colbert permirent enfin de réaliser.

Il revenait à Louis XIV de mettre en oeuvre l’Hôtel royal des Invalides, et le 24 mai 1670, sur la présentation de Louvois, il signait un édit conçu de la sorte : « Nous fondons, établissons et affectons à perpétuité ledit Hôtel royal que nous avons qualifié du titre des Invalides, lequel nous faisons construire au bout du faubourg Saint-Germain de notre bonne ville de Paris, pour le logement, subsistance et entretènement de tous les pauvres officiers et soldats de nos troupes qui ont été ou seront estropiés ou qui, ayant vieilli dans le service en icelles, ne seront plus capables de nous en rendre. »

Le 30 novembre suivant, la première pierre était posée ; l’architecte Bruant, chargé de la construction, mourut peu après ; toutefois, ses plans furent respectés. Jules Hardouin-Mansart, qui lui succéda, rêvait d’orner la façade de la cour Vauban d’une colonnade qui eût donné à l’église du dôme une certaine ressemblance avec Saint-Pierre de Rome ; mais ce projet resta sur le papier, et l’Hôtel des Invalides est bien l’œuvre de Bruant. Seul, le dôme appartient à Mansart qui lui doit une partie de sa célébrité, comme son oncle devait la sienne au dôme du Val-de-Grâce.

En 1676, les bâtiments étant suffisamment avancés, on y transféra les invalides, réunis en attendant dans un immeuble de la rue du Cherche-Midi. La cour voulut les visiter, et le zèle des princesses les fit goûter au pain des soldats. Comme il n’avait aucune ressemblance avec celui de Versailles, elles le trouvèrent mauvais ; les invalides y gagnèrent de le voir s’améliorer, en prévision d’une visite, qui, sans doute, ne se renouvela pas.

En 1789, les revenus de l’Hôtel s’élevaient à 1 700 000 livres ; la Révolution mit les frais d’entretien des vieux soldats à la charge de l’État, et jugea utile de détériorer la décoration de l’église du dôme, qui parlait trop de Dieu et du roi. La chapelle de Mansart devint le Temple de Mars et les drapeaux de Notre-Dame y furent apportés. Le Concordat la rendit au culte ; d’ailleurs, les guerres du Premier Empire, en lui donnant un nouvel essor, allaient nécessiter le remaniement complet de l’Hôtel des Invalides.

Napoléon y consacra 6 millions. L’Hôtel fut placé sous la direction d’un général, portant le titre de gouverneur, assisté d’officiers et de médecins retraités. Ce personnel était doublé d’un Conseil de surveillance pour l’administration générale, et la chapelle desservie par un aumônier et deux chapelains. L’infirmerie fut confiée aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul, dont le vieil établissement était presque le contemporain. La bibliothèque comprenait plus de 20 000 volumes et se composait des meilleurs livres, rapporte l’Almanach Royal de 1816 ; le bibliothécaire était un colonel invalide.

La Révolution de 1830 gronda particulièrement de ce côté. Le gouverneur était le marquis de Latour-Maubourg, amputé de Leipzig, et dont la fidélité au roi et au poste du devoir était absolue. Il eut l’honneur de tenir, seul, tête à l’émeute et de faire flotter vingt-quatre heures de plus que partout ailleurs dans la capitale le drapeau blanc sur l’Hôtel confié à sa garde. Sous la monarchie de Juillet, les Invalides se confondent avec le retour des cendres. On connaît le furieux discours de Lamartine : « Où placerons-nous ce grand tombeau ? »

« Je désire que mes cendres reposent aux bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé », avait demandé l’empereur ; M. de Rémusat, en déposant le projet de loi, se fit son interprète : « Il importe à la majesté d’un tel souvenir que cette sépulture auguste ne demeure pas exposée sur une place publique, qu’elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie, la grandeur et l’infortune. (...) Il ne faut pas à Napoléon la sépulture ordinaire des rois : il faut qu’il repose et commande encore dans l’enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie, et où iront toujours s’inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. »

En 1872, la Commission du budget proposa de désaffecter l’Hôtel des Invalides, et de remplacer l’hospitalisation par des pensions ; ce projet fut repoussé ; mais, par décret du 25 janvier 1903, la fondation que Louis XIV voulait « perpétuelle et irrévocable » ne put échapper à l’œuvre désorganisatrice des ministres d’alors ; les quelques invalides qui restaient dans l’Hôtel y furent laissés ; mais avec eux s’éteindrait le souvenir de ces guerres que l’on voulait rayer du programme du monde.

Dès lors, ce vieil hôtel, aux allures de grand seigneur émigré dans un siècle qui n’était plus le sien, sembla morne et triste à ceux qui le visitaient, comme son dôme doré, que surmontait encore la croix, s’obscurcissait dans un horizon sombre ; toutefois, on y venait nombreux, et cette visite s’imprégnait de respect au contact des grands souvenirs qui l’habitaient.

127 000 mètres carrés, telle est la superficie de la demeure des braves. Des canons anciens, d’une patine merveilleuse, en gardent l’entrée. La façade Nord, superbe de régularité, aligne ses 196 mètres de développement, parallèlement à la Seine. Elle se compose de trois étages surmontés de mansardes ; trois avant-corps font saillie ; Louis XIV, à cheval, surmonte celui du centre et semble accueillir les arrivants au seuil de sa maison. La cour d’honneur est entourée de corps de logis sur trois de ses côtés ; c’étaient les bâtiments des invalides : au premier étage, les dortoirs ; au-dessous, les quatre réfectoires.

Au fond, la chapelle Saint-Louis, dite « des Soldats », mesure 70 mètres de long sur 22 de large et 24 de hauteur. Ses piliers corinthiens rappellent son origine, mais la Restauration l’a parsemée de marbres blancs et noirs, dont la chaire est un pittoresque exemple. Derrière le maître-autel, une immense glace sans tain fait communiquer cette chapelle avec celle du dôme, donnant ainsi au regard une vision profonde. Dans la nef, les bancs où se sont agenouillés des milliers d’invalides, et où s’agenouillent encore leurs survivants ; dans les caveaux, des morts illustres, et, en haut, les drapeaux alignés en un bataillon magnifique.

Sur la cour Vauban, l’église royale, un des chefs-d’œuvre de Mansart, se présente à la fois légère et majestueuse, avec son double étage de colonnes doriques et corinthiennes ; à l’intérieur, elle forme une croix grecque dont les quatre chapelles d’angles sont dédiées aux grands Docteurs de l’Église. Au centre, au-dessous de la coupole, où Lafosse a représenté saint Louis dans la gloire remettant son épée chevaleresque à Jésus-Christ, fut creusé sous Louis-Philippe le tombeau de Napoléon Ier. Si cette ouverture rompt l’harmonie du dallage et si l’ensemble du tombeau correspond mal au style de la chapelle, il faut reconnaître que ce bloc de granit, qu’entourent les victoires de Pradier et les faisceaux de drapeaux autrichiens pris à Ulm et à Austerlitz, répond à l’idée que l’on pouvait se faire du tombeau de l’empereur.

Jamais l’Hôtel ne contint plus de quatre mille occupants, bien que les plans eussent été conçus pour six mille. Deux fois, la place manqua : après la guerre de succession d’Espagne, et sous l’Empire, à la suite de la campagne de 1812, où le nombre des invalides atteignit vingt-six mille. L’Hôtel des Invalides accueille encore aujourd’hui une centaine de grands invalides de guerre des armées françaises, et abrite le musée de l’Armée qui rassemble un total de 500 000 pièces retraçant l’histoire militaire de la France, une collection d’objets de guerre parmi les plus riches au monde. D’autres musées (Plans-Reliefs et Ordre de la Libération) sont venus grossir les rangs. L’Hôtel des Invalides cumule donc les fonctions d’hospice, hôpital, église, mausolée, musée, mais aussi résidence du gouverneur militaire de Paris, responsable de la sécurité en Ile-de-France, et site militaire opérationnel si besoin.

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